AA / Tunis / Afef Toumi
Environ 400 nouveaux cas de cancer apparaissent, chaque année, en Tunisie, chez les enfants âgés de moins de 15 ans, a indiqué, à Anaolu, le Professeur Sihem Barsaoui, pédiatre et présidente de l’Association Tunisienne de l’Oncologie Pédiatrique (ATOP).
Pourtant, les cas de cancer, en Tunisie comme dans le monde, sont plus rares chez les enfants que chez les adultes. L’incidence de la maladie est de 10 cas par 100 mille enfants contre 12000 par 100 mille pour les adultes, a fait savoir Dr. Sihem Barsaoui.
Les types de cancer les plus diagnostiqués chez les enfants sont le cancer du sang, les tumeurs cérébrales, les lymphomes et les neuroblastomes, précise la Pédiatre.
Ce dernier type nécessite, à un stade avancé, une autogreffe de cellules souches. «L’intérêt de cette opération est dans le traitement des neuroblastomes métastatiques. Selon un protocole bien déterminé les enfants sont soumis à la chimiothérapie, mais, si le traitement ne répond pas, ils sont opérés et leur seule chance de guérison est l'autogreffe de cellules souches après une chimiothérapie », a expliqué Dr. Dorra Tajina, résidente en oncologie médicale à l’Hôpital régional Habib Bourguiba de Sfax (Sud).
L’autogreffe est une opération qui n’était pas pratiquée en Tunisie. Les parents des enfants atteints de ce type de cancer, doivent forcément se déplacer, notamment en France, pour soigner leurs enfants.
« Pour se déplacer, couvrir les frais du séjour et le coût de l’opération, il faut disposer d’environ 700 mille dinars (318 mille USD), ce qui n’est pas évident avec la lenteur des procédures de la prise en charge par les caisses sociales », a déclaré Manel Gharbi, vice-président de l’association «Maram Solidarité pour les enfants cancéreux».
C’était aussi le cas de la maman de la fillette Maram, décédée des suites d’un cancer de type neuroblastome, car ses parents n’avaient pas eu la possibilité de fournir la somme entière ni de bénéficier, en urgence, de l’accord de la prise en charge.
Créée depuis le décès de Maram, l’Association lutte contre le cancer des enfants et apporte un soutien aux familles qui n’ont pas les moyens de soigner leur progéniture, atteinte de la maladie.
Un appel aux dons a été lancé par « Maram Solidarité » pour collecter la somme nécessaire à la réalisation d’une extension du Centre National de Greffe de Moelle Osseuse et à l’acquisition de la machine, indispensable pour l’opération de l’autogreffe. La somme qui a été visée par la campagne est de 1,24 millions de dinars 563 mille USD).
Citoyens, journalistes, politiciens, artistes et de larges composantes de la Société civile, se sont mobilisés dans cette campagne, chacun selon ses moyens. Un numéro SMS a été mis à la disposition de tous ceux qui voulaient y contribuer.
Les gens pouvaient également verser de l’argent directement sur le compte bancaire de l’Association « Maram Solidarité » ou contribuer à la construction de la nouvelle partie du Centre de Greffe, comme le groupe d’architectes qui s’est porté volontaire pour concevoir le plan et la décoration intérieure.
Finalement, « Maram Solidarité » a réussi à collecter 1,257 millions de dinars (570 mille USD) de dons aux fins de financier le projet d’extension du Centre National de Greffe de la Moelle Osseuse à Tunis.
« Grâce à cette extension, la capacité du centre s’élèvera à 37 enfants. Il lui faut une année pour qu’il soit totalement opérationnel », a souligné Mouna Chouikh, ingénieur de décoration volontaire, dans une déclaration à l’une des chaînes tunisiennes privées.
Elle a ajouté que le plan comporte, entre autres, une salle bien équipée consacrée aux enfants qui voudraient réviser leurs cours, afin qu’ils ne ratent pas leur année scolaire et pour effectuer certaines activités. L’ingénieur a également parlé du « Jardin de la vie », un espace ouvert conçu pour les enfants, au cours du traitement.
Lancé par l’Association «Maram Solidarité», ce projet s’inscrit dans le cadre d’un partenariat entre l’association et le ministère tunisien de la Santé, visant à réaliser l’extension du Centre National de Greffe de la Moelle Osseuse, a précisé Dr. Mohamed Bejaoui, pédiatre ayant soutenu la campagne.
«Grâce à l’autogreffe, nous serons en mesure de sauver la vie à la moitié des enfants atteints de neuroblastome, qui atteignent un stade avancé de la maladie aboutissant au décès », a-t-il assuré.
Il a souligné qu’un médecin est parti en France pour suivre une formation spécifique en matière de réalisation de l’autogreffe par la machine, qui est déjà disponible et que du 23 au 26 mai, les médecins spécialistes s’entraineront à l’usage de cette machine.
«Au mois de juin, le premier enfant qui sera atteint par la maladie bénéficiera de l’autogreffe grâce à cette machine», a conclu, optimiste et confiant, le pédiatre.