AA / Rome / Barış Seçkin
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, a mis en garde que le partage de la Libye représente un risque pour tous, en particulier, pour les pays du voisinage.
C’est ce qui ressort de déclarations accordées à Anadolu Agency par le ministre algérien, en marge de sa visite dans la capitale italienne Rome, jeudi, au cours de laquelle il s’était entretenu avec son homologue italien Luigi Di Maio.
Boukadoum a mis l’accent sur l’opposition de l’Algérie à toutes les idées portant sur le partage de la Libye.
Il a dit, à ce propos, « Une chose pareille représente un risque pour tous, et cela vaut particulièrement pour les pays limitrophes à la Libye ».
Et le ministre algérien de poursuivre : « Nous voulons que tous les Libyens s’unissent. Nous ne souhaitons pas que ce pays se disloque sous quelque forme que ce soit ».
** De bonnes relations avec tous les protagonistes libyens
Boukadoum a formulé l’espoir de voir la crise libyenne se terminer parallèlement au retour de la paix et de la stabilité au pays, tout en respectant son intégralité territoriale.
« L’Algérie souhaite le retour de la paix et de la stabilité en Libye dans les plus brefs délais », a-t-il affirmé.
Il a ajouté que son pays s’attache au « respecte de la souveraineté libyenne et au déroulement d’élections transparentes qui garantiraient la paix dans ce pays ».
S’agissant de la menace proférée, en 2018, par le général libyen putschiste Khalifa Haftar, d’acheminer la guerre qui se déroule en Libye vers l’Algérie, le ministre a relevé que « de temps à autre, des déclarations de ce genre sont lancées, mais auxquelles nous n’accordons pas d’importance ».
Boukadoum a ajouté : « Nous disposons actuellement de très bonnes relations avec toutes les parties en Libye. Nous pouvons nous réunir avec l’ensemble des parties sur un pied d’égalité, dans le cadre de la légalité internationale ».
** Médiation algérienne
Boukadoum a indiqué que les parties libyennes ont appelé l’Algérie à jour un rôle de médiation dans la crise libyenne ».
« L’Algérie partage des frontières communes de près de mille kilomètres et de nombreuses familles sont partagées des deux côtés des frontières », a-t-il rappelé.
Boukadoum a ajouté qu’il « est difficile de distinguer entre les libyens et les algériens dans cette région, et nous nous devons de les aider indépendamment des craintes sécuritaires algériennes ».
Et le chef de la diplomatie algérienne de poursuivre : « Nous sommes prêts à accomplir ce rôle si les conditions sont optimales. Mais, il faut appliquer le cessez-le-feu, interdire toute présence étrangère et respecter la prohibition de l’importation d’armes vers la Libye ».
** La Conférence de Berlin souffre de lacunes
S’agissant du soutien apporté par son pays à la Conférence de Berlin pour identifier une solution à la crise libyenne, Boukadoum a fait remarquer que « cette initiative compte plusieurs axes, au premier rang desquels figure le rôle de l’Union africaine (UA) avec qui l’Algérie collabore pour appuyer le processus de réalisation de paix en Libye ».
Il a relevé que « l’initiative comporte une série de lacunes, principalement, l’absence des pays limitrophes de la Libye ».
Il a souligné que les pays voisins de la Libye, particulièrement, l’Algérie, la Tunisie et l’Egypte « disposent également de mécanismes pour participer à la résolution de la crise ».
** Désignation d’un émissaire onusien pour la Libye dans les plus brefs délais est un impératif
Boukadoum a relevé qu’aucune personnalité n’a été nommée au poste de Représentant spécial des Nations Unies pour la Libye, après que Ghassan Salamé ait démissionné de son poste.
« Notre pays n’a pas de candidat pour ce poste », a-t-il lancé.
Il convient de noter que le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, avait comme candidat l’ancien ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, pour occuper le poste de son émissaire personnel en Libye.
En dépit de l’appui apporté par la majorité des Etats membres du Conseil de sécurité à cette candidature, il n’en demeure pas moins que les Etats Unis d’Amérique avaient émis des réserves sur cette nomination, ce qui a poussé Lamamra à retirer son approbation à ce poste.
Le ministre algérien a relevé que son pays « met l’accent sur l’impératif qu’il y a à nommer un représentant onusien personnel pour la Libye dans les plus brefs délais ».
Il a ajouté que le « Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, avait relevé auparavant que l’organisation internationale prendra prochainement une décision à ce sujet ».
** Les relations avec la Turquie
Concernant les relations algéro-turques, Boukadoum a souligné que son « pays dispose de bonnes relations avec la Turquie, au plan des relations bilatérales ainsi qu’au niveau de l’identification d’une solution à la crise libyenne ».
« Nous nous sommes rencontrés, à maintes reprises, avec les responsables turcs. Comme vous le savez, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait effectué, récemment, une visite en Algérie et je me suis entretenu plusieurs fois avec mon homologue turc [Mevlut Cavusoglu] », a-t-il rappelé.
Il convient de noter que le président Erdogan avait effectué une visite en Algérie, le 26 janvier 2020. Il s’agit de la première visite d’un chef d’Etat étranger en Algérie depuis l’accès du président Tebboune à la magistrature suprême, en décembre 2019.
Le ministre algérien a souligné que les « responsables dans les deux pays ont discuté au cours des rencontres en question des relations bilatérales et des développements en Libye ».
Il a qualifié les relations entre la Turquie et l’Algérie de « transparentes, de fidèles et d’importantes ».