AA/Zamboanga (Philippines)/ Hader Glang
Le président des Philippines, Benigno Aquino III, a publié, mercredi, un appel à ne pas abandonner le processus de paix en cours dans le sud agité du pays, suite à des affrontements ayant causé des dizaines de morts dans les rangs de la police, ont rapporté des médias locaux.
Dans un discours télévisé, Benigno Aquino III a déclaré qu’il ne fallait pas laisser les combats faire avorter l’accord de paix entre le gouvernement et le Front Moro islamique de libération (MILF), a indiqué le média philippin GMA News.
Les affrontements en question ont éclaté, dimanche, lorsque la police s’est rendue dans le bidonville de Mamasapano, situé dans la province de Maguindanao, au cœur de l’île de Mindanao. Les forces de l’ordre se sont retrouvées face à des membres du MILF et à un groupe armé opposé au processus de paix.
Durant les onze heures de combat, quarante-quatre officiers ont été tués au cours de ce qui a été décrit comme "l’un des pires incidents sécuritaires de ces dernières années".
D’après de nombreux observateurs, la tragédie constitue une véritable menace pour le processus de paix signé en mars dernier.
Le Front Moro islamique de libération a signé à la fin du mois de mars 2014, un accord de paix jugé "historique" avec le gouvernement, intitulé Accord détaillé sur le Bangsamoro [Comprehensive Agreement on the Bangsamoro (CAB)].
L’accord représente l’aboutissement d’efforts diplomatiques qui avaient œuvré à mettre fin au conflit de Mindanao qui a duré quarante ans et causé près de 120 000 victimes, majoritairement des civils.
L’accord de paix ouvre la voie à la création d’une région semi-autonome musulmane, dans le Sud des Philippines, sous le nom de Bangsamoro, comprenant cinq provinces, soit environ 10% du territoire philippin.
Le gouvernement régional autonome de Bangsamoro sera doté d’un budget distinct, de son propre parlement et de ses propres forces de l'ordre. Une instance de transition sera mise en place et des élections locales seront programmées pour 2016.
Cependant, si en vertu de l’entente, le MILF a convenu de mettre fin à sa rébellion armée, d’autres factions d’insurgés, dont Abu Sayyaf, continuent néanmoins à livrer bataille au gouvernement.
« Nous avons déjà parcouru un long chemin dans notre quête pour concrétiser une paix longuement désirée dans le Mindanao musulman. Toutes les parties ont fait montre d’une grande confiance pour atteindre ce niveau. L’incident de Mampasa a déjà commencé à donner l’occasion à certains de profiter de cette tragédie pour miner cette confiance ; ils souhaitent faire dérailler le processus de paix » a mis en garde Aquino.
Deux sénateurs philippins ont déjà retiré leur soutien à l’Accord détaillé sur le Bangsamoro suite aux violences et remis en question l’engagement du MILF au processus de paix.
« Si le processus de paix est avorté maintenant, combien d’autres tombes devrons-nous encore creuser » a cependant plaidé le président philippin.
Aquino, dont le mandat présidentiel de six ans prendra fin l’année prochaine, a annoncé une journée de deuil national en mémoire des officiers de policiers tombés au champ d’honneur.