AA/Kinshasa/Aurélie Fontaine
Un calme précaire a régné, jeudi matin à Kinshasa, la capitale congolaise, après trois jours de manifestations sanglantes, alors que le sénat doit se réunir dans l'après-midi pour voter le projet de loi électorale à l’origine des protestations, selon les propos recueillis par Anadolu.
L’accès à l'université de Kinshasa, un des principaux lieux de rassemblement des manifestants depuis lundi, est bloqué ce jeudi matin par les forces de l'ordre.
"Nous sommes sortis vers 6h45 ce matin et tous les accès étaient bloqués par la police et les militaires. On a essayé de manifester mais ils ont aussitôt tiré des balles en l'air, lancé des bombes lacrymogènes dans les couloirs de nos dortoirs, où on respirait mal » explique, "Jacques", un étudiant du campus joint par téléphone par Anadolu.
Sur le campus, quelques barrages érigés depuis lundi, par quelques centaines d'étudiants, des conteneurs vides et des troncs d'arbre jonchent encore le sol tandis que les murs portent l’inscription « Kabila Dégage » - (Le président Joseph Kabila).
Le grand boulevard qui mène à l'Assemblée Nationale, chambre basse du Parlement congolais, a été rouvert à la circulation, mercredi soir. Mais la commune Ngaba, qui avait été témoin de la plus grande tension, témoigne de la violence des échauffourées des trois derniers jours. Des pneus brûlés jonchent les rues, des dizaines de commerces ont été pillés, la maison communale consumée par les flammes.
Après les manifestations sanglantes de lundi, mardi, mercredi, qui ont fait 11 morts, selon un bilan gouvernemental rendu public mercredi - 40 selon l'opposition, 42 selon la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), l'opposition et la société civile retiennent leur souffle, jeudi.
Le Sénat a, en effet, prévu de se réunir à 14H (heure locale) en séance plénière pour examiner et voter un projet de loi électorale qui préconise l'organisation d'un recensement général de la population avant les élections générales de 2016.
En cas de désaccord sur le projet de loi par les deux chambres du parlement, une commission mixte paritaire sera chargé de rapprocher les points de vue du Sénat et de l'Assemblée Nationale.
"Si la Commission mixte paritaire ne parvient pas à l'adoption d'un texte unique ou si ce texte n'est pas approuvé dans les conditions prévues à l'alinéa précédent (i.e dans les mêmes termes par les deux chambres), l'Assemblée nationale statue définitivement" dispose l'article 135 de la Constitution congolaise.
Le recensement, objet du projet de loi, pourrait prendre « des années », selon l’opposition, vu la superficie du pays (plus de 2.3 millions de kilomètres carrés, soit le 11ème mondial), le peu de moyens dont il dispose et les guerres dans ses confins Nord-Est, mais a pour but de garantir des "élections transparentes" selon le pouvoir, entraînerait, selon nombre d'experts, un report de la présidentielle de 2016 et le maintien de Joseph Kabila au pouvoir.
Selon l'opposition, ce report permettrait à Kabila, au pouvoir depuis 14 ans, de "se pérenniser" à la tête de la RDC.
"Nous comptons suivre le débat et le vote à la télévision, dans nos dortoirs. Ce que nous déplorons c'est que les politiciens au pouvoir disent que nous sommes manipulés, ce qui est faux. Si le projet de loi est adopté, nous allons continuer à manifester, pour montrer que nous sommes là", assure "Jacques".
Le réseau internet qui était coupé, avec les SMS, depuis lundi soir sans qu’aucune explication officielle n’ait été fournie, est de nouveau accessible mais sans l’accès aux réseaux sociaux, ce jeudi. "Une volonté d'empêcher les rassemblements", selon l'opposition.