AA / Tunis / Slah Grichi
En berne pendant douze ans, à cause de la Deuxième guerre mondiale, la Coupe du monde dans sa quatrième édition reprendra et retournera en Amérique du Sud, plus exactement au Brésil où le football s'est énormément développé, créant de plus en plus de joueurs surdoués qui ont permis au pays de la Samba de surclasser les rivaux Argentins et surtout, Uruguayens vainqueurs du du premier tournoi organisé chez eux en 1930.
Un trophée au parcours mouvementé
Plusieurs événements et nouveautés marqueront ce retour, à commencer par le trophée qui est désormais baptisée Coupe Jules Rimet, du nom du président de la FIFA (1920 - 1954).
Ainsi en avait décidé le congrès de la FIFA, réuni le 1er juillet 1946 au Luxembourg. Ces 35 centimètres de hauteur pour 6.175 kilogrammes d'argent plaqué or tant convoité, qui représente Niké, la déesse de la victoire, un calice octogonal à la main, n'a pas une histoire banale.
Outre les dizaines de milliers de kilomètres qu'il a parcourus, parfois comme un simple bagage, comme lorsque J. Rimet l'a emmené avec lui et sa fille de la France à Montevideo en 1930, a reposé un certain temps dans une boîte à chaussures sous le lit d'Ottorino Brassi, vice-président de la FIFA et président de la fédération transalpine de football.
Déposé dans une banque romaine, l'Italie étant la championne en titre, le trophée en sera discrètement retiré par ce dirigeant prévoyant de peur que les nazis ne s'en emparent pendant la guerre. Qu'ils aient pu y penser ou pas, il est sauf.
Mais sa grande (més)aventure, il la vivra en Angleterre à moins de quatre mois de la 8è édition (1966) de la Coupe du monde qui allait s'y dérouler. Exposé dans le Westminster central hall de Londres, il en disparaît le 19 mars et une rançon de 150 000 Livres (une fortune à l'époque) est exigée. Coup de tonnerre; les Anglais sont pire que dans l'embarras. Ils en seront tirés par Pickles, un chien bâtard que son maître promenait le soir du 27 mars. L'animal s'arrêtera et reniflera un paquet anodin déposé contre la roue d'une voiture stationnée dans un parc. La victoire ailée -une antre appellation de cette coupe- y était.
Pour en revenir à cette quatrième édition dont les éliminatoires ont été marquées par l'absence de l'Allemagne, évincée à cause de la guerre qu'elle a provoquée, elle enregistrera le forfait de trois sélections, la Turquie, l'Ecosse et l'Inde. Pour cette dernière, les bruits courront stipulant que les joueurs exigent de jouer pieds nus, comme l'a fait le génie brésilien Leonidas, douze ans plus tôt, même si le plus probable c'est que ce pays privilégiait les Jeux olympiques qu'il accueillait après deux ans, d'autant que le football ne suscitait qu'un intérêt mitigé pour un peuple où le cricket seul suscite l'adoration.
N'empêche que la FIFA décrétera officiellement le bannissement de jouer-pieds-nus. Le hasard du tirage au sort fera ainsi que le Brésil, super favori, aura à disputer trois rencontres en phase de poule (cela peut constituer un handicap comme un avantage pour ceux qui croient que plus on a de matchs dans les jambes, mieux on joue) alors que l'Uruguay n'en aura qu'une. Quoi qu'il en soit, ces deux pays se qualifieront avec l'Espagne et la Suède à un tournoi à quatre où le premier classé sera sacré champion (une première -et dernière- dans l'histoire de la Coupe du monde).
Et le ciel leur tomba sur la tête
Le brésil, étincelant et impressionnant, étrillera tour à tour l'Espagne (7-1) puis la Suède (6-1) et se présentera en archi-favori à son troisième match, où il suffira d'un match nul face à l'Uruguay, auteur d'une victoire et d'une parité, pour remporter le titre. Cette rencontre qui s'apparentera donc à une finale, commence bien pour les Carioca qui ouvrent le score avant l'égalisation des Celeste par l'intermédiaire du magistral Schiaffino (voir l'article de demain). La peur et le doute s'installant, le flottement suit, ce dont profite celui qui, bon sans être le meilleur, verra son nom briller de mille feux, en ayant l'illumination à la 81è minute de tirer d'une position peu favorable, alors que tout le monde s'attend à un centrage vers le mieux placé Schiaffino. Barbosa, l'un des meilleurs gardiens au monde, s'apprête à anticiper mais il est pris de court. Le ciel lui tombe sur la tête (il ne s'en remettra jamais, d'autant que que tout le Brésil, ébahi et sous le choc, le tiendra abusivement pour le responsable de cette défaite). Les officiels en oublient presque de remettre le trophée aux vainqueurs, tant la morosité qui régnait tournait à l'ambiance d'un enterrement. Les Brésiliens connaîtront ainsi, mais avec un résultat nettement meilleur, la même désillusion que les Anglais qui, pour leur première participation à une Coupe du monde, se présentaient dans la peau d'un logique favori, mais qui ont été éliminés dès le premier tour avec, en particulier, une très peu glorieuse défaite face aux Etats Unis.
