Etem Geylan,Saida Charafeddine
18 Septembre 2015•Mise à jour: 18 Septembre 2015
AA - Istanbul - Tuncay Çakmak
Le 11ème Président de la République de Turquie, Abdullah Gul, s’est exprimé, jeudi, lors d’une émission sur la chaîne privée turque NTV, au sujet de la lutte contre le terrorisme, estimant que ce combat allait être gagné tôt ou tard.
«Un jour ou l’autre nous vaincrons définitivement le terrorisme, a-t-il déclaré. Mais dans cette période il faudra faire très attention à une chose : Il faut tout faire pour ne pas rompre le sentiment d’appartenance de nos citoyens d’origine kurde à la République de Turquie.»
L’ancien président s’est dit très attristé par la reprise intempestive du terrorisme dans le pays quelques jours après les législatives du 7 juin.
«Une très longue partie de ma carrière étatique est passée dans ce type de contexte, a-t-il poursuivi. Aujourd’hui, rien n’explique cette reprise de la violence. Je ne sais pas pourquoi le PKK fait cela, s’il en est conscient, ni par qui il est instrumentalisé, ce qui le motive, mais ce qui est certain c’est que des familles turques pleurent leurs morts. Et des familles kurdes aussi pleurent leurs fils policiers ou soldats tués par les terroristes. Ce n’est pas acceptable.»
Abdullah Gul a indiqué qu’il faut lutter jusqu’au bout contre le terrorisme, et a invité toute la population à faire front contre les terroristes.
Selon Gul, plus les terroristes utiliseront des armes puissantes, plus celles de l’Etat le seront d’avantage.
«Dans la lutte contre le terrorisme, il faut éviter à tout prix de heurter la sensibilité de nos citoyens kurdes, a-t-il estimé. C’est le plus grand danger qui se cache dans ce combat. Je verrais d’un mauvais œil le regroupent de tous nos citoyens kurdes dans un seul parti politique.»
Le 11ème président turc a expliqué, qu’il faut éviter de transformer ce problème, qui gangrène la Turquie depuis des décennies, ne devienne un enjeu international. Chacun doit régler ses problèmes lui-même dans les délais impartis, a-t-il déclaré.
«Dans toute mon expérience politique et étatique, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, j’ai pu constater que ce genre de périodes extrêmement tendues peut coûter cher à la Turquie, a-t-il expliqué. Les périodes comme celles-ci ne doivent pas dépasser quelques mois, elles ne peuvent se poursuivre pendant des années. Nous devons au plus vite sortir de cette tension. Les divisions idéologiques sont trop tranchées dans notre pays, toutes les composantes de la société sont impliquées. Dans notre région et dans ce contexte, la Turquie ne peut pas se permettre de se trouver dans une situation pareille. Notre pays peut s'en sortir, il l’a fait après la crise du début des années 2000. L’esprit réformiste est une clé dans ce contexte.»
D’autre part, Abdullah Gul a exprimé son souhait de voir la Turquie redevenir une source d’inspiration pour les pays islamiques.
«Lors de mes mandats en tant que ministre des Affaires Etrangères, j’ai compris que la Turquie peut être efficace dans les pays du Moyen-Orient et dans les pays musulmans, sil elle développe une politique ‘soft-power’, a-t-il déclaré. La Turquie n’obtiendra rien sil elle développe une politique ‘hard-power’. Nous tous, nous détestons le régime syrien. Certaines choses avancent malgré notre volonté. Au début du conflit, la communauté internationale ne nous a pas permis de travailler sur un dialogue avec Damas. Ici, j’accuse clairement la communauté internationale. La Turquie est profondément touchée par les évènements en Irak et en Syrie, que ce soit au niveau des réfugiés, que de la sécurité, du terrorisme ou de l’économie. Il n’y a pas d’autre solution qu’une solution politique en Syrie.»
Abdullah Gul s’est dit très surpris de ne voir aucune initiative entre les pays voisins de la Syrie, la Turquie, l’Iran, la Jordanie, l’Egypte et l’Arabie Saoudite.
Par la suite, l’ancien président est revenu sur l’actualité politique de Turquie, regrettant qu’une coalition n’ait pu être formée après le 7 juin.
«Je pensais qu’une coalition entre les deux principales formations politiques de notre pays pourrait être formée et qu’elle serait très bénéfique, a-t-il poursuivi. Mais ça n’a pas été possible. Ca aurait pu réduire les tensions dans notre société.»
Abdullah Gul a estimé que le Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti), dont il est un des fondateurs, a fait preuve d’une grande capacité en restant au pouvoir pendant plus de 13 années.
"Ce n’est pas si fréquent de voir un parti rester si longtemps au pouvoir, a-t-il dit. L’une des plus grosses réussites de l’AK Parti a été réalisée dans le domaine économique. Forcément il a été marqué par cela. L’important c’est de pouvoir redresser la barre et retrouver l’esprit du début de sa fondation. Je pense que c’est possible. Je souhaite que notre parti ressorte victorieux du scrutin du 1er novembre. Pour ma part, je n’attends plus rien de la politique. Mais si on a besoin de moi, j’étudierais la situation à ce moment-là."
Enfin, Abdullah Gul a apporté son soutien à la lutte contre l’organisation parallèle illégale, rappelant que sous sa présidence, il avait à plusieurs reprises exprimé ses inquiétudes face à cette organisation qui s'incrustait dans le fonctionnement de l’Etat et de la justice.