Nazlı Yüzbaşıoğlu,Meltem Bulur,Nur Asena GÜLSOY
25 Mai 2017•Mise à jour: 26 Mai 2017
AA – Ankara – Nur Gülsoy
L'organisation terroriste YPG ne cherche pas à lutter contre Daech mais à s'emparer de territoires à Raqqa, a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu.
Le chef de la diplomatie turque a accordé une interview au quotidien italien "La Stampa".
Interrogé sur le conflit syrien, Cavusoglu a affirmé que son pays oeuvre à une solution politique qui maintiendra l'intégrité territoriale de la Syrie.
«C'est une erreur de penser que les milices du YPG [branche syrienne du PKK] luttent contre Daech, a-t-il insisté. Le YPG ne cherche pas à lutter contre Daech mais à s'emparer de territoires à Raqqa. Il faut comprendre que soutenir le YPG revient à soutenir les groupes terroristes.»
Concernant le rôle de Moscou dans la crise syrienne, Cavusoglu a poursuivi: «Nous ne sommes pas contents que la Russie soit isolée. Nous ne croyons pas aux politiques de sanction. Nos relations commerciales ne semblent pas interrompues, d'ailleurs. Cependant, nous n'acceptons pas la politique que mène Moscou en Syrie. Cela ne peut tout de même pas nuire à nos bonnes relations. Nous souhaitons élargir nos domaines de coopération. Il est clair que cela ne signifie pas que nous sommes d'accord sur tous les sujets, et que nous remettons en cause nos relations avec l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), l'Occident et l'Union européenne (UE) qui sont nos priorités absolues.»
Pour Cavusoglu, les ambitions extrêmes de l'Iran constituent une menace pour la stabilité de la région, «mais la Turquie rejette l'idée que l'Iran soit isolé [de la question]».
«Nous estimons que l'Iran doit changer sa politique en Syrie et en Irak, et nos voies de dialogue bilatéral sont ouvertes, a-t-il fait savoir. Même si les choses sont complexes sur le terrain, nous trouvons un consensus lors des entretiens.»
-Relations avec l'UE
Le ministre turc a précisé que la visite du président de la République, Recep Tayyip Erdogan à Bruxelles, est importante pour le processus d'adhésion de la Turquie.
«La Turquie exprime sa volonté [pour l'adhésion] et continue de considérer la question comme un objectif stratégique, mais elle a des doutes, a-t-il indiqué. Nous faisons face à un processus de négociation de douze ans, au cours duquel seuls 18 chapitres ont été ouverts, après une attente de soixante ans. Ainsi, nous souhaitons connaitre la vraie position de l'UE concernant notre adhésion.»
Cavusoglu a noté que la Turquie fait face à des obstacles politiques plutôt que techniques, dans ce processus.
«En contrepartie de notre approche constructive, nous souhaitons une approche sincère et honnête, a-t-il souligné. L'accord signé en mars 2016 a certainement renforcé notre coopération et a permis un résultat concret en réduisant de 99% le passage clandestin aux îles grecques. Nous n'avons aucun problème à appliquer l'accord de réadmission [des demandeurs d'asile]. Par ailleurs, l'ouverture de nouveaux chapitres a été évoquée, mais cela n'a pas été réalisé, tout comme la suppression des visas pour les ressortissants turcs. Nous souhaitons que l'UE assume ses responsabilités car nous assumons les nôtres.»
Le ministre a aussi appelé l'UE à renforcer la coopération avec la Turquie dans la lutte antiterroriste, «car des terroristes se promènent en Europe librement, poursuivent leur activités et sont même soutenus».
Aucun pays ne pourra comprendre la douleur des attentats terroristes, comme celui commis à Manchester, aussi bien que la Turquie, a-t-il conclu.