AA / Tunis / Nacer Talal
Les avis des Tunisiens rencontrés dans l’avenue Habib Bourguiba, une des artères les plus anciennes et les plus célèbres de la capitale tunisienne, sont partagés entre optimisme quant à la réussite du processus transitionnel et doute quant à l'utilité des élections législatives prévues dimanche.
Certaines personnes interviewées ont réitéré leur intention de voter en faveur du Mouvement Ennahdha (Renaissance, d'obédience islamique), tandis qu’un autre groupe a jugé nécessaire d’élire son adversaire, le parti de «Nida Tounes» (Appel de la Tunisie, Libéral).
Bien que les déclarations de l’ensemble des chefs des partis politiques aient été teintées d’optimisme et d’enthousiasme, par moments débordants, un état de nonchalance vis-à-vis de la scène politique en général et des Législatives en particulier a été observé parmi les citoyens dont les avis ont été recueillis par Anadolu.
Abdeljélil Merdasi, un divorcé de 47 ans, qui était en train de ramasser les bouteilles en plastique vides pour les revendre, ne distingue aucunement entre des candidats en lice et d'autres.
« Les listes sont multiples et les couleurs différentes, et jusqu’à maintenant je ne sais pas à qui je vais accorder ma voix », a-t-il déclaré. Merdassi affirme, cependant, faire confiance à l’actuel chef du gouvernement, Mehdi Jomaa, qui n’est pas candidat.
Face à l’indifférence de Merdassi, Salim, un employé de banque, affiche son pessimisme à l'origine de son boycott du scrutin.
« Aucun parti ne possède de programme approprié aux besoins actuels du pays», a-t-il dit.
«Immédiatement après le vote, les chefs et cadres de ces partis se détourneront du peuple, raison pour laquelle j’ai décidé de ne pas aller voter, d’autant plus que nous ne sommes pas encore prêts pour la démocratie», a-t-il estimé.
Salim est allé plus loin encore en réclamant «d’interdire tous les partis politiques, de laisser la voie libre aux jeunes et de ne pas voter en faveur des candidats âgés ».
Sur un ton beaucoup plus optimiste, Ezzedine Arfaoui, un peintre, activiste de la Société civile, s’est dit profondément convaincu que la Tunisie «surmontera, par la grâce de Dieu, cette phase en dépit des difficultés et des appréhensions».
«Je demeure persuadé de la réussite de l’expérience tunisienne et de l’aboutissement à un gouvernement de consensus national et je demande au peuple tunisien de voter massivement , dans la mesure où il s’agit d’un devoir national et si nous souhaitons préserver nos droits », a relevé Arfaoui.
Quant à l’éventualité du retour des symboles de l’ancien régime au pouvoir après ces Législatives, Arfaoui affirme mordicus que « cette hypothèse est irréalisable, dès lors que les partisans de l’ancien système sont éparpillés entre plusieurs partis, ce qui sera à même d’en morceler les forces et de permettre au parti Ennahdha d’obtenir la majorité» dans le prochain parlement.
Noureddine Ben Youcef, un fonctionnaire à la retraite, a estimé, de son côté, que le principal concurrent du Mouvement Ennahdha, le parti de Nida Tounes est « le plus apte à remporter les élections, étant le seul capable de faire régner la sécurité dans le pays ».