Hajer Cherni
31 Janvier 2021•Mise à jour: 31 Janvier 2021
AA / Tunis
Le président du parlement tunisien, Rached Ghannouchi, a appelé à la nécessité de mettre en place un " régime parlementaire total" pour surmonter les problèmes qui pourraient survenir en raison de ''la mixture entre le système présidentiel et parlementaire" actuellement en vigueur dans le pays.
C'est ce qui ressort des déclarations de Rached Ghannouchi, lors d'un séminaire virtuel via l'application Zoom avec des Tunisiens vivant aux Etats-Unis, samedi soir, et dont la radio locale "Sabra FM" a publié quelques passages.
Ghannouchi a déclaré: "Le président Kaïes Saïed refuse d'accepter la prestation de serment des nouveaux ministres, et rejette le remaniement ministériel. Il croit avoir le droit d'accepter certains ministres et d'en refuser d'autres'', appelant, dans ce contexte, à la nécessité de mettre en place un système parlementaire total.
Saïed n'a pas exprimé explicitement son refus d’accepter la prestation du serment de la nouvelle équipe gouvernementale, et ce, 5 jours après l'approbation de la majorité absolue des députés au Parlement du remaniement dirigé par le Chef du gouvernement Hichem Mechichi.
En effet, le président de la République n'a pas encore invité les nouveaux ministres à prêter serment.
Rached Ghannouchi, leader du mouvement «Ennahda», qui détient la majorité au parlement (54 sur 217), a souligné que le problème est le résultat d'une confusion entre le régime parlementaire et le régime présidentiel.
Selon lui, le système parlementaire prévoit un rôle "symbolique" du président de la République, et non un rôle "constitutif".
Et de poursuivre : "La question de la gouvernance appartient au parti au pouvoir et au Chef du gouvernement".
''La leçon que nous tirons de cette situation est la nécessité de mettre en place un régime parlementaire total, dans lequel il y aura une véritable séparation des pouvoirs. Ainsi le pouvoir exécutif sera entre les mains du parti qui remporte les élections, et c'est lui seul qui pourrait désigner un Chef du gouvernement', a-t-il lancé
Selon des experts, le refus de Saïed d'inviter les nouveaux ministres à prêter serment- bien qu'il s'agisse d'une tradition constitutionnelle en vigueur en Tunisie- est un développement ''normal'' exprimant son objection à l'égard du remaniement entamé par Mechichi le 16 janvier, portant sur 11 portefeuilles (des 25 existants), parmi lesquels on compte le ministère de la Justice et de l'Intérieur.
Hichem Mechichi est le ministre de l'Intérieur désigné par l'ancien gouvernement d'Elias Fakhfakh. Il a été choisi par Kaïes Saïed en juillet dernier pour former le nouveau gouvernement, ignorant toutes les propositions faites par les autres partis politiques.
Cependant, les tensions entre Kaïes Saïed et Hichem Mechichi ont débuté après la désignation de ce dernier au gouvernement. La crise s'est approfondie à la fin du mois de septembre dernier quand Mechichi a laissé entendre que le président de la République aurait choisi des conseillers appartenant à l'ancien régime, ce qui a été fortement démenti par Saïed.
*Traduit de l'arabe par Hajer Cherni.