AA/Abidjan/ Issiaka N’GUESSAN
Les restauratrices ivoiriennes, dont les établissements sont désertés depuis la suspension de la viande de brousse par les autorités sanitaires en prévention du virus Ebola, ont appelé l'Etat à trouver rapidement une solution à leur situation, selon des témoignages recueillis par Anadolu.
A N’dotré, un site en périphérie d’Abobo, à l’Ouest d’Abidjan, un des hauts lieux de la restauration à base de viande de brousse, l'inquiétude se lit sur les visages. Essayant de maintenir son commerce en activité, Mamy Adjoua sert des repas de substitution aux quelques rares clients qui viennent encore se restaurer depuis l'interdiction de cette viande, plat de prédiléction des ivoiriens, toutes classes sociales confondues .
« Avant, les fonctionnaires et même les grands patrons venaient à midi du Plateau (quartier des affaires) pour manger », assure-t-elle .
Comme Mamy elles sont des centaines de femmes à vivre des plats préparés à base de viande de brousse (antilopes, chimpanzés, porc-épics, agoutis, etc.).Chasse gardéé des femmes -les hommes s'occupant de la chasse du gibier-,cette activité permet à des milliers de familles d'étre financièrement autonomes.
"Depuis l'interdiction de la viande de brousse, nos restaurants sont vides", a déclaré a Anadolu, Hélène Koffi, restaurateurs en panne de clients.
A la fin du mois de mars, les autorités sanitaires avaient interdit le commerce de viande de brousse pour éviter que la fièvre Ebola qui sévit en Guinée voisine, ne franchisse les frontières.
Une interdiction qui avait été réitérée par la ministre de la Santé et de la lutte contre le Sida, Dr Raymonde Goudou-Coffie exhortant les populations à éviter la consommation de la viande de brousse afin "de se pémunir contre l'entrée du virus dans le pays".
" L’impact de cette décision est effroyable, je ne pleure pas mon sort mais celui des autres femmes, des veuves pour la plupart, qui ont pour unique gagne-pain cette activité ", s’est lamentée Mamy Adjoua
Depuis l'application de cette décision, les agents de l'Etat (services d'hygiène) patrouillent régulièrement dans le pays." On ne vend plus de viande de brousse ici à cause d’Ebola, les agents passent contrôler", a confié une jeune serveuse.
Avant cette crise sanitaire, de 6h à 21h, les Ivoiriens, de la classe moyenne, ceux des quartiers populaires mais aussi ceux de la diaspora en France et aux Etats-Unis passaient leurs commandes chez ces commerçantes à présent aux abois.
Résignées, les restauratrices réclament aujourd'hui l'aide de l'Etat. "Madame Dominique Ouattara (la Première Dame de Côte d’Ivoire) doit nous aider en se servant du fonds d’aide aux femmes de la Côte d’Ivoire qu’elle a créé", a préconisé Mamy Adjoua , avant de s'interroger : "Sinon, que deviendront nos enfants ?".
Aucun cas de virus Ebola n'a été détecté en Côte d'Ivoire malgré une fausse alerte la semaine écoulée au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Treichville, un des principaux hôpitaux publics d'Abidjan. En revanche, en Guinée voisine, 168 cas de fièvre hémorragique, dont 108 mortels, ont été recensés depuis le début de l'année selon le dernier bilan rendu public lundi dernier par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). Sur ces 168 cas, 71 ont été dus à Ebola, conformément à des nalyses en laboratoire, et 34 ont été identifiés comme des cas "probables".