Lassaad Ben Ahmed
04 Décembre 2018•Mise à jour: 04 Décembre 2018
AA/France/Fawzia Azzouz
Le ministre français de l’Intérieur Christophe Castaner a été auditionné, lundi soir, par la commission des lois de l’Assemblée nationale où il était sommé de s’expliquer sur le dispositif de sécurité déployé lors des manifestations des « gilets jaunes » samedi 1er décembre.
Selon le ministre de l’Intérieur, ce sont pas moins de « 75000 membres des forces de sécurité » qui ont été mobilisés autour des événements liés aux blocages des gilets jaunes.
L’audition de Christophe Castaner, retransmise en direct à la télévision, a duré près deux heures durant lesquelles il a dû répondre aux questions des députés.
« Ce à quoi nous avons eu affaire, c’est une volonté de tuer nos forces de l’ordre », a vigoureusement dénoncé le ministre d’Etat avant de préciser que « ce qui s’est passé est à la fois honteux et indigne de notre pays ».
Il a toutefois concédé que «le moment précis où ces violences ont commencé (...) conserve une partie d’aléas».
Christophe Castaner a évoqué la nécessité de «revoir la doctrine» employée pour sécuriser les manifestations.
« Nous avons anticipé le risque », a-t-il affirmé avant de reconnaître qu’il faut « craindre la multiplication des lieux » pour les manifestations à venir.
« Face à ces formes nouvelles de violence, il faut bien entendu que nous ayons des moyens différents », a poursuivi Castaner.
Selon lui, samedi dernier, il y a eu « 136000 manifestants, 682 interpellations dont 412 à Paris. »
Il a, par ailleurs, affirmé que des casseurs « viennent de l'ultra-droite, d'autres de l'ultra-gauche, mais ils n'ont jamais été maîtres du mouvement. Il y a des gilets jaunes qui se sont radicalisés et qui, au fil de la journée, sont devenus extrêmement violents ».
Ce sont parallèlement pas moins de « 207 civils qui ont été blessés et 200 membres des forces de l’ordre. »
Parallèlement à cette audition, une réunion de crise exceptionnelle s’est tenue à l’Elysée à l’initiative d’Emmanuel Macron, en présence notamment de Bruno le Maire, ministre de l’Economie et d’Agnès Buzyn ministre de la Santé.
Le président français a annulé son voyage officiel en Serbie prévu mercredi.
Le ministre de l’Education nationale Jean Michel Blanquer a indiqué, cité par France Info, que les préfectures ont demandé au gouvernement d’annuler les voyages officiels pour ne pas mobiliser les forces de l’ordre pour leur sécurité.
Le bilan de ce mouvement d’insurrection est inédit.
Ce sont pas moins de 4 personnes qui sont décédées, dont 3 dans des accidents de la route liés aux blocages des gilets jaunes et une femme octogénaire d’origine algérienne qui est décédée lundi à l’hôpital à Marseille après avoir été touchée par une grenade lacrymogène alors qu’elle fermait sa fenêtre.
Depuis le 17 novembre, la France est en proie à un mouvement de révolte qui ne fléchit pas et ne fait que s’accentuer.
Les gilets jaunes organisent depuis cette date, des opérations de blocages, manifestations et barrages, dans toute la France pour protester contre la politique d’Emmanuel Macron.
La journée de samedi 1er décembre a été particulièrement violente dans la capitale française.
De nombreuses voitures ont été incendiées, des vitrines de magasins vandalisées, et le secteur recouvert de tags sur lesquels on peut lire « Macron dégage » ou encore « les gilets jaunes triompheront », a constaté le correspondant d’Anadolu sur place.
Le célèbre Arc de Triomphe a été lui aussi recouvert de tags et de nombreux éléments à l’intérieur ont été partiellement détruits par les casseurs.
Samedi soir depuis Buenos Aires, le président français Emmanuel Macron a vivement condamné les violences.
« Ce qui s’est passé à Paris n’a rien à voir avec l’expression d’une colère pacifique d’une colère légitime » a d’emblée expliqué Emmanuel Macron avant de poursuivre en précisant que les casseurs « seront identifiés et tenus responsables de leurs actes devant la justice ».