AA/ Tunis/ Safwene Grira
Dépassée par l'élan d'aides internationales, notamment occidentales, déclenché peu après la propagation impressionnante de l'épidémie Ebola en Afrique de l'Ouest, la Chine entend aujourd'hui se rattraper dans la gestion de l'après-Ebola, selon des experts contactés par Anadolu.
La récente tournée (8-10 août) du chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi, en Sierra Leone, au Libéria et en Guinée, s'est accompagnée de nombreuses promesses de projets et d'assistance, à ces pays les plus touchés par l'épidémie déclenchée en février 2014 et ayant fait à présent, plus de 11.000 morts.
«Nous allons continuer à encourager les entreprises chinoises à participer de manière plus active durant la période post-ebola à la construction des infrastructures tel que ports, routes, chemin de fer, réseaux électriques, addition d’eau» dans les pays affectés par le virus, avait indiqué le ministre chinois.
"La Chine se situe aujourd'hui dans un cadre où elle risque d'être battue si elle n'intervient pas. Elle risque de perdre beaucoup puisqu'elle a été précédée pendant toute la période de la maladie et ara besoin de rattraper le retard accusé." selon le professeur de sciences politiques à l'Université de Douala (Cameroun) Albert Mandjack.
Du vaccin contre le virus récemment découvert, en passant les millions de dollars d'aides, de fonds et de médicaments déversés dans les pays sinistrés, les occidentaux ont été en première ligne dans le combat contre Ebola. "L’UE a alloué plus d'1,2 milliard d’euros au total pour combattre l'épidémie. Ces fonds proviennent à la fois des États membres et de la Commission européenne. La Commission a débloqué plus de 414 millions d’euros pour lutter contre la maladie au moyen de mesures d'urgence et d'un soutien à plus long terme." pouvait-on lire, en mars dernier, sur le site de l'Union européenne.
En 2014, alors que la crise battait son plein, la Chine avait distribué 24 tonnes de matériels médicaux qui ont été un véritable «coup d’accélérateur» pour la riposte, selon les autorités guinéennes. Quoiqu'elle se soit illustrée, via multiples dons, la Chine a accusé un retard important en termes de présence. Elle l'entend le rattraper, avec le net reflux du virus, en adaptant sa percée stratégique à la spécificité de la crise, qui reste sanitaire.
"Elle est en train de s'engager maintenant dans la santé, un nouveau domaine pour la Chine en Afrique, à côté du pétrole et des projets d'infrastructures" estime Mandjack.
Lundi, Wang Ly a effectivement fait savoir que la Chine veut aider la Guinée "à mettre sur pied un système de prévention et de contrôle."
"Nous allons continuer à mettre en valeur les avantages de l’hôpital de l’amitié sino-guinéen en matière de taille, d’équipement et de technologie ; favoriser les partenariats entre les hôpitaux guinéens et chinois. Nous allons également continuer d’envoyer des équipes médicales dans votre pays pour contribuer à la santé des Guinéens", a promis Yi.
D'autres projets ont été annoncés, aussi bien en Guinée que la veille et l'avant-veille, à Monrovia ou à Freetown.
Une nouvelle route côtière et un nouvel édifice gouvernemental abritant une dizaine de ministères prendront place au Libéria, alors que l'aide chinoise au Sierra Leone, visité samedi, "se concentrera sur cinq points majeurs : développement des infrastructures, mines, agriculture, santé publique et ressources humaines."
Pour le politologue Evariste Ngarlem Toldé, enseignant chercheur à l'Université de N'djamena, la course qu'est en train d'engager la Chine s'inscrit dans un cadre plus global, qui dépasse Ebola. Malgré ses avancées considérables en Afrique, la Chine enregistre une certaine "stagnation" ces deux dernières années par rapport au bond impressionnant accompli auparavant.
"Si l'on se prononce sur une base statistique mondiale, la Chine n'avance pas, ces deux dernières années, en termes d'investissements en Afrique, passés de 11% il y a 2 ans, à 7% cette année, ce qui reste toujours énorme. Elle se sert, dès lors, de l'après Ebola pour embarquer les autres pays africains dans son bateau de recupération économique" a déclaré à Anadolu, Evariste Toldé.
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Avec la contribution de Mahamat Ramadan et Pado Chemie