Ecenur Çolak,Tuncay Çakmak
25 Septembre 2017•Mise à jour: 25 Septembre 2017
AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le ministre turc des Affaires Etrangères, Mevlut Cavusoglu, a fait savoir que la Turquie interviendrait militairement en cas d’attaque concrète contre la population turkmène dans le nord de l’Irak.
Le Chef de la diplomatie turque a répondu, lundi, aux questions des journalistes de la chaine d’information turque "A Haber" concernant l’actualité en Turquie et dans la région, tout particulièrement sur le référendum de ce lundi dans le nord de l’Irak.
Cavusoglu a d’abord souhaité rappeler que le référendum pour l’indépendance du District Kurde du Nord de l’Irak est illégitime et illégal au regard du droit international et de la constitution irakienne.
D’ailleurs, la communauté internationale, de la Turquie aux Etats-Unis, en passant par la France, le Royaume-Uni ou encore le Conseil de Sécurité des Nations Unies, s'est opposée à la tenue de ce référendum.
"Nous ne reconnaissons pas ce référendum, il est nul à nos yeux. Dorénavant, notre interlocuteur est Bagdad", a-t-il déclaré.
Selon le chef de la diplomatie turque, cette initiative ne fera gagner aucun nouveau droit au District du Nord de l’Irak, au contraire elle pourrait même faire disparaître certains droits existants.
Cavusoglu a également mis l’accent sur la présence d’une forte population Turkmène dans cette région d’Irak.
"Il est de notre principal devoir que de défendre la population Turkmène. Nous ne pouvons accepter un référendum qui ignore les autres groupes ethniques et qui inclut illégalement Kirkouk dans ce processus alors que la ville ne fait pas partie des limites du District Nord. Si aucun des conseils et avertissements de la Turquie ne sont pas pris en compte, alors rien ne sera plus comme avant", a-t-il expliqué.
"En cas d'intervention concrète contre les Turkmènes, une opération militaire (turque) sera immédiatement lancée", a-t-il clairement averti.
Le ministre a précisé que les mesures qui seront prises par la Turquie contre ce référendum devront être décidées en coordination avec le gouvernement central irakien. Il est évident que nous allons agir, que ce soit au niveau des frontières ou de l’acheminement du pétrole.
"En réalité, en décidant d’organiser ce référendum, le District Kurde du Nord de l’Irak a démontré qu’il renonce aux droits que la constitution irakienne lui conférait. Forcément, cet acte aura des conséquences et ils en paieront le prix", a-t-il estimé.
Cavusoglu a aussi fait savoir que la Turquie n’hésitera pas à défendre les intérêts de la Turquie s’ils sont menacés dans le nord de l’Irak.
"Nos camions, nos transporteurs font du commerce avec l’Irak. Si ces camions et nos chauffeurs devaient être mis en danger dans cette région alors il sera de notre responsabilité que de garantir leur sécurité. Nous ferons usage des prérogatives que nous confère le droit international et les nombreux accords bilatéraux qui nous lient à l’Irak", a-t-il encore précisé.
Il a également affirmé que le référendum peut ouvrir la voie à une recrudescence des actes terroristes de groupes tels que le PKK ou Daech.
"Le PKK est aussi une grosse menace pour le gouvernement Barzani. L’organisation terroriste a toujours été à l’affut des opportunités d’affaiblir Barzani. Nous sommes convaincus qu’après ce référendum, le PKK et d’autres groupes vont attaquer les autorités du District Nord", a-t-il dit.
Le ministre a ensuite répondu aux questions relatives à la situation en Syrie.
Il a critiqué la poursuite des frappes aériennes russes dans la région d’Idleb, malgré l’accord signé à Astana.
"Nous observons ces derniers jours que les jets russes frappent la région d'Idleb en Syrie. Biensûr qu'il faut combattre les groupes terroristes qui s'y trouvent. Mais nous constatons que de nombreux civils et opposants modérés ont été tués. Une attaque contre les civils revient à violer le cessez-le-feu et à mettre fin aux accords d'Astana", a-t-il dénoncé.
Pour conclure, Mevlut Cavusoglu a commenté les résultats des législatives de dimanche en Allemagne.
"Nous souhaitons toujours développer des relations fortes et normales avec l’Allemagne. C’est notre principal partenaire commercial, quatre millions de Turcs y vivent et si l’Allemagne est forte, nos concitoyens seront prospères. Mais nous voulons que nos relations soient basées sur une approche équilibrée, amicale et sincère. L’Allemagne ne doit pas se considérer comme notre patron", a-t-il déclaré.