AA / Tunis / Mourad Belhaj
Le président français Emmanuel Macron a levé le voile, lundi, lors d'un discours sur l'innovation à Toulouse, sur les prochaines étapes du plan de relance industrielle France 2030.
Initié en octobre 2021, France 2030 est doté de 54 milliards d'euros, dont près de la moitié ont été engagés. Et c’est dans ce cadre que le locataire de l’Elysée a annoncé, lors de son déplacement sur un site d'Airbus à Toulouse, le lancement de plusieurs nouveaux défis.
"Nous devons continuer d'accélérer", a affirmé Emmanuel Macron, expliquant : "Si on veut gagner cette bataille de l'innovation de rupture, on doit aller encore plus vite et plus fort".
La France entend également intensifier ses efforts dans des domaines de pointe, tels que la fusion nucléaire et les aimants supraconducteurs.
"Je veux qu'on accélère en particulier le développement de moyens de stockage à moyen et long terme pour mieux gérer la flexibilité du système électrique, rendue nécessaire en particulier par le recours aux [énergies] renouvelables et la croissance des besoins en électricité, de plus en plus importante même si on économise de l'électricité", a déclaré Macron.
Le président français a mis l'accent sur la nécessité d'une réindustrialisation, tout en promouvant l'indépendance énergétique et la décarbonation de l'économie et en soulignant le rôle crucial de ces technologies de rupture, insistant sur la fusion nucléaire comme une voie prometteuse pour atteindre la neutralité carbone en 2050.
Emmanuel Macron a également annoncé une accélération des investissements dans la capture du CO2 (les premiers projets de capture du CO2 devraient voir le jour dès 2024), avec pour objectif de réduire de 10% les émissions industrielles incompressibles de la France d'ici 2030.
Il a par ailleurs évoqué le développement d'un vaisseau spatial cargo, destiné à acheminer du fret vers les futures stations spatiales, visant à faire de la France un leader européen dans le domaine spatial d'ici 2030, encourageant par là même les initiatives privées et les paris audacieux dans le domaine spatial.
Et de renchérir : "Il faut se battre pour garder un accès européen à l’espace, c’est la souveraineté. Mais l’Europe est trop divisée. Un jour, il faudra un acteur unique européen face aux Indiens, aux Chinois. Nous serons, la France, les meilleurs, et c’est autour de nous que les choses se consolideront ".
Emmanuel Macron a également affirmé que l'exploration du potentiel de l'hydrogène "blanc" en France doit prendre une part importante, s’engageant à allouer "des financements massifs pour explorer le potentiel d'hydrogène naturel" dans le sous-sol français.
"Dans France 2030, nous allons mettre des financements massifs sur l’hydrogène blanc, un combustible présent dans notre sous-sol, qui peut permettre à la France de devenir pionnier dans la décarbonation", a-t-il souligné.
Macron a estimé qu'il était important de ne pas laisser cette ressource inexploitée, mettant en avant la récente modernisation du code minier, permettant à la France de développer une stratégie minière cohérente avec les normes environnementales.
Le locataire de l’Elysée a, en outre, souligné l’importance de "cartographier (les) ressources en métaux critiques".
"Il faut maîtriser la chaîne de valeur des métaux critiques. Réexploiter sur notre sol, augmenter notre capacité de réutiliser nos ressources minérales plutôt que de les jeter", a-t-il souligné.
La France aspire à maîtriser les ressources stratégiques, notamment le lithium crucial pour les batteries et c’est dans cette optique qu’un "fond métaux critiques" a été créé, afin de sécuriser l'approvisionnement en lithium, nickel, et cobalt d'ici 2030.
Emmanuel Macron a en outre plaidé pour le renforcement de la recherche dans le domaine de la santé en croisant divers domaines technologiques, de manière à sécuriser l'approvisionnement en biomatériaux et bioénergies d'ici 2030, positionnant la France comme leader européen en bio médicaments.
"Nous devons construire une feuille de route complète fondée sur de nouveaux programmes de recherche pour prévenir, dépister… C’est un immense bouleversement. On va mettre le paquet sur la médecine prédictive", a expliqué le locataire de l'Elysée.
S’agissant de la production de processeurs IA, le chef de l’Etat français a évoqué son aspiration à faire émerger des entreprises françaises compétentes d'ici 2030, expliquant qu’il compte sur les entreprises et la communauté scientifique pour "faire émerger des composants et des architectures de systèmes pour le traitement massif de données en intelligence artificielle avec l'objectif d'une consommation énergétique qui soit divisée par cent ou mille par rapport aux standards actuels".
Emmanuel Macron a toutefois critiqué l'accord trouvé, la semaine dernière, par l'Union européenne pour un encadrement inédit au niveau mondial de l'intelligence artificielle (IA), jugeant que ce n'était "pas une bonne idée" de réguler "plus que les autres", ajoutant : "Je demande qu’on évalue de manière régulière cette réglementation. Et si on perd des leaders ou des pionniers à cause de ça, il faudra y revenir".