AA/Paris/Souhir Bousbih
Les cinq candidats à la présidentielle française du 23 avril, les mieux placés dans les sondages, ont débattu ensemble lundi soir sur le plateau de TF1. Pendant plus de trois heures, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, François Fillon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron se sont affrontés autour des grandes questions de société. Un exercice animé, qui a donné lieu à plusieurs passes d’armes, notamment sur la laïcité, l’immigration, l’emploi ou encore le financement de la campagne.
C’est Benoît Hamon, le candidat socialiste, qui le premier attaque frontalement sa rivale frontiste Marine Le Pen. Après une première heure de débat plutôt cordiale, c’est sur la question de la sécurité que les esprits se sont échauffés.
Au moment de développer leurs propositions pour lutter contre la délinquance, la candidate FN a dénoncé « une explosion de l’insécurité, de la violence et des cambriolages », avant de se faire vertement reprendre par le candidat socialiste : « Que vous soyez une droguée aux pages faits divers c’est une chose, mais vous êtes candidate à la présidence de la république. Et je trouve que ce n’est pas très sérieux » a-t-il lancé, avant que l’intéressée ne réplique: « ça vous oblige à ouvrir les yeux M.Hamon ».
C’est encore Marine Le Pen qui a attisé les foudres de ses adversaires, à l’exception d’un François Fillon bien discret, sur la question de la laïcité et du voile dans l’espace public. Cette dernière, qui veut inscrire dans la Constitution qu’elle ne « reconnaît pas les communautarismes », a piqué au vif le candidat d’En Marche Emmanuel Macron en déclarant qu’il était favorable au burkini.
« Madame Le Pen, vous serez gentille, je n’ai pas besoin d’un ventriloque, je vous l’assure » lui a-t-il rétorqué, l’accusant de détourner le débat, « ça n’a rien à voir avec la laïcité, c’est un sujet d’ordre public », et de « diviser la société ». Le candidat de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon s’est, lui aussi, invité dans la discussion: « Vous ne pouvez pas aller jusqu’à établir une police de vêtement dans la rue (…) Avez-vous l’intention d’interdire les cheveux verts ? Les jupes trop courtes ou trop longues ?».
Ce dernier, décidément très en verve, n’a pas pris de pincettes quand est venu le moment d’aborder la question de la moralisation de la vie politique: « J’admire vos pudeurs de gazelles » a-t-il ironisé, quand personne n’osait citer les principaux concernés par les affaires. « Il n’y a que deux personnes concernées : François Fillon et Marine Le Pen. Ne nous mettez pas tous dans le même sac» a-t-il lancé à l’adresse des journalistes, ajoutant espérer que les Français récompenseront « les plus vertueux ».
Une pique sur laquelle a rebondi Marine Le Pen, en prenant pour cible Emmanuel Macron: « Cette campagne a un avantage : elle fait découvrir qu’il y a des candidats qui défendent des intérêts privés, des intérêts de grands groupes », les « pantouflards » qui font la navette de politique à « banquier ». Ce dernier lui a répondu, non sans humour: « Je crois que c’est encore pour moi. En même temps, vous vous ennuieriez si je n’étais pas là », signalant que ces propos relèvent de la « diffamation ».
Benoît Hamon , sans le citer, a également ciblé le candidat d’En Marche en appelant à « des engagements clairs » sur le financement des campagnes. Il a insisté sur « lobbies industriels qui pèsent sur la décision publique » et demandé aux autres candidats de la « clarté » et des preuves que « nous n’avons pas de dons provenant de grands groupes qui pourraient demain nous ligoter ». Une attaque en règle que le candidat d’En Marche a intercepté au vol, « je crois que c’est pour moi », et à laquelle il a répondu en faisant valoir exclusivement les « 32000 personnes qui ont fait des dons » à son parti. « Je vous fais confiance » lui a répondu, sourire en coin, le candidat socialiste.
Les piques ont continué de fuser dans la deuxième partie du débat, notamment autour de la question de l’immigration qui a donné lieu à un échange houleux entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Cette dernière a agité la menace terroriste et le chômage de masse en assurant vouloir cesser « toute immigration légale et illégale », ce à quoi le leader de la France Insoumise a répliqué: « les gens ne partent pas en exil par plaisir. C’est un exil forcé ».
Autre terrain qui a cristallisé les tensions : celui de l’emploi. Jean-Luc Mélenchon a défendu une « politique de la demande », impulsée par 100 milliards d’euros d’investissements, quand Benoît Hamon a répété son intention d’être « le candidat du travail » grâce à au revenu universel, qui permettra « d’augmenter d 200 euros le smic net ». Une proposition qui lui a valu une des rares sorties de François Fillon pendant le débat: « Avec M ; Hamon, c’est 32 heures, le revenu universel dans un pays qui a 2000 milliards de dettes, chacun sait que ces promesses là ne peuvent être tenues », appelant de son côté à une relance de l’investissement. Visiblement plus à l’aise sur le terrain économique que sur le volet de la morale politique, le candidat LR s’en est également pris à la candidate frontiste, la taxant de « serial killer du pouvoir d’achat, avec la sortie de l’euro ». « Cela s’appelle le projet peur » a répliqué cette dernière, le renvoyant au Brexit et à Donald Trump.
Enfin, la relation avec la Russie a été l’une des rares fois où Benoît Hamon et Jean Luc Mélenchon ont affiché leurs divergences. Pour ce dernier, « il ne sert à rien de se montrer armés jusqu’aux dents en face des Russes, mieux vaut discuter ». Un POINT DE VUE qui n’a pas convaincu Benoît Hamon, qui lui a répondu : « Vous serez d’accord que quand on discute avec M.Poutine, il vaut mieux arriver avec quelques arguments ». Les deux hommes ont également montré leur division sur le projet européen. Mélenchon a rejeté l’Europe de la défense voulue par Benoît Hamon, arguant que « l’Europe de la défense, c’est l’Europe de la guerre ». Le candidat socialiste, dans la droite lignée de François Hollande, a de son côté affirmé que « moins d’Amérique doit signifier plus d’Europe ».
D’après un sondage de l’institut Elabe pour BFMTV, réalisé dans la foulée du débat, Emmanuel Macron a été jugé le plus convaincant (29%°), devant Jean-Luc Mélenchon (20%) et François Fillon (19%), à égalité avec Marine Le Pen. Benoît Hamon arrive en dernière position, avec seulement 11% des suffrages exprimés.
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