AA - Ankara - Nur Gülsoy
Il est de notre devoir de protéger même un morceau de pierre de notre patrimoine, a déclaré le Premier ministre turc, Ahmet Davutoglu, en réplique à l'opposition qui critique l'opération Shah Firat.
Le chef de gouvernement a prononcé un discours dans une réunion de formation organisée avec les représentants locaux du Parti pour la Justice et le Développement (AKP), lundi au siège du parti à Ankara.
Ahmet Davutoglu a rappelé l'opération menée samedi soir en Syrie, baptisée "Shah Firat", dans le but de déplacer le mausolée du Shah Soliman, le territoire sur lequel il repose étant le seul que détient la Turquie à l'étranger.
"La nuit du samedi au dimanche était une nuit d'honneur pour nous, a-t-il déclaré. Mais les critiques faites dimanche par l'opposition, seront une tâche noire dans l'histoire. Qu'on le sache bien, il est de notre devoir de protéger même un morceau de pierre qui représente notre patrimoine. C'est ce que nous avons fait, et nous poursuivrons ainsi. Mais le Parti républicain du peuple [CHP, premier parti de l'opposition] qui prend la langue ottomane pour une langue étrangère, se met soudainement à s'exprimer au nom des ancêtres ottomans. Ce n'est pas à toi de protéger l'héritage ottoman, ô Kilicdaroglu."
Lancée samedi soir, une première opération a permis de transférer la dépouille du Shah Soliman, grand père du fondateur de l'Empire ottoman et d'évacuer les soldats turcs qui gardaient le mausolée.
La seconde opération a permis de contrôler une zone près du village de Esme situé à l'Ouest de la ville de Ayn el-Arab-Kobané en Syrie et de hisser le drapeau turc sur la zone, en prélude au transfert de la dépouille.
Certaines figures de l'opposition critiquent l'opération qu'elles estiment une "fuite", et non réussie.
"J'insiste que l'opération Shah Firat a été décidée et mise en oeuvre intégralement par Ankara, avec l'approbation du président de la république de Turquie, a réitéré Davutoglu. Nous ne demandons aucune permission, aucune aide ou aucun soutien pour une telle opération visant à protéger notre droit international et notre patrimoine historique."
Le Shah Soliman, chef de la tribu Kayi qui a par la suite donné naissance à la dynastie ottomane, était décédé près de l'Euphrate, et avait été enterré au Qalat Jabar (Château Jabar) en Syrie, faisant de cet endroit un point symbolique pour la Turquie.
Un accord conclu avec la France en 1921 a reconnu cet endroit comme territoire turc, le seul à l'étranger, d'ailleurs. Le mausolée a été déplacé en 1939 et en 1975 pour différentes raisons, déplaçant également ce territoire turc.
Le Premier ministre a aussi abordé la loi de réformer de sécurité intérieure, insistant que "quoi qu'il en soit, elle sera adoptée par le Parlement afin de protéger les libertés et d'assurer la sécurité en Turquie."
"L'ensemble de lois pour la réforme de sécurité intérieure n'a pas surgi au mois de février, a-t-il dit. Vous avez tous vu à la télévision les événements de 6-7 octobre. Nos frères dans l'est et le sud-est du pays les ont même vécus sur place. Nous avons tous vu le climat de tension et de terrorisme souhaité par certains en Turquie. Pourrions-nous, en tant que gouvernement, nous taire devant un tel paysage? Non. Personne ne pourra entraîner la Turquie dans la faiblesse sécuritaire dont souffrent les pays voisins."