Ilkay Guder
09 Octobre 2015•Mise à jour: 09 Octobre 2015
AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le vice-Premier ministre turc, Yalcin Akdogan, a déclaré espérer que le comportement de la Russie vis à vis de la Turquie ne soit pas une politique volontaire qui s’inscrirait dans la durée.
Akdogan a participé à une émission télévisée diffusée par la chaîne privée turque, Haberturk, au cours de laquelle il a répondu aux questions relatives à l’actualité et aux législatives qui s’approchent.
«Les politiques russes et turques à l’égard de la Syrie sont différentes, a-t-il expliqué. La Turquie a réagi avec vigueur aux violations russes de notre espace aérien. Les autorités russes font des déclarations visant à faire baisser la tension.»
Interpelé sur les déclarations du Kremlin, affirmant que l’intervention russe en Syrie permet également de protéger les frontières turques, Akdogan a répondu que la Turquie protégeait elle-même ses frontières et qu’elle n’avait pas besoin de l’aide d’un autre pays.
«A quoi servent les frappes russes actuellement, a-t-il poursuivi. Des millions de syriens ont dû quitter leur pays, des centaines de milliers sont morts. La Turquie subit au premier plan ce conflit. Comment ce conflit peut-il être réglé en soutenant Bachar al-Assad et en permettant que ce régime survive. C’est l’opposition syrienne qui est visée afin de venir en secours au régime sur le point de céder. La Turquie est directement concernée par ses opérations, car elles ont lieu dans des régions où vivent les Turkmènes.»
De plus, le vice-Premier ministre a estimé que Moscou cherche peut-être à renforcer sa présence dans la région face aux Occidentaux.
«La Syrie est le théâtre d’une partie d’échec mondiale, a-t-il affirmé. Dans ce jeu, la Russie cherche à renforcer son statut de puissance avec son implication militaire de plus en plus grande. Comme en Ukraine, Moscou passe un message à l’Occident en Syrie. Mais la Turquie n’est pas un pays dans lequel on peut passer ce type de message. Nous ne pouvons accepter ce genre de violations territoriales. C’est pourquoi nous avons réagi avec fermeté. Et nous n’hésiterons pas à prendre toutes les décisions nécessaires pour protéger nos frontières si ça devait se répéter.»
Yalcin Akdogan a également accueilli avec satisfaction la solidarité montrée par l’Organisation du Traité de l’Alliance Atlantique (OTAN).
Le vice-Premier ministre a rappelé que la Turquie et la Russie sont des pays amis et voisins, et qu’ils entretiennent des relations très fortes, notamment dans le domaine commercial.
La Turquie est l’un des plus gros clients de la Russie au niveau du gaz naturel, et les entreprises russes sont fortement impliquées dans les projets nucléaires développés par Ankara.
D’autre part, Akdogan a commenté la lutte contre le terrorisme et le processus de résolution.
«Si notre gouvernement n’avait pas répondu avec détermination aux attaques des différentes organisations terroristes, imaginez l’état dans lequel le pays se trouverait, a-t-il dit. Le chaos l’aurait emporté. Le processus de résolution n’est pas un projet ponctuel. Notre parti a mis cette question dans ces objectifs lors de sa création. Le PKK n’a pas respecté ses engagements, il n’a pas quitté le territoire et n’a pas abandonné les armes. Au contraire, après les élections du 7 juin, il a repris les attaques terroristes.»
Akdogan a indiqué que le processus pourrait reprendre seulement quand l’organisation terroriste aura totalement mis fin à ses actions et qu’il aura quitté le pays en abandonnant définitivement les armes.
«En réalité, nos citoyens kurdes sont les premières victimes du PKK, a-t-il déclaré. Les opérations des forces de sécurité visent à repousser la menace dans la région et permettre aux habitants de vivre en paix et dans la sécurité.»
De plus, le vice-Premier ministre a sévèrement critiqué la proximité du Parti Démocratique des Peuples (HDP) avec le PKK.
«Ce n’est pas une relation acceptable, a-t-il dit. Le HDP a trahi le processus de résolution. Ce parti doit avancer selon les règles démocratiques. Aucune démocratie ne peut accepter qu’un parti politique ait des liens directs avec une organisation terroriste et qu’il reçoive des directives des terroristes. Le HDP aide le PKK à gagner du terrain dans nos villes, et le PKK, sous la menace et la violence, permet au HDP d’obtenir plus de voix aux élections.»
Akdogan a affirmé que la population, comme elle avait apporté un fort soutien au processus de résolution, approuve à une très grande majorité les opérations contre les terroristes.
D’autre part, le vice-Premier ministre a exprimé son souhait de voir le Parti pour la Justice et le Développement (AK Parti) sortir grand vainqueur des législatives du 1er novembre, afin qu’il puisse gouverner seul le pays.