AA/Paris/Souhir Bousbih
« Il faut garder le maillot jaune tant qu’on l’a ». En déplacement dans les Pyrénées (sud-ouest) mercredi, le candidat d'"En Marche" à la présidentielle du 23 avril, Emmanuel Macron, s’est référé au Tour de France pour commenter son statut de favori.
Un statut que le nouveau sondage Elabe a encore confirmé mardi, où il reste crédité de 23% des voix au premier tour, à égalité avec Marine Le Pen. Pourtant, force est de constater que depuis le 21 mars, l’ancien ministre de l’Economie du président sortant a perdu 3 points dans les enquêtes d’opinion. À l’inverse, Jean-Luc Mélenchon en a gagné six et peut se prévaloir d’avoir dépassé le socialiste Benoît Hamon, avec 17% des suffrages. Le républicain François Fillon stagne, lui, à 19%.
Jean-Luc Mélenchon en embuscade
Et s’il est donné gagnant au second tour contre tous ses adversaires dans cette enquête, une autre, publiée mercredi, contredit ce scénario. En effet, d’après le dernier sondage Ifop-Fiducial sur la popularité des politiques, si Emmanuel Macron se retrouvait face au candidat de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, au second tour, ce dernier l’emporterait avec 51% des voix contre 49%.
Ce dernier, dans la même enquête, a d’ailleurs, été désigné comme la personnalité politique la plus populaire aux yeux des sondés, avec 68% d’opinions favorables. Jean-Luc Mélenchon gagne ainsi pas moins de 22 points en un mois, preuve supplémentaire de la dynamique positive qui porte sa candidature à moins de deux semaines du premier tour de l’élection.
L’étau se resserre donc autour d'Emmanuel Macron qui, sentant le danger poindre, a décidé de changer de ton et passer à l’attaque. Celui qui avait fait le choix d’une campagne « propre », préférant ignorer les piques de ses adversaires, n’hésite aujourd’hui plus à rendre les coups. En meeting, mardi, à Besançon, il a invectivé le candidat de la France Insoumise à de nombreuses reprises.
« Nous avons le révolutionnaire communiste…Il était sénateur communiste, j’étais encore au collège ! », s’est-il moqué devant son public, rappelant que s’il est élu, il serait, à 39 ans, le plus jeune président de la Véme République.
Interrogé par le journal, "Le Parisien" mercredi, il a de nouveau pris à partie le tribun de la gauche insoumise, critiquant sa position vis à vis de la Russie: « Quand j’entends Mr Mélenchon dire qu’il est le candidat de la paix…Personne ne réalise que ce qu’il propose, c’est un désarmement français face au terrorisme. En quelque sorte, l’état de la paix qu’il aime, c’est l’état de la guerre de M.Poutine ».
La guerre est déclarée avec François Fillon
Si le ton s’est durci avec Mélenchon, ce n’est pas non plus le grand amour avec François Fillon. Loin s’en faut. Alors que le candidat républicain avait pris l’habitude d’affubler l’ancien ministre de l’Economie du surnom « Emmanuel Hollande », ce dernier lui a rendu la pareille lundi en le qualifiant de « François Balkany », référence au député LR Patrick Balkany, mis en cause dans des affaires judiciaires.
Ces échanges d’amabilités ont pris une tournure plus grave mardi, après la divulgation d’un message manuscrit envoyé par Macron à Fillon en 2016 au sujet de la déchéance de la nationalité. Dans ce mot, publié par le quotidien Le Figaro, l’ex banquier d’affaires assure être sur la même ligne que François Fillon, qui s’est prononcé contre la déchéance de la nationalité.
Et quand ce dernier lui demande : « Une nouvelle fois, vous venez sur mes positions. Jusqu’où irez-vous ? », Emmanuel Macron lui répond: « En fait j’y suis déjà sans doute. Je poursuivrai sur ce chemin, car c’est le seul que je connais ».
Pour le candidat d'"En Marche", interrogé sur la chaîne "Public Sénat", la révélation de ce message montre que le candidat LR a « perdu tous ses repères » et qu’il est « un homme de peu de valeur », assurant qu’il n’a pas rejoint François Fillon comme pourrait le laisser entendre le message puisqu’il était déjà « contre la déchéance ».
Lourdement attaqué, François Fillon s’est défendu en affirmant avoir voulu montrer que son opposant « changeait d’avis sans arrêt » et avait, « pendant des mois et des mois », partagé son opinion sur plusieurs sujets.
Rancunier, le candidat d'"En Marche", en meeting mardi à Besançon, n’a pas manqué de railler le candidat LR qui se veut « rebelle » quand « il est dans la vie politique française depuis 35 ans ». Tant et si bien, assène-t-il, qu’il en connaît « intimement les pires usages ». Une allusion à peine cachée aux affaires du candidat républicain, mis en examen au mois de mars et soupçonné, notamment, de « détournement de fonds publics».
La campagne s’est clairement crispée, mais Emmanuel Macron a gagné mercredi un soutien de poids. En effet, quarante économistes de renom ont publié une tribune dans le quotidien "Le Monde" pour louer son programme économique, qu’il jugent le « plus à même de poser les bases de la nouvelle croissance économique dont notre pays a besoin », à l’inverse de Marine Le Pen, considérée par les signataires comme « catastrophique ».