AA/ Abidjan/ Fulbert Yao/ Issiaka N'Guessan
La victoire du président ivoirien sortant, Alassane Ouattara, dès le premier tour de la présidentielle de dimanche dernier, confirme que cet économiste de formation et de carrière, aura bien réussi sa conversion politique.
Né à Dimbokro, dans le Centre de la Côte d’Ivoire, en 1942, Ouattara décroche à l'âge de 20 ans son baccalauréat dans un lycée de Ouagadougou, alors capitale de la Haute-Volta. Grâce à une bourse américaine, il poursuit ses études aux Etats-Unis.
Il décroche un Master en économie à l’Université de Pennsylvanie à Philadelphie, dès 1967, pour intégrer, dès l'année suivante, le Fonds monétaire international (FMI) à Washington. Ses premiers pas au sein de cette institution financière se feront en alternance avec les études, et en 1972, il décrochera le prestigieux doctorat d'Etat en sciences économiques.
L'appel du continent se fera pressant, ensuite, pour le jeune Ouattara. Il alternera donc, de 1973 jusqu'en 1990, des postes de première importance au sein du FMI et à la tête d'institutions régionales africaines. C'est ainsi qu'il sera, tout à tour, vice-gouverneur et gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), mais également Directeur Afrique au sein du FMI.
La grande notoriété d'expertise internationale dont jouit Alassane Ouattara fait que le premier président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, alors en fin de règne, fait appel à lui pour résoudre la crise financière sévissant en Côte d'Ivoire. Il occupera ce poste pendant trois ans, jusqu'à la mort de Boigny, en décembre 1993, une modification de la loi fondamentale l'ayant écarté de la succession constitutionnelle au profit du Président de la chambre parlementaire, qui assurera l'intérim et la présidence en 1995.
Mais sa traversée du désert rimera avec les premières amours retrouvées. Il est nommé, en juillet 1994, directeur général adjoint du FMI, et devient à ce titre, le premier Africain à occuper un poste aussi prestigieux au sein de cette institution financière internationale. Un poste dans lequel sa disqualification à la présidentielle de 1995, avec le développement de concept "d'ivoirité", n'a fait que confirmer celui dont le père est d'origine burkinabè, soutiennent ses détracteurs.
Le 30 juillet 1999, après cinq années passées au FMI, Alassane Ouattara rentre en Côte d’Ivoire. Il est élu à la tête du Rassemblement Des Républicains, parti centriste fondé cinq ans auparavant, et annonce officiellement sa candidature à la présidentielle d’octobre 2000. Sa nationalité "douteuse", selon la Cour Suprême ivoirienne, le disqualifie là encore, et pour la troisième fois, de la course.
Mais cet homme "stoïque", ce "roc qui ne s’est jamais laissé démonter", tel que décrit par ses partisans, ne renoncera pas pour autant à son ambition. Ce grand destin, le père de l'indépendance, l'annonçait déjà, comme une prophétie, dans un de ses rendez-vous télévisés de 1990. Félix Houphouët-Boigny disait de Ouattara qu' "il fait partie de la grand dynastie de Ouattara, il est l'arrière-petit-fils de l'Empereur Sékou Ouattara qui a créé le Royaume de Kong qui s’étendait de Sikasso au Burkina Faso dans la région de Sindou jusqu'au Ghana. C'est un de nos brillants cadres."
"Pourquoi n'est-il pas Burkinabè? N'écoutez pas cette opposition !" avait prévenu le Sage de Yamoussoukro face à la polémique sur la prétendue et supposée nationalité burkinabè de son unique Premier Ministre. Un appel qui aura fini par être entendu puisqu'à la faveur d'une médiation régionale dans ce pays miné par l'instabilité politique et sécuritaire de la décennie 2000, Ouattara se retrouve, en novembre 2010, face à Laurent Gbagbo au second tour d'une présidentielle historique.
Le 2 décembre 2010, le président de la Commission électorale indépendante le déclare vainqueur, selon les résultats provisoires, lors d'une conférence de presse improvisée. Résultats jugés invalides par le Conseil constitutionnel, qui proclame la victoire de Laurent Gbagbo le 3 décembre 2010. Ce dernier est démenti, à son tour, quelques deux heures plus tard, par le représentant du secrétaire général de l'ONU en Côte d'Ivoire qui reconnaît la victoire de l'ancien Premier ministre.
Au terme d'une guerre civile qui a fait 3.000 morts selon l'ONU, Ouattara a été investi près de six mois après l'élection présidentielle du 31 octobre 2010,
perdue par son rival Laurent Gbagbo, et commencera le chantier de la réconciliation. "L'homme à la main tendue" sera d'ailleurs apprécié à l'échelle internationale, puisqu'il n'y a "que les hommes forts qui tendent la main, c'est les hommes forts qui concilient", disait l'ancien président français Nicolas Sarkozy, à propos du Président ivoirien.
Un "leurre", pour ses détracteurs, qui voient plutôt en lui, "l'homme des manigances", selon l'opposition radicale, "qui règne avec un autoritarisme enrobé dans un langage d'unité et d'ouverture". Selon elle, Ouattara aura "réussi" à se faire passer pour l'homme de la réconciliation entre les Ivoiriens, alors que l'aile dure de son opposition est complètement anéantie, à commencer par Laurent Gbagbo qu'il aura "livré, pour s'en débarrasser", à la Cour Pénale Internationale.
Tout au long de son quinquennat écourté, la Côte d'Ivoire aura toutefois enregistré des acquis et des réalisations, notamment dans l'infrastructure du pays, avec l'érection de nombreux ponts, la constructions de nouvelles routes et autoroutes, l’extension du réseau électrique mais également la revalorisation des salaires des fonctionnaires et des revenus des paysans, le financement des projets des jeunes et des femmes.
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