AA / Tunis / Soraya Ben Mustapha
Le Conseil Européen Rohingya (CER) a réitéré son appel lancé au Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies pour l’ouverture d’une enquête «urgente, indépendante et globale», sur la base de "preuves solides" attestant du génocide des Rohingyas au Myanmar.
Le CER s’appuie sur les conclusions de la Yale Law School [le prestigieux institut de droit de l’université de Yale], basées sur une étude de trois ans intitulée «Persécution des Musulmans Rohingyas : Un génocide a-t-il lieu dans l’Etat d’Arakan au Myanmar ? Analyse juridique».
L’étude, élaborée par le groupe «Fortify Rights» (Consolider les droits), étaye les preuves de l’implication «persistante» des autorités du Myanmar, des Forces de sécurité, de la police et d’activistes nationalistes de l’Etat d'Arakan, dans de «graves violations des droits de l’Homme» et dans des «actes génocidaires» ayant pour objectif «d’exterminer les Rohingyas» de l’Etat de l'Est du pays.
«Ce n’est pas la première fois que les menaces de nettoyage ethnique des Rohingyas sont mises en évidence par des enquêtes internationales», relève le communiqué, soulignant que les conclusions de la Yale Law School rejoignent le rapport de l’ONU intitulé «vers un Génocide en Birmanie [Myanmar]».
Le rapport de l’ONU a clairement établi qu’«Aujourd’hui, il n’existe nulle par ailleurs au monde de plus grands signes précurseurs d’un génocide qu’en Birmanie», rappelle le communiqué.
Une autre enquête publiée en juin 2014 par le «Pacific Rim Law & Policy Journal», de l’Université de Washington, et intitulée "Slow-Burning of Genocide of Myanmar’s Rohingya" (Génocide à feu-doux des Rohingyas du Myanmar), affirme que les Rohingyas sont victimes d’un long processus d’extermination initié dans les années 1970.
Par ailleurs, dans son rapport «Compte-à-rebours de l’annihilation : Génocide au Myanmar», datant de juin 2014, l’International State Crime Initiative (initiative internationale sur les crimes d’Etat), de l’Université Queen Mary de Londres, atteste également de l’existence de preuves accablantes de politiques, de lois et de stratégies soutenues par le gouvernement visant une «persécution génocidaire» des Rohingyas.
Le CER souligne, en outre, que le génocide des Rohigyas a été systématiquement orchestré sous le pouvoir de la junte militaire et du gouvernement «quasi-civil» de Thein Sein.
Le droit à la citoyenneté et la reconnaissance de l’identité Rohingya ont été extirpés avec l’instauration de la loi sur la citoyenneté de 1982, fait-il remarquer.
«La loi encourage le meurtre de masse, la torture, le viol, les arrestations arbitraires, le travail forcé, la destruction et la confiscation de terres et de propriétés. Elle restreint les libertés de culte, de mouvement et de mariage, et le droit à l'éducation, à la santé, à l'emploi et à la naissance (Génocide biologique)», dénonce le Conseil.
Les actes génocidaires ont atteint un niveau "dévastateur" en 2012, lorsque les autorités gouvernementales de Thein Sein et des extrémistes Rakhines ont lancé une violente campagne d’extermination des Rohingyas de l’Etat d’Arakan, note-t-il
Des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants ont été tués et plus de 140 000 autres déplacés de force vers des camps de concentration.
Plus de 165 000 Rohingyas ont fui le pays à travers un réseau de trafic humain et ont fini noyés, alors que 10 000 autres vivent dans des «ghettos sordides» à Sittwe, capitale de l’Etat d'Arakan.
«Même face à ces preuves, le gouvernement de Thein Sein continue de nier ses crimes et d’encourager la diffusion d’un discours islamophobe et de ressentiment à l’égard des Rohingyas, et assure une totale impunité aux auteurs des exactions», accuse le CER.
Et d’ajouter : «Le gouvernement Thein Sein institutionnalise les intentions et actes génocidaires par l’annulation du droit de vote et du droit de se porter candidats aux élections des Rohingyas. Il a également promulgué quatre lois controversées sur la Religion qui ciblent particulièrement les Rohingyas».
Le communiqué souligne, en conclusion, que «Les éléments criminels requis par la Convention de 1948 étant réunis, le CER réitère fermement son appel au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à ouvrir une enquête internationale sur le génocide de la minorité musulmane Rohingya au Myanmar. Il l'invite à s’appuyer fortement sur l’appel de l’ex rapporteur des Nations unies sur le Myanmar, Ojea Quinatana, qui avait recommandé d’enquêter sur l’implication du gouvernement de Thein Sein dans le processus d'extermination des Rohingyas".
Depuis 1982, les Rohingyas ne sont plus officiellement citoyens du Myanmar. Apatride, cette minorité musulmane visée par des campagnes haineuses est privée de droits élémentaires.
Depuis l’indépendance de la Birmanie en 1948, les pouvoirs en place ont mené des politiques de délégitimation conduisant au nettoyage ethnique de «l’une des ethnies les plus persécutées du monde», selon ONU.
Les Rohingyas sont devenus à partir de 2012 la cible de Rakhines bouddhistes -ethnie dominante dans la région de l’Arakan, où vivent près d’un million de Rohingyas-, parmi lesquels le bonze Ashin Wirathu. Avec son mouvement 969, ce dernier assure vouloir «protéger l’identité bouddhiste». Pourtant, les Musulmans représentent moins de 5 % de la population du Myanmar qui compte 51 millions d’habitants.