AA/ Tunis/ MA
Le journaliste blogueur tunisien Soufiene Chourabi et le photographe Nadhir Gtari, kidnappés et détenus en Libye depuis septembre 2014, sont en vie et seront prochainement libérés, si l’on accélère la cadence des négociations avec les acteurs libyens, a exclusivement annoncé à Anadolu l’ambassadeur de Tunisie à Tripoli, Ridha Boukadi, lors d’un entretien samedi à Tunis.
«Les informations collectées auprès de mes contacts et réseaux personnels que j’ai réussis à tisser dans ce pays et qui m’avaient aidés à libérer le 29 juin dernier les deux diplomates tunisiens kidnappés le 21 mars et le 7 avril de l’année écoulée, me donnent de quoi espérer », affirme le diplomate.
Sur la même lancée, il assure que les intermédiaires qui avaient aidé à la libération des deux diplomates, notamment l’ancien ministre de l’Intérieur libyen Mohamed Al-Cheikh, le président du parti Al-Watan Abdelhakim Bel Haj et la salle d’opération des rebelles libyens (Thouar Libya) sont encore une fois à l’œuvre pour la libération des deux journalistes. Mais, le diplomate ne se contente pas, fait il remarquer, de la contribution de ces parties, élargissant ainsi le champ d’investigation vers d’autres acteurs qui pourraient être déterminant dans l’issue de l’affaire.
M. Ridha Boukadi, depuis quatre mois établi à Tunis et « empêché de regagner son poste à Tripoli », note qu’il y aurait « de la lumière au bout du tunnel ». Sauf qu’il faut accélérer le pas et allier réalisme, rapidité, lucidité et efficacité afin d’empêcher le mal et de sauver des vies humaines.
«Mon téléphone n’arrête pas de sonner. Je continue, depuis Tunis, à négocier et à multiplier les contacts avec toutes les parties prenantes, partant de ma propre conviction que chaque seconde compte dans le sauvetage des deux citoyens tunisiens », s’enthousiasme M.Boukadi.
Pour lui, il devient impératif de cultiver et d’adopter une vue d’ensemble du paysage politique, sécuritaire et social libyen, donc de composer avec tous les acteurs qui se trouvent sur le terrain, y compris les leaders des groupes armés, sur le même pied d’égalité, en l’absence d’un vis-à-vis unique et bien déterminé.
Dénonçant, certaines mesures prises par le « gouvernement des technocrates » (gouvernement de Mehdi Jomaâ, ndlr), tel que l’interdiction du passage terrestre et aérien en direction de la Tunisie pour certains et l’autorisation pour d’autres (pour des prestations sanitaires ou autres besoins), M.Boukadi informe qu'une telle démarche a davantage compliqué la situation et alimenté la tension entre les deux pays.
Par ailleurs, le diplomate reconnaît que le président tunisien Béji Caied Essebsi est entré en ligne, multipliant les contacts et n’excluant aucune partie du conflit libyen. Ce qui pourrait redorer le blason des relations tuniso-libyennes, très affectées par la politique adoptée par le gouvernement transitoire en place.
Sur un autre plan, il fait observer qu’une intervention internationale, chapeautée par la France dans le sud libyen afin de neutraliser les groupes armés qui y sévissent ne fera qu’empérir la situation.
Afin d’épargner à la Libye et à la région magrébine un chao permanent, il insiste sur le rôle à jouer par la Tunisie et l’Algérie pour rapprocher les points de vue et réunir autour de la même table les belligérants libyens.
Les ramifications d’un éventuel chao libyen atteindront selon lui non seulement la Tunisie, voisin direct de la Libye, mais également toute la région sahélo-saharienne. Ce qui contribuera à un « bourbier » aussi vaste que dangereux, extrapole le diplomate.