Mohamed Hedi Abidellaoui
24 Mars 2017•Mise à jour: 25 Mars 2017
AA/ Paris/ Souhir Bousbih
François Fillon, candidat du parti Les Républicains (LR) à la Présidentielle française du 23 avril prochain, a porté de lourdes accusations contre le président François Hollande.
Invité jeudi soir de l’émission politique de la chaîne de télévision "France 2", Fillon a affirmé que le chef de l’Etat détenait « un cabinet noir » à l’Elysée qui organisait des fuites dans les médias sur ses affaires judiciaires. Il a appuyé ses dires par les révélations d’un livre à paraître rédigé par trois journalistes et demandé l’ouverture d’une enquête.
Sauf que dans la soirée, l'un des auteurs du livre a contesté ces affirmations, après que l'Elysée a fait de même via un communiqué.
S’il a, à de nombreuses reprises, condamné une « machination » orchestrée contre lui par ses adversaires à gauche, François Fillon est allé beaucoup plus loin jeudi soir, en citant nommément François Hollande.
« On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé le cabinet noir », a-t-il lancé sur le plateau, avant de développer : « Vous avez aujourd’hui des journalistes qui reçoivent des documents 48 heures après avoir été saisis dans des perquisitions. Qui leur donne ces documents ? Les services de l’Etat. Et les services de l’Etat le font sans être couverts par leurs hiérarchies ? Je vais aller beaucoup plus loin. Je vais mettre en cause le président de la République », a-t-il lancé.
Sa source ? Un livre, « Bienvenue Place Beauvau, Police : les secrets inavouables d'un quinquennat », écrit par trois journalistes : « Il y a un livre qui sort ces jours-ci, dont j’ai pu lire les bonnes feuilles, qui a été écrit par des journalistes qui sont loin d’être mes amis, car deux d’entre eux sont du Canard Enchaîné. […] Un livre qui explique comment François Hollande fait remonter les écoutes judiciaires qui l’intéressent à son bureau, ce qui est une illégalité totale. »
Le candidat LR a ensuite demandé l’ouverture d’une enquête, pour tirer au clair ce qu’il dit être « un scandale d’Etat ».
Mis en cause, l’Elysée n’a pas attendu la fin de l’émission pour « condamner avec la plus grande fermeté ces allégations mensongères », assurant que « l’exécutif n’est jamais intervenu dans des affaires judiciaires».
Autre démenti en direct, celui d’un des auteurs du livre, Didier Hassoux, interrogé par la radio "France Info" en parallèle de l’émission. « On n'a jamais écrit ça. La seule personne qui croit qu'il y a un cabinet noir à l'Elysée, c'est François Fillon. (...) Ce cabinet noir n'existe pas », assure le journaliste, pour qui Fillon « essaie de faire un coup et n’a même pas lu le bouquin, puisqu’il n’est pas sorti ».
Des déclarations rapportées en plateau à François Fillon en fin d’émission, qui a semblé gêné mais qui a tenté de se justifier : « J’ai lu le PDF…On verra ! ».
Le député de Paris et candidat LR à la présidence a été mis en examen pour recel et complicité d’abus de biens sociaux, ainsi que pour détournement de fonds publics dans le cadre de l’enquête sur les emplois présumés fictifs de son épouse, Pénélope. Cette dernière devrait être entendue le 28 mars par les juges d’instruction, en vue d’une éventuelle mise en examen pour les mêmes motifs.