Umit Donmez
17 Avril 2026•Mise à jour: 17 Avril 2026
AA / Paris / Ümit Dönmez
Le Président français Emmanuel Macron organise ce vendredi une conférence internationale à l'Élysée, intitulée « initiative pour la navigation maritime dans le détroit d’Ormuz », réunissant une trentaine de pays pour répondre aux tensions dans cette zone stratégique.
Cette initiative internationale portée par Paris cherche à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, axe stratégique par lequel transite une part majeure des hydrocarbures mondiaux.
Une source à l’Élysée a indiqué à Anadolu que cette rencontre vise à « rassembler une masse critique de pays capables de s'engager sur des principes qui sont ceux tout simplement du droit international, du droit de la mer ».
La stratégie française repose sur une ligne diplomatique constante articulée autour d’un cessez-le-feu et d’une solution négociée. « Nous avons besoin d'un arrêt au plus vite de la guerre et, en l'occurrence, d'une consolidation du cessez-le-feu », a affirmé cette source, en soulignant le refus de toute reprise des opérations.
Paris entend ainsi promouvoir une alternative claire aux dynamiques actuelles du conflit. Cette « troisième voie » est définie comme « une troisième voie entre la pression maximale pratiquée précédemment par les États-Unis sur l'Iran et la reprise de la guerre ». L’objectif est de faire émerger un cadre international fondé sur le droit et la désescalade.
Trois principes structurent cette initiative : « que le détroit ne sera pas miné », « qu'aucun péage ne sera accepté » et « qu'il est hors de question de revoir le statu quo » en matière de navigation. Ces lignes rouges visent à préserver un passage stratégique par lequel transitent environ 20 % des flux mondiaux de pétrole et de gaz.
Au-delà des principes, la France se dit prête à engager des moyens concrets pour sécuriser la zone. La même source a précisé que cela pourrait inclure des capacités de déminage, évoquant la possibilité « d'envoyer des bateaux chasseurs de mines », mais aussi des dispositifs plus larges allant du renseignement à l’escorte de navires. L’objectif est de « donner toute confiance aux opérateurs maritimes qu'ils peuvent traverser le détroit en toute sécurité » .
Des moyens militaires sont déjà présents dans la région. La France dispose notamment d’un groupe aéronaval, de frégates, de bâtiments de projection et de commandement ainsi que d’avions et de systèmes de défense anti-aérienne, mobilisables pour garantir la sécurité maritime, sans basculer dans une logique offensive, selon cette source à l'Élysée.
Paris insiste toutefois sur la nature strictement défensive de son engagement. « Il n'est évidemment pas question d'une opération militaire de nature […] offensive », a assuré cette source. La démarche vise à sécuriser le trafic maritime et non à participer aux combats.
Cette position s’accompagne d’une prise de distance vis-à-vis de Washington. « Il n'y aura pas d'intervention des Européens […] en soutien des États-Unis », a-t-elle indiqué, rappelant que les Européens « ne font pas la guerre et […] ne feront pas la guerre ». Les États-Unis, bien qu’informés, ne participent pas à la conférence.
L’initiative française s’inscrit dans une logique d’élargissement diplomatique, incluant des pays d’Asie, d’Afrique ou encore d’Amérique latine, afin de peser collectivement sur les parties au conflit. Elle vise également à encourager une reprise des négociations avec l’Iran, notamment sur le nucléaire, le programme balistique et la sécurité régionale.
Sur le terrain, la situation reste instable. La circulation des navires est perturbée et soumise à des risques multiples, entre menaces de minage, attaques potentielles et blocages. Dans ce contexte, la France cherche à créer les conditions d’un retour à une navigation normale, conditionnée à des engagements clairs des parties, notamment l’absence d’attaques iraniennes et la levée des restrictions américaines.
La crise régionale dépasse par ailleurs le seul détroit d’Ormuz. La situation au Liban constitue une autre source d’inquiétude majeure. Une source à l’Élysée a estimé qu’un cessez-le-feu récemment annoncé par Donald Trump était « une excellente nouvelle » tout en appelant à sa vérification. Elle a également jugé que les opérations israéliennes « contribuent plutôt au désordre au Liban » .
Paris défend une ligne claire sur ce dossier : renforcement de la souveraineté libanaise et soutien à son armée. L’objectif est que « l'armée libanaise […] exerce le monopole des armes sur l'ensemble du territoire », afin de limiter l’influence du Hezbollah et stabiliser durablement le pays.
La séquence actuelle s’inscrit dans le contexte plus large de la guerre menée par Israël et les États-Unis contre l’Iran, qui a profondément déstabilisé la région et affecté les flux commerciaux. Le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, passage clé pour le pétrole et le gaz, a été fortement perturbé depuis le début du conflit, avec une baisse marquée des échanges et des attaques contre des navires, malgré un cessez-le-feu.