Nadia Chahed
09 Mars 2017•Mise à jour: 09 Mars 2017
AA/Paris/Souhir Bousbih
En dépit d’une alliance avec Yannick Jadot et les écologistes, le candidat socialiste à la présidentielle du 23 avril, Benoît Hamon, peine à décoller dans les sondages. Crédité de 13, 5 d’intentions de vote au premier tour, il reste loin derrière François Fillon (19%), Emmanuel Macron (25,5%) et Marine Le Pen (26%). S’il peut se targuer d’avoir obtenu les 500 parrainages nécessaires pour se présenter, ça coince du côté de sa famille politique qui n’hésite plus à afficher ses velléités de départ chez son rival, Emmanuel Macron.
La défiance à l’endroit de Benoît Hamon se précise au gouvernement
Dernier en date et pas des moindres : Bertrand Delanoë. L’ancien maire socialiste de Paris s’est rallié mercredi au candidat d’En Marche, estimant qu’il était celui qui se rapprochait le plus de ses « convictions de socialiste » et » « réformiste européen ». Pire, il a qualifié le programme de Benoît Hamon de « dangereux parce qu’il ne rassemble pas la gauche ». Une sortie qu’Aurélie Fillipetti, porte-parole du candidat socialiste, a qualifiée dans la foulée de « trahison » envers les électeurs.
La veille, c’est Claude Bartolone qui exprimait ses réserves dans les colonnes du journal Le Monde. Le président de l’Assemblée Nationale a avoué avoir « du mal à se reconnaître » dans le programme de Benoît Hamon, avec qui il a « des différences de fond, notamment sur la question de la fin du travail ». Une partie des électeurs sociaux-démocrates du PS vivrait le même « malaise » selon lui. Votera-t-il pour Macron lui aussi ? Il laisse le doute planer: « On ne peut pas laisser le FN caracoler en tête du premier tour, avec un écart qui pourrait la mettre dans une position dangereuse en vue du second. On est tous ballottés par les événements.»
En déplacement à Fos-sur-Mer mardi, Benoît Hamon a affiché sa sérénité face aux critiques : « Si je devais être inquiet ou en colère pour ça !» a-t-il déclaré à la presse. Pourtant, ça commence à faire beaucoup. Comme Claude Bartolone et Bertrand Delanoë, le ministre des sports Patrick Kanner n’exclut pas de voter pour Macron. Le ministre Jean-Marie Le Guen a expliqué qu’en l’état actuel des choses, lui et « des dizaines et des dizaines de parlementaires » ne pouvaient donner leur parrainage à Benoît Hamon. « Nous ne sommes pas un pays altermondialiste là pour mener là contestation sociale » a-t-il ajouté. Le 31 janvier dernier, plusieurs députés appartenant à l’aile droite du parti avaient carrément revendiqué leur « droit de retrait » de la campagne, regrettant des divisons « plus profondes que jamais ».
Le revenu universel sera révisé
Compliqué dans ces circonstances de nier l’évidence. Le porte-parole du candidat, Jérôme Guedj, a d’ailleurs fait état de la situation mardi au meeting de Benoît Hamon Marseille: « Les obstacles sont là. Nous ne les contestons pas, ils ne nous font pas peur » a-t-il lancé aux 3000 personnes réunies au Parc Chanot, en ne manquant pas de s’en prendre à cette « gauche Caliméro » qui s’épanche dans les médias.
Benoît Hamon a clairement choisi son angle pour revenir dans la course. Non pas s’en prendre frontalement à ses Emmanuel Macron, « la chimère de Homère, un lion devant, un dragon derrière, une chèvre au milieu ». à ceux qui penseraient que Macron représente le vote utile il a répond : « Qui peut croire que c’est le bon projet pour battre le Front National ? Qui peut croire que c’est le vote utile ? Pas utile aux enseignants, à ceux qui ont travaillé dur (…) Utile à qui ? Aux grands lobbies industriels ». Pour lui, le programme d’Emmanuel Macron ne serait pas l’antidote contre Marine Le Pen mais au contraire, accélèrera a « montée en puissance du FN »
Une charge qui signe comme une piqûre de rappel pour ceux qui lui ont tourné le dos et fait le choix de la « transhumance ». Pour autant, Benoît Hamon n’est pas sourd aux critiques critiques et a annoncé qu’il ferait de « nouveaux changements dans son programme » d’ici vendredi, notamment sur la décriée mesure du revenu universel. Ces gestes suffiront-ils à apaiser les doutes des socialistes? On le saura peut être jeudi soir, où Benoît Hamon est attendu pour son grand oral dans l’Emission Politique sur France 2.