Mohamed Hedi Abidellaoui
11 Avril 2017•Mise à jour: 11 Avril 2017
AA/ Paris/ Souhir Bousbih
De la lassitude. C’est le sentiment exprimé par de plus en plus de Guyanais dans les médias et sur les réseaux sociaux, deux semaines après le début de la grève générale qui paralyse le département d’Outre mer de 250000 habitants.
Plus de 2500 personnes ont signé sur internet une pétition appelant à la levée des barrages routiers. Pareillement, la page Facebook « Stop aux barrages la Guyane en a marre » a récolté en trois jours 3000 « like » et annoncé une manifestation mercredi à Cayenne pour mettre fin au blocus sur le territoire. Une mobilisation est par ailleurs prévue, ce mardi, à Kourou à 14 heures GMT en France, pour les mêmes motifs.
Conscient de ne pas faire l’unanimité, le collectif « Pou la Gwyann dékolé », pilote de la fronde sociale, a décidé d’assouplir le « blocage total », initialement prévu pour lundi en ouvrant les barrages aux piétons et aux deux roues. Mais c’est tout. Les véhicules ne circuleront pas tant que le plan d’aides ne sera pas réévalué par le gouvernement français, assurent les membres du groupe. Mercredi, les manifestants ont refusé le plan d’urgence acté en Conseil des ministres, évalué à plus d’un milliard d’euros, le jugeant insuffisant au regard des besoins du territoire. Ils ont demandé le triple de la somme au gouvernement, mais ont accusé une fin de non recevoir de la part de Bernard Cazeneuve, qui a estimé leur requête « irréaliste ».
Depuis, le dialogue entre les deux parties est rompu et la situation s’enlise, entraînant de lourdes pertes économiques pour le territoire.
- Le président de la République sort de sa réserve
En effet, une cinquantaine d’entreprises aurait déjà mis la clé sous la porte depuis le début du conflit, selon la chambre de commerce. De plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer l’ouverture des barrages aux véhicules, à l’image de Franck Ho-Wen-Sze, président de la Fédération professionnelle régionale du BTP. Dans un courrier adressé au préfet le 9 avril, il s’inquiète de la situation « intenable » dans laquelle se trouve les entreprises du BTP et appelle au rétablissement de la libre circulation. Le blocage du port de Cayenne, par lequel transite « 90 à 95% des importations et exportations », empêche de réapprovisionner les magasins. Le syndicat des commissionnaires en douane du Port de Cayenne a tiré la sonnette d’alarme et alerté la préfecture sur le risque d’une «pénurie prochaine de produits alimentaires et pharmaceutiques ».
Face à cette situation, le président de la collectivité territoriale de Guyane Rodolphe Alexandre a lancé un appel solennel au collectif Pou la Gwiyann dékolé lundi, les invitant à retourner à la table des négociations pour sortir de la crise. Le président de la République François Hollande est sorti de sa réserve habituelle et accordé un entretien au quotidien local France-Guyane dans lequel il appelle, lui aussi, à la levée des barrages et assure être prêt à recevoir les quatre parlementaires de la Guyane « à tout moment » pour reprendre les négociations. L’un d’entre eux, le député guyanais Gabriel Serville, lui a répondu mardi au micro de la radio FranceInfo. Le député a décliné l’invitation du chef de l’Etat, tant que ce dernier ne comprendra pas leurs revendications et ne sera pas « prêt à mettre sur la table un complément de financement ».
- Jusuq'au-boutistes, ils ne décolèrent pas
Olivier Goudet, porte-parole du collectif Pou La Gwiyann dékolé, n’a pas non plus l'intention de relâcher la pression. Interviewé par le quotidien Le Parisien, il l’a assuré : « Nous l’avons dit, nous sommes déterminés, nous irons jusqu’au bout ».
La Guyane, plus grand département d’outre mer français avec 250000 habitants pour 83846 km², connaît depuis plus de trois semaines un mouvement social de grande ampleur, marqué par des revendications économiques, sécuritaires, sanitaires et éducatives.
Une grève générale illimitée a été décrétée le 25 mars et des barrages ont été érigés sur les routes, empêchant le passage de véhicules. Les écoles ont notamment été fermées et l’accès au centre spatial de Kourou empêché à de nombreuses reprises. Le Conseil des ministres a validé, mercredi, un plan d’urgence de plus d'un milliard d'euros pour le département, mais le collectif « Pou La Gwiyann dékolé » réclame 2,1 milliards supplémentaires.
Occupée par les Français depuis la fin du XVIIème siècle, la Guyane devient un département français d'outre-mer (ODM) en 1946.
Des atouts économiques font de la Guyane une région stratégique. La principale ressource naturelle de ce département français d'outre-mer est le bois. D'ailleurs, la forêt couvre 95 % du territoire, soit plus de 8 millions d'hectares. Sise en Amérique du Sud, la Guyane se distingue également par une importante extraction aurifère, avec plus de 50 millions d'euros exporté en 2006.