AA/Lomé/ Alphonse Logo/Tunis/Esma Ben Said
A l’horizon 2050, l'Afrique connaîtra sa plus grande explosion démographique puisqu'elle comptabilisera 1/4 de la population mondiale, selon de récentes données. Une explosion qui n'aura d'intérêt qu'à condition qu'elle soit conjuguer avec la bonne gouvernance, a indiqué à Anadolu Nadine Kalife, économiste togolais et expert international.
Dans 35 ans, le continent noir revendiquera trois des dix pays les plus peuplés de la planète, à savoir le Nigéria, la RD Congo et l’Ethiopie, qui comptabiliseront près de 755 millions d’habitants à eux trois, selon des prévisions récentes publiées aux Etats-Unis par le Population Reference Bureau (PRB).
400 millions d’habitants, au Nigeria. 190 millions en RDC (multipliée par plus de 2.5 comparé à aujourd’hui) et 165 millions d’habitants en Ethiopie (actuellement de l'ordre de 95 millions), détaillent les prévisions.
Des chiffres vertigineux qui s'expliquent par le "baby-boom" qui modifie le visage du continent. Tandis que la majorité des pays développés luttent pour adapter leurs forces de travail à une population vieillissante, les pays africains enregistrent, pour leur part, un taux de fécondité grandissant.
C'est d'ailleurs en Afrique de l'Ouest que le taux de fécondité est le plus important du continent. Avec plus de 6 enfants par femme en RDC, des taux quasi-similaires au Mali, au Burkina Faso ou au Niger (où le taux de fécondité est le plus élevé au monde avec 7.6 enfants par femme) les pays africains vont voir leur population multipliée par plus de 2,5 d'ici 2050, selon le PRB.
Pour le vice-président du PRB, Peter Goldstein, ce taux élevé s’explique par une baisse du taux de mortalité due, essentiellement, à des améliorations en matière de santé publique.
Une aubaine pour de nombreux africains interrogés par Pew Research Center, qui estiment que les enfants d’aujourd’hui, seront mieux lotis financièrement que leurs parents et pourront prendre ces derniers en charge et contribuer au développement économique de leur pays respectif.
Un avis optimiste que ne partage pourtant pas le professeur Kalife, pour qui "l’avenir économique et social du continent Africain ne dépend pas de la démographie."
"Cette explosion est une arme à double tranchant, elle dépend essentiellement de la bonne gouvernance", explique l’expert. "Or à ma connaissance, il n’y a pas beaucoup de bonne gouvernance dans les pays africains. Le Rwanda fait des efforts, le Sénégal un peu, l’île Maurice beaucoup, mais on ne connait pas de pays où cela avance véritablement".
"Dans de nombreux pays on enregistre une régression avec beaucoup de forces qui s'accaparent les richesses des nations. Et donc la mauvaise gouvernance fait fuir les investisseurs internationaux qui pourraient pourtant aider à créer de l’emploi et gérer cette explosion démographique." poursuit-il, en estimant qu'en raison de cette mauvaise gouvernance, l'Afrique enregistre annuellement l'équivalent de 20 à 40% du PIB en terme de manque à gagner.
"A la mauvaise gouvernance, facteur clé qui freine l’avenir économique et sociale du continent, s’ajoute l’extrémisme qui fait fuir aussi bien les touristes que les investisseurs".
"On craint beaucoup la propagation des terroristes dans tous les pays africains. Boko Haram au Nigeria, au Cameroun et au Tchad, Aqmi qui est en train de se pencher sur le Sahel et Al Qaïda en Afrique du Nord, tout cela ne réjouit pas les investisseurs. Ça les fait fuir or ce sont les investissements étrangers qui peuvent assurer un avenir pour notre continent et c'est sur ces questions, en amont, que les gouvernements doivent se pencher.
Même dans les pays qui vont pouvoir entrer dans le peloton de tête des 10 pays les plus peuplés du monde, cette forte démographie n’apportera rien à leur développement économique et social, et de surcroit, à celui du continent, estime encore l’économiste.
"L’augmentation de la démographie sans la bonne gouvernance, ne fait que augmenter la misère dans les pays concernées et donc la misère en Afrique. Quand on divise la richesse nationale par le nombre d’habitant, on en déduit, que plus le nombre d’habitants est grand, moins la richesse nationale profite aux populations. Sauf si la richesse nationale s’accroit plus vite que la population. Ce qui dans les conditions actuelles de mauvaises gouvernance est peu probable", justifie le professeur.
Pour Nadine Kalife, aujourd’hui, la solution serait d’abord la lutte contre le chômage. "Ce n’est pas la peine d’augmenter la population Africaine si on ne peut pas l’occuper à travailler. Car si on ne l’occupe pas à travailler, la pauvreté augmente et c’est ce qui arrive actuellement dans la grande majorité des pays africains".
"Il faut donc que les problèmes sociaux soient considérés comme impératif pour les gouvernants afin de profiter d'une telle explosion", conclut l'expert.