AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères a démenti samedi l'existence d'un « plan français » pour mettre fin à la guerre au Liban, après des informations faisant état d'une proposition française qui aurait exigé la reconnaissance d'Israël par Beyrouth.
« Il n'y a pas de 'plan français'. La France a soutenu l'ouverture des autorités libanaises aux pourparlers directs avec Israël et a proposé de les faciliter. Il appartiendra aux parties, et seulement aux parties, de définir l'ordre du jour de ces discussions », a déclaré le Quai d'Orsay à Anadolu.
De son côté, une source libanaise de haut rang a réagi aux informations sur une supposée proposition française, affirmant à Anadolu que « ce qui circule concernant la reconnaissance d'Israël ou la normalisation des relations est encore prématuré et n'est pas à l'ordre du jour. »
La même source a précisé que la délégation libanaise chargée des négociations avec Israël « n'est pas encore constituée » et que la date et le lieu des pourparlers « n'ont pas été fixés. » Elle a indiqué que les contacts actuels se concentrent prioritairement sur l'obtention d'un cessez-le-feu et le lancement de mesures concrètes sur le terrain. La source a ajouté que le président libanais Joseph Aoun a proposé une initiative en quatre étapes prévoyant, dans l'ordre : la déclaration d'un cessez-le-feu, le retrait de l'armée israélienne du territoire libanais, le règlement de la question des armes du Hezbollah et le redéploiement de l'armée libanaise, un processus qui pourrait durer « de deux à quatre mois, voire plus. »
Ces démentis interviennent après que le site américain Axios a rapporté que Paris aurait élaboré une proposition prévoyant la reconnaissance d'Israël par le gouvernement libanais, le retrait israélien des territoires occupés depuis le début de la guerre actuelle dans un délai d'un mois, ainsi qu'un rôle accru de la Force intérimaire des Nations unies au Liban FINUL pour superviser le désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani.
Le président Emmanuel Macron avait précédemment affirmé la disponibilité de Paris à faciliter des discussions directes entre Beyrouth et Tel-Aviv, déclarant que « la France est prête à faciliter ces discussions en les accueillant à Paris. »
Le président libanais Joseph Aoun avait pour sa part appelé lundi à l'ouverture de négociations directes avec Israël sous parrainage international, dans le cadre d'une initiative fondée sur l'établissement d'une trêve complète mettant fin à toutes les agressions israéliennes contre le Liban. Il avait réaffirmé cette position vendredi lors de sa rencontre avec le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres au palais présidentiel, soulignant que la paix « ne peut être unilatérale » et nécessite des « mesures réciproques » de la part d'Israël.
Selon la chaîne hébraïque 12, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu aurait confié à l'ancien ministre des Affaires stratégiques Ron Dermer la gestion des contacts avec Washington et la supervision d'éventuelles négociations avec le gouvernement libanais.
La France avait fait part mardi de sa « vive préoccupation » face à l'escalade au Liban, annonçant la tenue d'une réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU mercredi à New York.
Paris avait condamné « le choix irresponsable » du Hezbollah de s'associer aux attaques iraniennes contre Israël depuis le 1er mars, l'appelant à cesser ses opérations et à déposer les armes, tout en apportant son « plein soutien » aux autorités libanaises.
La France avait également appelé Israël à « s'abstenir de toute intervention terrestre ou d'envergure durable au Liban » et plaidé pour un retour immédiat au cessez-le-feu du 26 novembre 2024 et au respect de la résolution 1701.
- Frappes israéliennes sur le Liban
Sur le terrain, la situation au Liban continue de se dégrader depuis le début des frappes israéliennes le 2 mars. Le ministère libanais de la Santé a porté le bilan à 826 morts et 2 009 blessés, parmi lesquels 106 enfants, 65 femmes et 31 professionnels de santé.
Dans un communiqué publié le 2 mars, l'armée israélienne avait indiqué que des sirènes avaient retenti dans le nord du pays après la détection de tirs de roquettes depuis le territoire libanais.
L'armée israélienne avait ensuite annoncé le lancement de frappes aériennes sur l'ensemble du Liban, ciblant notamment la capitale Beyrouth, avant de décider d'étendre son opération terrestre au Liban, où elle menait déjà des attaques intensives par voie aérienne et maritime.
L'Autorité de gestion des catastrophes, rattachée au gouvernement libanais, avait quant à elle indiqué que le nombre officiel de déplacés de force au Liban en raison de l'occupation et des frappes israéliennes avait dépassé les 830 000 personnes.
La FINUL a indiqué que ses activités sont « largement restreintes » en raison de la situation sécuritaire instable et dangereuse, précisant que ses patrouilles et activités quotidiennes sont entravées par des barrières érigées par l'armée israélienne, appelant à « la retenue et à la désescalade. »