AA / Alger / Karim Kébir
Plus de 23 millions d’Algériens sont appelés à élire jeudi leurs parlementaires au nombre de 462 pour un mandat de cinq ans.
Cette élection, qui intervient dans un contexte économique très difficile, le pays étant frappé par une crise économique, conséquence de la chute des revenus du pays dépendant à plus de 95 % des recettes des hydrocarbures, sa principale richesse, ne devrait pas chambouler fondamentalement le paysage politique algérien.
Les deux partis du pouvoir, nationalistes, le Front de libération nationale (FLN) (conservateur) du président, Abdelaziz Bouteflika (au pouvoir depuis 1999) et le Rassemblement national démocratique (Libéral) de son chef de cabinet, Ahmed Ouyahia, devraient, sauf surprise, garder la majorité.
En 2012, le FLN, parti indépendantiste (entre 1954 et 1962, puis unique après l’indépendance jusqu’à l’instauration du pluralisme en 1988 à l’issue de grandes émeutes), et le RND disposaient à eux seuls 291 sièges (221 sièges pour le FLN, suivi du RND avec 70 sièges) sur 462 sièges au parlement.
Les autres tendances engagées dans la compétition sont les partis d’obédience islamique et les démocrates laïcs.
Regroupés autour de deux alliances distinctes, HMS (Harakat Moujtamâa Silm, mouvement de la société pour la paix) du président Abderazak Makri,-proche de l’AK Parti turc-, un parti qui prône le juste milieu et qui a fait partie du gouvernement depuis plusieurs années avant de le quitter dans la foulée du « printemps arabe » en 2012, et du « FJD (front pour la justice et le développement)-Ennahda (éveil)-Bina (construction) », les islamistes qui n’ont obtenu qu’une soixantaine de députés en 2012 entendent bénéficier du marasme économique qui affecte le pays, notamment les jeunes, pour tirer quelques dividendes politiques.
Mais la « Guerre civile » des années 90 qui avait opposé les islamistes au pouvoir et qui avait fait plus de 200 mille morts, durant une décennie, après l’arrêt du processus électoral, à la suite de la victoire du Front islamique du salut (FIS), aujourd’hui dissous, au premier tour des premières élections législatives pluralistes dans l’histoire du pays, en 1992, a laissé beaucoup de séquelles et de traumatismes chez les algériens, conséquences qui ne sont pas de nature à favoriser ce courant.
Chez les démocrates, il y a principalement le Front des forces socialistes (FFS), plus vieux parti d’opposition crée en 1963 par un héros de l’indépendance, disparu il y a une année, Hocine Ait Ahmed, le Rassemblement pour la Culture et la démocratie (RCD), laic, essentiellement implanté dans la région berbérophone de Kabylie (100 Km à l’est d’Alger) et le parti des travailleurs (PT) (Trotskiste) de Louisa Hanoune.
D’autres partis créés récemment, comme TAJ (Tajamou amel el Djazair, rassemblement de l’espoir) de l’ex ministre des travaux publics, Amar Ghoul (tendance islamiste modérée) et le Mouvement populaire algérien (MPA) de l’ex ministre du commerce, Amara Benyounes, participent également à ces élections.
En tout, ce sont une soixantaine de partis qui prennent part au scrutin. Mais les divisions entre eux, leurs divergences d’approches concernant la sortie de crise, leurs attitudes vis-à-vis du pouvoir en place et leurs positions passées, sans compter les guerres de leadership n’ont pas permis aux démocrates algériens de peser sur la balance et de changer les rapports de force en leur faveur.
En 2014, quelques semaines après l’élection de Bouteflika pour un quatrième mandat, les démocrates ont réussi à se regrouper autour d’une plate-forme qui réclame une transition politique négociée au pouvoir.
Mais leur incapacité à provoquer une dynamique populaire au sein de l’opinion, désabusée des politiques, et les entraves à l’exercice politique dressées par le pouvoir ne leur ont pas permis de maintenir leur cohésion. Et la position vis-à-vis du scrutin de ce jeudi a fini par les diviser puisque certains, comme le parti Talaiou El Houriyet (avant-garde des libertés) de l’ex candidat à la présidentielle et ancien chef de gouvernement, Ali Benflis, a décidé de boycotter l’élection.
Principal enjeu de l’élection : la participation. Au terme de trois semaines de campagne électorale, les Algériens ont montré qu’ils n’étaient pas enthousiastes. Et les deux dernières élections témoignent du peu d’intérêt des algériens pour l’élection du parlement perçu comme une institution sans réel pouvoir face à l’exécutif. Ils étaient 43,14% en 2012 et 35,65% en 2007. C’est pourquoi le Gouvernement s’est impliqué fortement dans la campagne pour sensibiliser les citoyens à se rendre massivement aux élections.
Alors que le Premier ministre a multiplié les sorties dans plusieurs départements, le ministre des Affaires religieuses a lui envoyé une circulaire aux directions des Affaires religieuses locales dans laquelle il invite les imams à sensibiliser les citoyens au vote. Même le président Bouteflika s’y est mis de la partie. Dans un message à la nation, il a appelé à l'attachement des citoyennes et des citoyens à l'Algérie pour participer massivement aux élections législatives et «contribuer ainsi à la stabilité du pays et la progression de la démocratie ».
Selon lui, ces élections revêtent une importance accrue, en ce qu'elles se situent dans le sillage d'une «profonde » révision constitutionnelle survenue l'année dernière, tout comme elles se déroulent dans une conjoncture financière «lourde de défis ». Il a même donné des garanties pour la transparence du scrutin. Régulièrement, les partis algériens, notamment de l’opposition dénoncent la fraude lors des consultations électorales. Mardi, le MSP et le RCD ont mis en garde l’administration contre un éventuel recours à la fraude au profit des partis du pouvoir.