AA- Paris - Seif Eddine Trabelsi
Autrefois djihadiste redouté, aujourd’hui à la tête d’un parti politique, le Libyen Abdelhakim Belhaj réprouve toute intervention militaire étrangère "visant à pacifier la Libye", considère que le retour de ses concitoyens réfugiés à l’étranger est un enjeu majeur pour la réconciliation nationale.
Pour les agissements des mouvements djihadistes en Syrie, il pense que ces mouvements retarderaient la victoire de la révolution syrienne. Anadolu l'a rencontré à Paris.
AA- Dans quel cadre s'inscrit votre visite à Paris ?
ABH- Je suis là en réponse à une invitation de l’Institut d'études politiques de Paris et de l’Institut de recherche et d'étude de la Méditerranée et du Moyen-Orient (Iremmo), pour une intervention sur la Libye et les défis de la région.
AA- Vous avez été un des Djihadistes les plus connus de la Libye, vous êtes aujourd’hui à la tête d'un parti politique" Al Watan'' comment expliquez-vous ce changement ?
ABH- Pendant plus de 40 ans, le régime de Kadhafi était à l’origine de la violence, ciblant les nationalistes, les islamistes … tous ceux qui ont osé penser autrement. Cette violence a dépassé les frontières de la Libye, tout le monde a en mémoire l'attentat commis par le régime de Kadhafi à Berlin, l'attentat de Lockerbie dans le sud-ouest de l’Ecosse…C’était dans ce contexte que nous avons fait le choix de débarrasser notre pays de ce régime, la violence avait comme seul et unique objectif de mettre fin à ce régime. Ce choix nous l'avons fait
fin des années 80, plus de 20 ans plus tard la communauté internationale choisira notre option.
Après la victoire de la révolution nous pensons qu'il n y a plus de place pour les armes et la violence et qu’il faut désormais travailler à la reconstruction de la nouvelle Libye. Nous avons, pour ce faire, choisi d’organiser des élections libres et démocratique, c’était une première en en Libye. Ces élections ont débouché, dans un premier round, sur une Assemblée, et dans un second round, sur une Commission chargée de rédiger la Constitution. La démocratie est notre choix pour construire la Libye aujourd'hui. Le régime de Kadhafi était à l’ origine de la violence. Aujourd’hui qu’il n’est plus là, il n’y a plus de place pour cette violence.
AA- Les nouvelles provenant de la Libye ne sont pas bonnes en général : insécurité, attentats, assassinats …qu’en dites-vous ?
ABH- Le premier défi aujourd'hui est sécuritaire. Une grande quantité d'armes circule dans le pays. Cela est en partie dû à lafaiblesse de l’Etat et à son absence dans les régions du Sud et de
l’Est. Il ne faut, toutefois, pas imputer les raisons de l’instabilité uniquement aux services gouvernementaux. Ceci étant, il faut reconnaître qu’après une révolution, il est tout à fait normal que
la société soit secouée par des turbulences ayant trait à l’économie, à la sécurité et au fonctionnement des services de l’Etat. D’autant plus que la révolution libyenne était armée, ce qui a aggravé
l’impact. Ce faisant, la démarche la plus efficace serait d’œuvrer à écourter la période d’instabilité.
AA- De nombreux observateurs parlent d'une possible intervention militaire étrangère afin de remédier à ces problèmes, qu’en pensez-vous?
ABH- Je suis contre toute intervention militaire étrangère. Cette situation ne justifie en aucun cas une intervention militaire un tel agissement parce que les libyens sont contre et parce que cela compliquerait davantage les choses.
AA- Les médiations se multiplient pour jeter les fondements d’une véritable réconciliation nationale, comment peut-on faire avancer les choses?
ABH- Il y a plusieurs initiatives, notamment celle mené par Cheik Rached Ghannouchi. Comme tous les acteurs politiques libyens nous avons été contactés et nous avons exprimé notre souhait de voircette initiative réussir. Nous estimons qu’il faut pouvoir trouver, dans un premier temps, un consensus interne, c'est à dire entre tous les acteurs de la révolution et voir par la suite comment peut-on élargir la sphère du consensus pour y associer (certaines parties libyennes à l'étranger).
AA- Un des enjeux de la réconciliation nationale est le retour des réfugiés Libyens estimés à plus d'un million et demi, y'a-t-il une solution qui se prépare pour ces réfugiés ?
ABH- Il y a des parties qui cherchent à instrumentaliser la question pour semer la pagaille et provoquer davantage de divisions. Nous en étions conscients et avions adressé des appels pour faciliter le retour des réfugiés. Notre ferme conviction étant que la Libye d’aujourd’hui est capable de couver tous ses enfants.
AA- plaideriez-vous pour l’amnistie de ceux qui sont poursuivis par la justice ?
ABH- la très grande majorité des libyens à l'étranger n'ont rien à craindre. Il y a quelques personnes qui sont demandés par la justice, ceux-là devront rentrer par la porte de la justice. AA- Quelle est votre position par rapport au mouvement djihadiste en Syrie ?
ABH- Ce qui se passe en Syrie est un drame. Par principe, nous soutenons la révolution du peuple syrien. Pour ce qui est des
mouvements djihadistes nous pensons que les dérives constatés sur le terrain, retardent la victoire de la révolution syrienne. Nous ne pouvons que désapprouver cela.
AA- Y’a-t- il des raisons d'espérer en Libye ?
ABH- Il y'a tout de même des points positifs en Libye. Nous avons tenu des élections législatives libres et transparentes qui ont donné lieu à une Assemblée nationale. Ces élections ont été libres et transparentes. Il y a eu également une passation pacifique du pouvoir entre le Conseil national de transition et le nouveau gouvernement. Puis, nous avons tout récemment élu les 60 personnes chargées de la rédaction de la Constitution. Tout au plus, les élections municipales organisées dans différentes villes se sont jusqu’ici bien déroulées.
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