AA - Istanbul - Nur Gülsoy
"La Turquie ne s'écroulera pas sans les importations d'un milliard de dollars de la Russie", a déclaré le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan.
Le chef de l'Etat s'exprimait durant la cérémonie de clôture de la Semaine d'Innovation de Turquie, samedi, à Istanbul.
"La Turquie n'a pas imposé de sanctions contre la Russie sur les produits alimentaires, contrairement au monde entier", a-t-il rappelé. "Nous avons tout envoyé, [...] car la Russie est notre partenaire stratégique. Nous observons maintenant que la Russie nous impose des sanctions sur le textile aussi. Ce sont des réactions impulsives. La Turquie ne s'écroulera pas sans vos importations d'un milliard de dollars. D'autres portes s'ouvriront, d'autres ressources apparaîtront. D'ailleurs, elles existent déjà", a-t-il dit.
Le président Erdogan a noté que cette crise engendre des questions d'ordre énergétique dans les esprits.
"Rien n'indique, pour l'instant, que les problèmes avec la Russie se reflèteront sur le gaz ou les projets tels que la centrale d'énergie nucléaire d'Akkuyu", a-t-il fait savoir, ajoutant que "selon certaines allégations en Turquie, c'est la Russie qui aurait mis fin au projet de gazoduc Turkish Stream. Au contraire, nous l'avions suspendu depuis un moment, pour manque de réponse à nos demandes".
Erdogan a souligné que "la Turquie n'est pas un pays riche en ressources énergétiques, au contraire, elle dépend de l'extérieur".
"Le premier souci avec l'éclatement de la crise avec la Russie, a été le gaz, car nous l'utilisons largement pour nous réchauffer et pour produire de l'électricité. Mais j'insiste, nous importons 90,5% de notre pétrole et 98,5% de notre gaz, la Russie et l'Irak sont nos sources principales, mais ne sont pas exclusives", a-t-il lancé.
Le président s'est adressé aux détracteurs aussi: "Que tout le monde comprenne que la Turquie n'est pas un Etat tribal. Nous avons déjà averti, à plusieurs reprises, ceux qui manoeuvraient contre nos frontières et nos droits souverains. La Turquie a désormais dépassé le seuil critique, et ceux qui deviennent ses amis en profiteront, mais ceux qui agissent avec hostilité ne verront que nuisances."
Concernant le climat interne, Erdogan a regretté que certains groupes du peuple turc manquent d'unité et de confiance envers leur pays en de telles circonstances. D'après lui, "l'opposition principale soutient presque [le président russe] Vladimir Poutine. Elle avait aussi soutenu [le président syrien] Bachar al-Assad. Ce n'est pas étonnant".
Erdogan a ajouté que "l'administration turque n'approuve pas le discours et les méthodes de la Russie pour aggraver la crise et n'utilise pas le même langage avec son homologue russe. La Turquie recourt au langage diplomatique, et est patiente", a-t-il fait remarquer.
// Innovation en Turquie
Le chef de l'Etat s'est aussi exprimé sur la production en Turquie, ainsi que l'innovation.
"La Turquie doit agir de manière déterminée concernant le secteur de la Recherche et Développement [R&D], dont la part escomptée dans le revenu national pour 2023 a été fixée à 3%", a-t-il avancé.
Il a, en outre, précisé que la Turquie était classée 74ème pays du monde selon l'indice mondial de l'innovation en 2012, et est passée au 58ème rang en 2015. "Cela démontre que notre pays suit un processus qui évolue de la production basée sur la productivité, à la production basée sur l'innovation. Nous avons encore beaucoup de manque, surtout dans le domaine de l'enseignement et de la formation", a encore relevé le président turc.