AA/ Conakry/ Boussouriou Bah
En annonçant sa candidature à la présidentielle d'octobre 2015, l'ancien chef de la junte guinéenne (2008-2010), Moussa Dadis Camara, a suscité des réactions aussi diverses que passionnées.
En effet, celui que certains appellent leur "fils prodige" est pointé du doigt par d'autres qui voient en lui "le responsable du massacre qui, en 2009, a coûté la vie à 156 manifestants" et durant lequel une centaine de femmes auraient été violées par des membres de la garde présidentielle, selon l'ONU, lors d'un rassemblement de l'opposition organisé dans un stade de Conakry.
En exil au Burkina Faso depuis 2010, Camara a annoncé en mai dernier, lors d'une conférence de presse à Ouagadougou, qu'il se portait candidat à l'élection présidentielle guinéenne prévue en octobre prochain.
Le 3 mai, le parti des Forces patriotiques pour la démocratie et le développement (FPDD) avait désigné Moussa Dadis Camara président du parti et annoncé qu'il serait son candidat à la prochaine présidentielle guinéenne.
En marge de la même conférence il a relevé "les souffrances ont trop duré en Guinée’’ et affirmé que son parti politique "représente toutes les confessions religieuses et toutes les communautés guinéennes".
Déjà en mars, des centaines de femmes avaient organisé une marche à N’zérékoré (Sud de la Guinée d’où Camara est originaire) appelant au retour de celui qu'elles appellent leur ‘’fils prodige’’. Elles ont appelé le président de la république, Alpha Condé, à tenir sa promesse et "faciliter le retour de Dadis Camara’’.
Adulé, l' ancien chef de la junte est pourtant visé par un mandat d’arrêt international pour le massacre du ‘’28 septembre’’.
Beaucoup d'observateurs et de représentants de la société civile imputent la responsabilité de ce massacre au Chef d’Etat guinéen de l’époque Moussa Dadis Camara.
Regroupés en associations, les familles des victimes du 28 septembre réclament toujours justice. "Nous souhaitons que le procès des massacres du 28 septembre 2009 ait, finalement lieu et que les responsables soient inculpés. Il faut que les autorités s’investissent davantage pour mettre fin à l’impunité en Guinée’’, réclame Asmaou Diallo, présidente de l’association des victimes du 28 septembre.
Elle relève, en outre, dans une déclaration à Anadolu que la candidature de Dadis n’est pas remise en cause par son association étant donné que l’ancien chef de la junte est un ‘’citoyen comme tout autre Guinéen’’.
Pour Kouressy Condé, ancien ministre et activiste de la société civile, la lumière doit être faite sur l’affaire du 28 septembre. ‘’Le pays doit rendre justice aux victimes du 28 septembre. Si on ne le fait pas ce sera un déshonneur national".
S'exprimant au sujet de la candidature du capitaine Dadis Camara, il souligne "qu'il faut dissocier les questions électorales politiciennes de l’affaire du 28 septembre. Car ce sont des êtres humains qui ont été tués, violés, humiliés. Au-delà de l’engagement moral, il y a un devoir politique ou juridique interne car la communauté internationale attend notre pays sur ce dossier. Et les victimes ne sauront attendre indéfiniment’’, explique à Anadolu le directeur exécutif d’African Crisis Group.
Contacté par Anadolu, Jean Baptiste Jocamey Haba, avocat personnel de Moussa Dadis Camara, affirme que rien ne s’oppose à sa candidature. ‘’Il n’y aucun amalgame à faire entre le dossier du 28 septembre et la candidature du président Moussa Dadis Camara à la présidentielle. A l’état actuel de la procédure, il n’est pas encore mis en cause. Cela veut dire qu’il ne peut être empêché’’.
Pour Maitre Haba, ‘’tant qu’une décision prononcée par une juridiction répressive n’a pas été prise contre lui, l’empêchant de se présenter à la présidentielle, il peut valablement faire la politique. Pour l’instant rien ne s’oppose à sa candidature’’.
En exil au Burkina depuis la tentative d'assassinat qui l'a visée le 3 décembre 2009, Moussa Dadis Camara n’a foulé le sol guinéen qu’une seule fois depuis 2009 pour assister aux funérailles du décès de sa mère en 2013 avant de rejoindre son pays hôte.
Dadis Dadis Camara qui a pris le pouvoir en décembre 2008 grâce à un coup d’Etat, à la suite de la mort de Lansana Conté, a fait savoir, lors de l'annonce de sa candidature, qu’il est libre de rentrer en Guinée, mais, avait-il ajouté, pour ‘’des raisons de principe et de respect’’, il doit d’abord informer l’autorité guinéenne.
Maxime Manimou, chargé de communication du parti FPDD a, annoncé, tout récemment, que Camara sera bientôt en Guinée pour faire campagne sur le terrain.