AA- Abdoulaye Adoum - Doyaba (Tchad)
Face aux conditions de vie critiques des réfugiés de la Centrafrique dans le sud du Tchad, une délégation officielle et humanitaire turque, vole au secours de 17 604 sinistrés, dont l'origine tchadienne de nombre d'entre eux, affecte leur statut juridique et retarde l'intervention d'organisations interantionales.
Un air d'apaisement plane, vendredi, sur le site de Doyaba, au sud du Tchad, où s'entassent 17 604 réfugiés de la Centrafrique. Malgré des conditions de vie toujours critiques, ces sinistrés sont "plutôt satisfaits" d'une aide en vivres et en médicaments d'une valeur de 200.000 dollars remise, mardi, par une délégation officielle turque. Le montant est "symbolique" pour nombre d'entre eux, mais les modalités de distribution, "simplifiées et directes", contrastent avec d'autres aides, souvent annoncées, mais jamais remises en main propre.
« Au moins cette fois-ci les donateurs turcs ont compris la réalité, contrairement aux autres donateurs, c’est pourquoi ils ont procédé à la remise d'aides directement aux bénéficiaires » a déclaré à Anadolu, un réfugié, soulagé.
Conduite par Ahmet Kavas, ambassadeur de Turquie au Tchad, une délégation constituée de Tika (Agence turque de développement), Diyanet Vakti (Fondation Religieuse de Turquie), Gonulluler-Bisegde (Volontaires de Turquie), IHH (Organisation humanitaire turque) a quitté, mercredi soir, le site de Doyaba, à Sarh après y avoir procédé à une distribution en vivres et en médicaments aux nécessiteux venant de la Centrafrique.
Malgré l'installation de 1200 tentes, plus de 2000 personnes dorment encore, chaque nuit, sous la belle étoile. Certaines de ces familles ont érigé des toits de fortune couverts de pagnes ou de voiles en guise de toiture. 50 douches et latrines leur sont réservés et, bien que des repas quotidiens leurs soient servis, des cas de malnutrition ont déjà été enregistrés.
«L’on note à présent 21 cas de décès dûs à des cas de malnutrition, de paludisme ou suite à diverses infections … On a également enregistré deux cas de mort-nés» a confié à Anadolu, Sidothe Beteloum, directeur régional de la Croix-Rouge du Tchad, chargé des logements et des catastrophes.
Incapable de faire face à ce flux sans cesse grandissant, le Tchad, qui a tiré la sonnette d'alarme en appelant à l'aide de nombreuses organisations internationales, s'est trouvé, selon le Gouverneur de la région du Moyen Chari dans "une impasse juridique". Malgré l'intervention de la Croix-Rouge, l'origine tchadienne de nombre de ces sinistrés serait à l'origine de "réticences" de nombreuses organisations internationales.
« Beaucoup d'organisations internationales, sous prétexte que ces réfugiés sont tchadiens (et pas des refugies), sont encore réticentes à intervenir.» a déclaré à Anadolu Ahamat Mahamat Karambal, gouverneur de la région Moyen Chari. « Pour elles, c’est au gouvernement tchadien de faire face à cette catastrophe. Nous continuons de gérer ce drame parce que nous n’avons pas le choix… Ces personnes n’ont aucune famille, aucune attache au Tchad car elles vivaient depuis plus de trois générations en Centrafrique »
Pour l’Ambassadeur de Turquie, Ahmed Kavas, cette aide permettra d'abord à des sinistrés "dans un besoin cruel" de produits de première nécessité et de médicaments, de survivre.
« Nous envisagerons de renforcer les médicaments, car le besoin se fait réellement sentir. Nous avons l’expérience de ce genres de cas, parce que nous nous sommes intervenus par le passé pour venir en aide aux réfugiés du Darfour qui ne sont pas plus nécessiteux que ceux de la Centrafrique, mais l’on s’étonne que d’autres pays ou institutions retardent à secourir ces derniers ». a déclaré à Anadolu, Ahmed Kavas.
Le 11 janvier, ils étaient 289 personnes dans le camp de Doyaba. Cette localité, située à quelques encablures de Sido, ville frontalère avec la République centrafricaine, à 780 kilomètres de Ndjamena, rassemble un nombre grandissant de retournés tchadiens et réfugiés centrafricains. Mercredi, les responsables du site ont annoncé l'arrivée d'un convoi de 2000 personnes supplémentaires.