AA / Bruxelles
L’OTAN est prête à soutenir une initiative européenne visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz après l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à plusieurs mois de conflit au Moyen-Orient, a déclaré ce mercredi le secrétaire général de l’Alliance, Mark Rutte, indiquant que l’organisation pourrait intervenir si les pays participants en faisaient la demande.
S’exprimant avant une réunion des ministres de la Défense de l’OTAN, Mark Rutte a précisé que l’implication de l’Alliance dépendrait d’une éventuelle demande d’assistance des pays coordonnant déjà cette initiative.
« Que l’OTAN joue un rôle ou non. Si cela est utile, bien sûr, nous jouerons un rôle, mais s’ils peuvent le faire sans nous, cela convient également. Nous sommes toujours prêts à aider si cela est souhaité », a-t-il déclaré en réponse à une question d’Anadolu.
Ses déclarations interviennent alors que le Royaume-Uni et la France affichent leur volonté de participer à une mission navale multinationale destinée à faciliter la réouverture du détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième des approvisionnements mondiaux en pétrole.
Mark Rutte a indiqué que d’importants préparatifs militaires avaient déjà été engagés par les alliés européens et leurs partenaires au cours des deux derniers mois, avec le déploiement de capacités spécialisées à proximité de la région en prévision d’une éventuelle opération de stabilisation.
« Juridiquement et géographiquement, cela se situe en dehors du territoire de l’OTAN, mais il est absolument clair que le Royaume-Uni et la France coordonnent l’ensemble de ces efforts », a-t-il déclaré.
« Nous observons depuis deux mois un important prépositionnement de moyens par les alliés européens et d’autres partenaires à proximité du théâtre d’opérations, notamment en matière de déminage, de radars et d’autres technologies nécessaires », a-t-il ajouté.
Selon Mark Rutte, les dirigeants réunis lors du sommet du G7 en France ont discuté de la manière dont une large coalition pourrait contribuer à la mise en œuvre des engagements contenus dans l’accord récemment annoncé entre Washington et Téhéran.
Il a indiqué que les dirigeants avaient évoqué « ce que cette initiative conduite par le Royaume-Uni et la France, avec la participation de nombreux pays, pourrait faire après l’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran afin de contribuer à garantir le rétablissement complet de la liberté de navigation ».
« La bonne nouvelle est que ces discussions sont en cours », a déclaré Mark Rutte.
Coalition européenne prête à intervenir
La France et le Royaume-Uni travaillent depuis plusieurs mois à la constitution d’une coalition maritime destinée à rétablir la confiance des armateurs et à permettre le passage en toute sécurité des milliers de navires actuellement en attente de quitter le Golfe.
Le président français Emmanuel Macron a indiqué qu’une vingtaine de pays avaient apporté des contributions concrètes à cette initiative, plusieurs d’entre eux disposant déjà de moyens militaires dans la région ou à proximité.
La France a déployé son porte-avions à propulsion nucléaire Charles-de-Gaulle près de la péninsule Arabique depuis la mi-mai et a indiqué que des avions de combat pourraient commencer des missions de surveillance sous 48 heures, tandis que des frégates et des unités de déminage pourraient être déployées en quelques jours.
Le Royaume-Uni a envoyé le destroyer HMS Dragon dans la région, tandis que l’Italie a mis à disposition des navires chasseurs de mines. L’Allemagne a indiqué qu’un bâtiment spécialisé dans le déminage actuellement stationné en Méditerranée pourrait rejoindre les opérations dès lors que la cessation des hostilités sera jugée durable.
Selon des responsables européens, les navires de guerre pourraient à terme escorter environ 2.000 pétroliers et cargos actuellement en attente de transit dans cette voie maritime.
Malgré l’état de préparation des forces européennes, plusieurs responsables ont souligné qu’aucun déploiement naval ne serait engagé tant que la solidité de l’accord entre Washington et Téhéran ne sera pas confirmée.
Le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a récemment averti que les navires de déminage étaient particulièrement vulnérables et ne pouvaient opérer sans garanties de sécurité suffisantes.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a également indiqué que toute participation italienne nécessiterait une autorisation parlementaire et s’effectuerait dans le cadre d’une coopération internationale.
De son côté, Emmanuel Macron a présenté à plusieurs reprises l’opération envisagée comme une « offre » et non comme une intervention déjà décidée.
« Il s’agit d’une offre, nous sommes prêts à aider », a-t-il déclaré lundi en marge du sommet du G7 à Évian, aux côtés du président américain Donald Trump.
« Cela démontre le soutien de la communauté internationale, notre détermination à rouvrir le détroit (...) mais cette aide ne sera peut-être pas demandée et ne sera peut-être pas nécessaire », a ajouté Emmanuel Macron.
Le président américain a adopté une position plus prudente quant à la nécessité d’une présence multinationale, estimant que l’accord conclu avec l’Iran devrait à lui seul garantir la liberté de navigation.
« Je ne pense pas que nous aurons besoin de beaucoup d’aide, parce que nous avons un accord qui prévoit qu’il sera ouvert et sans péage », a-t-il déclaré.
Il a toutefois reconnu que la participation de plusieurs pays « ne serait pas une mauvaise idée ».
« On ne sait jamais ce qui peut arriver », a-t-il ajouté.
Des divergences sont déjà apparues entre Washington et Téhéran sur le futur statut du détroit.
Alors que Donald Trump affirme que la navigation restera durablement exempte de péage, des responsables iraniens ont indiqué que des frais ou redevances de services pour les navires empruntant cette voie maritime stratégique restaient à l’étude.
Le protocole d’accord conclu entre les États-Unis et l’Iran prévoirait la réouverture du détroit dans un délai de 30 jours et accorderait aux négociateurs 60 jours supplémentaires pour parvenir à un accord plus global, laissant subsister des incertitudes quant à l’environnement sécuritaire à long terme.
L’accord entre Washington et Téhéran doit être officiellement signé vendredi en Suisse.
* Traduit de l'anglais par Serap Dogansoy