Lassaad Ben Ahmed
12 Novembre 2017•Mise à jour: 13 Novembre 2017
AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Les avocats de Fréderic Batumike, un élu local poursuivi pour, notamment, crime contre l’humanité par viol et formation d’un mouvement insurrectionnel à Kavumu, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), ont contesté samedi la forme du procès contre leur client, soulevant quelques exceptions.
«Il est illégal de poursuivre ce procès pendant que notre client est en détention illégale depuis plus d’une année», a déclaré dimanche à Anadolu Emmanuel Wakilongo, un avocat de la défense dénonçant une procédure "illégale".
"Etant député provincial, il jouit des immunités parlementaires", a souligné l’avocat.
En juin 2016, le ministre congolais de la Justice Alexis Ntambwe avait ordonné à l’assemblée provinciale du Sud-Kivu de lever "immédiatement" les immunités du député Fréderic Batumike, quelques jours après son arrestation, afin de permettre des poursuites judiciaires à son encontre.
Mais Wakilongo a soutenu que cette action parlementaire est "invalide" et "sans objet", dès lors qu’elle avait été exécutée "sous pression" après l’arrestation "brutale" et "inhumaine" de Batumike.
Estimant qu’ils n’avaient pas d’éléments suffisants pour trancher, les juges militaires ont promis de répondre lundi matin aux exceptions soulevées par la défense.
Entre 2013 et 2016, 48 jeunes filles, âgées de 8 mois à 12 ans avaient été enlevées et violées par les miliciens ou adeptes du Groupe "Jeshi ya Yesu" (Armée de Jésus) dont le député Batumike était le leader, suscitant, un tollé mondial et des graves critiques à l'encontre du gouvernement congolais.
Cette milice est accusée d’avoir mené plusieurs attaques contre des positions de l’armée et de la police, occasionnant de perte en vies humaines.
Le député Batumike présenté devant le tribunal avec 17 de ses colistiers, est aussi poursuivi pour les meurtres respectivement en 2012 et Mars 2016, d’un allemand (Walter Muller) et d’un défenseur des droits de l’homme.
La milice de Batumike encourageait à ses combattants de violer de très jeunes enfants "pour une protection surnaturelle", phénomène renvoyant à l’invincibilité des combattants lors d’affrontements, selon Kinshasa et la société civile.
Dans l’acte d’accusation consulté par Anadolu, quatre chefs d'accusation sont retenus contre Batumike et ses 17 Co-accusés : meurtre, participation à un mouvement insurrectionnel, crime contre l’humanité par viol et la détention illégale d’armes et munitions de guerre.
Le procès de Kavumu "ébranle toute l’omerta et l’inertie judiciaire qui entourent les violences sexuelles dans le Sud-Kivu", soutient dans un communiqué daté du 2 novembre dernier, Philip Grant, directeur de l’ONG Trial International qui accompagne les victimes.