France/Présidentielles : Un match à quatre très serré
-- Cinq points à peine séparent le premier du dernier du quartet Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélencon, selon le dernier sondage réalisé jeudi par l’institut Elabe. Mohamed Hedi Abidellaoui
14 Avril 2017•Mise à jour: 15 Avril 2017
Kinshasa
AA/ Paris/ Souhir Bousbih
Le suspens est à son comble, à moins de dix jours du premier tour de l’élection présidentielle française du 23 avril. Tout va se jouer dans un mouchoir de poche entre les quatre premiers candidats si on en croit le dernier sondage réalisé jeudi par l’institut Elabe.
Le candidat En Marche, Emmanuel Macron, y conserve sa place de leader avec 23,5% des intentions de vote et dépasse de peu la frontiste Marine Le Pen, en léger recul avec 22, 5% des voix. Ils sont talonnés de près par le candidat LR François Fillon, qui après plusieurs semaines de déconfiture remonte à 20%, suivi de « l’insoumis », Jean-Luc Mélenchon, qui grimpe lui à 18,5%. Cinq points à peine séparent le premier du dernier de ce quartet, qui pourrait encore évoluer dans les prochains jours. Car comme nous l’apprend une étude Odoxa vendredi, 32% des sondés se disent encore indécis sur leur vote, avec une forte proportion à gauche. Et c’est ceux-là que les candidats visent désormais, chacun à sa manière…
- Haro contre Jean-Luc Mélenchon
Pour le candidat LR François Fillon, englué dans le « Pénélopegate » et mis en examen, il s’agit d’abord de détourner l’opinion de ses démêlés judiciaires. Et l’ancien premier ministre a choisi sa cible : les médias, qu’il accuse de lui « déverser de la boue dans la figure » et de participer à la « machination » dont il se dit victime. Depuis quelques jours, il refuse de répondre à toute question des journalistes relatives à ses « affaires ». Mais il le sait, le mal est fait. Alors pour rattraper ses « erreurs » et convaincre ceux qui se sont détournés de lui, Fillon appelle à voter en sa faveur qu’on l’aime ou pas : « On demande au président d’améliorer la vie des Français, on ne demande pas aux Français de choisir un pote », a-t-il déclaré sur France2. Il serait le seul recours crédible contre le « marketing politique » d’Emmanuel Macron et le « communisme » de Jean-Luc Mélenchon.
Ce denier est au cœur de toutes les attaques, à gauche comme à droite. Son idée d’adhérer à l’« Alliance bolivarienne », organisation anti-atlantiste créée en 2004 par Fidel Castro et Hugo Chavez, a fait sortir de ses gonds jusqu’à François Hollande, jusque là resté en retrait de la campagne. Dans un entretien accordé au magazine Le Point jeudi, le chef de l’Etat s’est inquiété de la percée du candidat de la France Insoumise et déploré « le spectacle du tribun que l’on regarde, sans s’intéresser au contenu ». Les marchés financiers ont également fait part de leurs inquiétudes et de leur « nervosité » à l’endroit du programme économique du député européen, comme l’a expliqué un responsable de la Société Générale au journal Economique Les Echos : « La vitesse de la hausse de Mélenchon dans les sondages pourrait mettre la pression sur la dette française ».
- Emmanuel Macron pris en étau
Ces avertissements, adressés aux électeurs tentés par Mélenchon, pourraient les inquiéter comme les conforter dans leur vote. En effet, Jean-Luc Mélenchon est considéré, selon une enquête, comme celui « qui représente le mieux les valeurs de gauche ». Et subir des critiques de représentants du « système » pourrait confirmer sa posture de candidat « révolutionnaire » et anti-système. En outre, en dehors des indécis que sa porte-parole Raquel Garrido a indiqué vendredi viser en priorité dans cette dernière ligne droite, le candidat pourrait ramener à lui les électeurs de Benoît Hamon, crédité de 9% d’intentions de vote, et qui pourraient voir dans Jean-Luc Mélenchon la seule possibilité de voir la gauche arriver au second tour.
Celui dont la réserve électorale est par contre une grande inconnue, c’est Emmanuel Macron. Le candidat En Marche, en tête avec Marine Le Pen et donné gagnant au second tour, aura tous les regards braqués sur lui dimanche 23. Après avoir siphonné les voix du PS en attirant à lui l’aile « droite » du parti, il poursuit cette semaine son OPA à droite. Après avoir reçu au début de la semaine le soutien du sarkozyste Jérôme Lavrilleux, c’est l’ancien ministre chiraquien de l’Economie, Thierry Breton, qui a appuyé sa candidature vendredi, motivé, a-t-il dit, par la crainte d’un deuxième tour Marine Le Pen-Mélenchon. Une menace qui fait les affaires d’Emmanuel Macron, qui à l’instar de François Fillon, réveille la peur du « bolchévique » pour contrer la dynamique Mélenchon. « Le bolivariste est aux portes du pouvoir » a-t-il, par exemple, lancé devant une assemblée de patrons de start-up, jeudi.
Devant toutes ces alternatives de « vote utile », lequel aura les faveurs des électeurs ? Il est difficile de le savoir à l’heure actuelle. Mais une chose est sûre, il y a déjà un grand gagnant annoncé pour le premier tour : l’abstention. Plusieurs sondages affirment que 30% des électeurs ne se déplaceront pas pour voter à la Présidentielle. Jamais ce taux n’a été aussi élevé pour un scrutin présidentiel. De quoi rendre ce premier tour encore plus ouvert