AA/ Bouaké/ Issiaka N'guessan
Contrairement à d'autres pays émergents s'intéressant à l'Afrique, notamment pour ses matières premières, la Turquie cherche plutôt, dans le cadre de son partenariat dont le sommet Afrique-Turquie (19-21 novembre) illustre les enjeux, à donner à l'Afrique, déclare à Anadolu Séraphin Yao Prao, Economiste et Maître-Assistant à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké (341 Km au Centre-Nord dce la Côte d'Ivoire).
"Le continent africain est devenu un enjeu géostratégique. Tous les pays émergents s’y intéressent et cette concurrence doit profiter aux Etats africains. Mais Ankara ne veut pas seulement prendre, elle souhaite aussi donner", analyse l’économiste ivoirien, membre par ailleurs du parti Lider (Liberté et démocratie pour la République/opposition).
Pour Prao, la Turquie a de plus en plus confiance en elle et ce, grâce à ses bonnes performances économiques. Depuis une dizaine d’années, elle se tourne vers les nouvelles puissances émergentes avec un intérêt singulier pour l’Afrique subsaharienne.
"Mais contrairement à la Chine et l’Inde qui lorgnent les matières premières du contient en raison des besoins de leurs classes moyennes, la Turquie a d’autres motivations’’ précise l'économiste.
Selon cet économiste, en effet, ce sommet Afrique-Turquie (19 au 21 novembre à Malabo, Guinée Equatoriale) a des ‘’retombées’’ plus profitables pour les africains car le continent peut compter sur l’implantation des entreprises turques.
"En 2010, on dénombrait plus de 400 petites et moyennes entreprises implantées en Afrique, investissant 500 millions de dollars. Ces investissements sont porteurs d’emplois et de transferts de technologie’’ rappelle Prao.
Le continent africain constitue, en effet, un marché potentiel de première importance pour les produits turcs, "qui sont souvent de bonne qualité et à des prix nettement moindres que ceux d’Europe ou des États-Unis."
Ainsi, le volume commercial des échanges qui n'était que de 4 milliards de dollars en 2000 a plus que doublé en 5 ans en passant à 9,6 milliards en 2005, pour atteindre 15,7 milliards en 2010. Dans la période entre 1972 et 2012, la part des pays africains dans le volume global des activités internationales des entrepreneurs turcs était 19,4%", renseigne l'économiste, en se basant sur des chiffres officiels.
En outre, "les pays africains peuvent bénéficier de la technologie turque en matière de construction par exemple où son efficacité est reconnue dans le domaine."
L’universitaire ivoirien croit que "les Etats africains pourraient bénéficier du savoir-faire turc avec les bourses d’études offerts aux étudiants africains. Pour la seule année académique 2012-2013, la Turquie a fourni 561 bourses à des étudiants originaires d'Afrique sub-saharienne. Il y aurait eu en 2011, au moins 2000 étudiants africains en Turquie. Environ 200 jeunes diplomates ont assisté à des programmes de formation organisés par l'Académie diplomatique du Ministère des Affaires étrangères de la République de Turquie".
Selon Dr Séraphin Prao Yao, la volonté affichée de la Turquie de s’ouvrir sur le continent africain n’est plus à démontrer.
"Signe de cette volonté d’ouverture sur l’Afrique, la compagnie aérienne Turkish Airlines, détenue à 49% par l'Etat, a rapidement étendu son réseau africain au cours des dernières années. Avec l’ouverture récente de nouvelles lignes à Nouakchott, à Abidjan et les liaisons vers le Burkina Faso, le Cameroun et le Niger rien qu'en décembre 2013, cette compagnie dessert désormais 18 pays africains avec 38 destinations au total" décrypte l’analyste économiste.
"L'Afrique a eu une part de 31 % de l'aide publique au développement (APD) de la Turquie en 2012, ce qui représente un montant de 772 millions de dollars. La Somalie est au premier rang des pays africains qui ont reçu l'APD de la Turquie en 2012 avec un montant de 86 millions de dollars’’ affirme-t-il, précisant au passage que ‘’sur le terrain humanitaire et de l’aide, la Turquie est un pays très actif en Afrique en devenant le quatrième donateur mondial en 2012.
Depuis 1998, la Turquie a initié une politique baptisée « Ouverture à l’Afrique » qui vise à développer les liens économiques, politiques et culturels avec l'Afrique. ‘’La Turquie fait partie des pays qui font redécouvrir l’Afrique. Il revient aux Africains de prendre le bon virage’’ conclut Séraphin Yao Prao.