Le même sort, sinon pire, sera réservé, quatre années plus tard à Berne en Suisse, aux inégalables Hongrois qui seront, contre toute attente, battus en finale par les Allemands (2-3) après avoir mené au bout de dix minutes, par deux buts à zéro. Encore plus extraordinaire, c'est qu'ils les avaient écrasés au premier tour (8-3). Certes, beaucoup de puristes jugeront cette victoire injuste et l'on soupçonnera a posteriori les Germaniques de dopage, mais ce match marquera, en tout cas, le début des miracles footballistiques des Allemands qui ne s'avouent jamais vaincus.
Quelques erreurs arbitrales fatales
Si ces deux finales n'ont pas enregistré de fautes d'appréciation arbitrale fatales, il y en eut d'autres qui ont (parfois) pesé -voire changé- le cours de certaines rencontres. Souvent pas intentionnelles, surtout avec la généralisation des retransmissions télévisées, il y en eut certaines dues à cette tendance d'"arbitrage maison" ou de ménagement des "grands", à laquelle beaucoup d'arbitres cèdent inconsciemment. Voici sans ordre chronologique une sélection des plus étonnantes et des plus flagrantes.
- En 1982, la France et l'Allemagne s'affrontent en demi-finale. Le gardien Schumacher heurte intentionnellement et avec une violence inouïe Battiston qui est évacué dans un état grave. Ni faute, ni carton donc, juge le referee. Les Allemands se qualifieront
- Restons avec les Allemands dont l'esprit de battants ne peut susciter que l'admiration. 2010 en Afrique du Sud, l'Anglais Lampard tire de loin et bat Neuer lors des huitièmes de finale. Tout le monde voit sa balle heurter la barre et franchir indiscutablement la ligne, sauf l'homme en noir. L'Allemagne est qualifiée. Certains y verront une juste revanche sur la vieille Albion qui avait injustement remporté la Coupe du monde 1966, quand un but des plus douteux de Hurst a été validé, alors que la balle était probablement sur la ligne. On jouait les prolongations.
- Lors de la Coupe du monde au Japon et en Corée, cette dernière a fourni des prestations époustouflantes, mais a également profité de coups de pouce des arbitres, comme celui qui grâce auquel elle s'est trouvée en demi-finale. En effet, l'Italien Totti a injustement et ce sans l'ombre d'un doute, d'un deuxième carton jaune synonyme d'exclusion, pour une simulation inexistante.
- L'une des erreurs les plus célèbres et les plus médiatisées fut celle commise par l'excellent referee tunisien Aly Ben Naceur et par son assistant qui n'ont pas vu que Maradona avait lobé Shilton de la main, lors d'un historique quart de finale Argentine - Angleterre en 1986 à Mexico. Mais même si Maradona a plus tard signé le but du siècle et si les Argentins étaient supérieurs, cette erreur a été décisive, dans la mesure où l'on était à la 61è minute et le score était encore vierge. Et comme tout est possible en football...
- Nous nous contenterons d'évoquer pour les éliminatoires, de rappeler les deux célèbres et flagrantes mains de Thierry Henry au stade de France qui ont qualifié les Tricolores pour l'Afrique du Sud, alors que le billet revenait méritoirement à l'Irlande.
Mais les deux bévues les plus insolites, à notre avis, c'est lorsque l'arbitre lors de Brésil - suède en 1978 en Argentine, annule un but des plus réguliers de Zico qui battait directement de la tête le gardien suédois, sur un corner que venait de botter un équipier. Le Russe Miroslav Stuper commettra l'impensable au cours du match France - Koweït en 1982, lorsqu'il annule sa propre validation d'un but, après l'intervention véhémente d'un Emir descendu de la tribune pour rouspéter. Il en refusera d'autres à la France, mais sera radié à vie.
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