Bilal Müftüoğlu
03 Décembre 2015•Mise à jour: 04 Décembre 2015
AA - Le Bourget - Bilal Muftuoglu/ Murat Unlu
Le changement climatique est une "opportunité" pour la Turquie, a estimé Mehmet Emin Birpinar, négociateur en chef de Turquie à la Conférence de Paris sur le climat (COP21) et sous-secrétaire général du ministère de l'Environnement.
La Turquie participe aux négociations climatiques au Bourget avec une délégation de 80 responsables pour un nouvel accord international après 2020, soit la date d'expiration du protocole du Kyoto, a fait savoir Birpinar, dans une interview avec Anadolu.
Plus de 180 Etats parties au Protocole et participant à la COP21 ont tous fait part de leurs engagements avant le sommet et œuvreront à un nouvel accord plus fédérateur jusqu'au 12 décembre, a noté Birpinar. Et d'ajouter:
"La Turquie s'engage de son côté à réduire de 21% ses émissions de gaz à effet de serre [GES] d'ici 2030. Elle pourrait faire plus à condition de bénéficier des mécanismes de financement. Si la Turquie bénéficie des fonds vers elle aura des forts potentiels pour réduire considérablement ses émissions".
Les émissions GES en Turquie s'élèvent désormais à 5 tonnes par habitant et pourraient atteindre 10 tonnes d'ici 2030, rappelle le négociateur en chef, soulignant que la Turquie, en tant qu'un pays en voie de développement, devra avoir accès aux financements des pays développés.
En effet, les pays développés se sont engagés, lors des précédentes éditions de COP à Copenhague en 2009 et à Cancun en 2010, à mobiliser conjointement 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 pour aider les pays en développement à faire face au changement climatique.
La question du financement sera ainsi un des facteurs déterminants du nouvel accord sans lequel il ne pourrait y avoir un consensus, selon Birpinar.
Le nouvel accord sur le climat devra aussi veiller à être "juste", a estimé Birpinar, rappelant que les pays qui ont entraîné le réchauffement de la planète de plus d'un degré après la révolution industrielle au 19e siècle, devront assumer davantage de responsabilités.
Les petits Etats insulaires, qui n'ont nullement contribué au changement climatique, sont parmi les plus affectés par ce dernier, a encore fait remarquer Birpinar, ajoutant que ces pays appellent ainsi à plus de financement pour affronter ses conséquences.
"La plupart de ces îles risquent d'être immergées avec la montée du niveau des eaux. La question qui se posera ainsi sera de savoir comment nous pouvons déloger leurs habitants. Cela signifie que les mécanismes de financement doivent être utilisés afin de minimiser les effets du changement climatique", a relevé le négociateur turc.
Les pays en voie de développement ont besoin des prêts pour achever leur transition énergétique et passer aux énergies renouvelables, a indiqué Birpinar,
Ces pays ne cherchent pas à "mendier de l'argent", a insisté Birpinar, notant qu'ils sont prêts à investir de leur côté à condition de pouvoir toucher des prêts doublant, voire triplant leurs propres investissements.
Le financement et la justice sont aussi les "lignes rouges" de la Turquie dans ces négociations climatiques, a précisé Birpinar.
La Turquie devra aussi ne pas figurer dans la catégorie des pays développés, comme cela est actuellement prévu dans les Conventions annexes au Protocole, mais dans celle des pays en voie de développement.
Le nouvel accord ne pourra ainsi se référer à ces articles des conventions annexes, a tranché Birpinar, ajoutant que les négociateurs turcs veillent ainsi à ce qu'il n'y ait aucune décision négative pour la Turquie.
L'accord de Paris pourrait favoriser la croissance en Turquie, a finalement estimé le négociateur, soulignant qu'ils ne considèrent pas le changement climatique comme une menace.
"Nous aurons ainsi accès à des technologies renouvelables, des technologies vertes. Nous pourrions même les exporter au monde entier", a-t-il conclu.