İlkay Güder,Ayvaz Çolakoğlu
04 Janvier 2018•Mise à jour: 05 Janvier 2018
AA - Ankara - Ayvaz Colakoglu
"Le fait d'être journaliste, ou d'occuper une autre fonction, ne fait pas de vous un innocent" a spécifié le porte-parole de la présidence turque, Ibrahim Kalin en réaction aux propos tenus par le président français Emmanuel Macron sur la liberté de presse en Turquie.
Kalin a animé, jeudi, une conférence de presse à Ankara au cours de laquelle il a abordé les sujets d'actualités et répondu aux questions des journalistes.
Après avoir rappelé que le président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan avait, en 2017, visité 24 pays, Kalin a précisé que cette activité intense en matière de politique étrangère allait se poursuivre cette année.
Il a notamment relevé la robustesse de l'économie turque qui "s'est rapidement remise du grand traumatisme causé par la tentative de putsch de 2016 et atteint au cours de l'année 2017 une croissance record de 11,1 %".
"Avec les progrès enregistrés en matière de sécurité, le secteur du tourisme a connu une accélération avec 31 millions de visiteurs" a assuré Kalin avant d'ajouter que pour 2018 l'objectif était d'atteindre "de nouveau le nombre de 37, 38 voir 39 millions de touristes".
Concernant la visite du président Erdogan en France programmée pour demain vendredi, le porte-parole a indiqué que les relations bilatérales, la Syrie, l'Irak, la lutte contre le terrorisme, les relations Turquie-UE, les questions régionales et internationales seraient au coeur des discussions entre les deux présidents.
Erdogan devrait également, dans le cadre de sa visite en France, recevoir le président du Conseil français du culte musulman (CFCM) précise Kalin, afin d'échanger sur les problèmes rencontrés par les musulmans, assure-t-il.
Kalin a notamment tenu à clarifier certains points concernant le discours du président français sur la liberté de la presse en Turquie.
"Le président Macron a fait des déclarations, lors de ses voeux à la presse, sur la liberté d'expression en Turquie. Je pense que ces appréciations sont dues à un manque d'informations. (...) Le fait d'être journaliste, ou d'occuper une autre fonction, ne fait pas de vous un innocent", a t-il précisé avant d'ajouter que les partenaires européens avaient parfois du mal à prendre toute la mesure des menaces sécuritaires qui pèsent sur la Turquie.
Soulignant que la Turquie luttait simultanément contre trois organisations terroristes, Kalin a insisté sur le fait que les journalistes en Turquie ne sont pas poursuivis pour avoir exercé leur métier et que le président Macron serait renseigné sur ce sujet.
Kalin a qualifié de "scandaleux" le procès de l'ancien directeur-adjoint de la banque turque "Halkbank" Hakan Atilla, poursuivi aux Etats-Unis pour avoir violé l’embargo américain sur l’Iran et reconnu coupable de 5 chefs d’accusation, tout en le déclarant non coupable pour les accusations de "blanchiment d’argent" par un jury populaire.
"C'est la décision scandaleuse d'un procès scandaleux. Cela n'a aucune autre signification. Par ailleurs, il est flagrant que ce procès-conspiration vise à s'ingérer dans les affaires internes de la Turquie et dans sa politique intérieure. Un scénario honteux, du point de vue du droit, est en train d'être appliqué." a t-il asséné.
Au sujet des manifestations qui secouent l'Iran, Kalin a déclaré :
"Pour nous, la stabilité, la paix et la sérénité en Iran sont d'une importance extrême. Si certains tentent de déstabiliser l'Iran de l'extérieur, je le redis une nouvelle fois, c'est peine perdue. Nous trouvons inacceptables les déclarations et tweets visant à intervenir pour briser la paix et la sérénité de la société iranienne".
Un Congrès national syrien regroupant les différentes parties impliqués dans le conflit syrien, à l'exception du PYD/YPG, se tiendra lors du prochain sommet de Sotchi en Russie.
Interrogé sur le sujet, Kalin a réaffirmé que des organisations terroristes ne pouvaient être considérées comme des interlocuteurs.
"Aucun groupe terroriste ne peut représenter le peuple syrien. Le PYD ou le YPG ne peuvent représenter les Kurdes de Syrie. Nous savons par quelles violations des droits de l'homme et oppressions, le PYD et le YPG tentent d'imposer leurs dominations sur les territoires là-bas. La presse occidentale peut occulter cela car il s'agit d'un morceau du plan américain", a t-il lancé.
Concernant l'achat à la Russie du système de défense anti-aérien S-400 et en réponse aux insinuations sur un déploiement de soldats russes sur le sol turc, Kalin a apporté les précisions suivantes :
"Lors des prochaines étapes, il y aura des phases de formations et de productions communes. Il n'est pas question de déploiement de militaires (russes). Bien sûr qu'il y aura un échange dans le cadre de la coopération, du partage de connaissances et de la formation. Cet échange existe déjà actuellement. Nos militaires et techniciens qui vont suivre leurs formations iront là-bas (Russie). Et leurs techniciens vont venir ici. Parler de ceci comme d'un déploiement de militaires russes en Turquie n'est pas correct".