AA/Moscou
Le président russe Vladimir Poutine a rejeté les informations suggérant que le projet de gazoduc Turkish Stream entre la Russie et la Turquie aurait subi un ralentissement.
Dans une interview écrite accordée conjointement, vendredi, à l’agence de presse turque, Agence Anadolu (AA), et l’agence de presse russe Interfax, à la veille du sommet du G20 à Antalya (Turquie), Poutine a déclaré que le projet est toujours « pleinement dans l’intérêt de la Russie et de la Turquie ».
Le président russe a également déclaré apprécier la position indépendante de la Turquie à un moment où les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) ont unilatéralement mis en œuvre des sanctions à l’encontre de la Russie.
« La Turquie a pris une position indépendante. Une telle politique indépendante, adoptée par Ankara pour garantir ses intérêts nationaux liés à la politique étrangère, mérite un grand respect » a affirmé Poutine.
Le chef d’Etat russe s'est, en outre, exprimé au sujet du sommet du G20 qui aura lieu les 15 et 16 novembre à Antalya, province du sud de la Turquie.
Voici la retransciption d'une partie de l’interview de Vladimir Poutine:
- Le projet de gazoduc russo-turc "Turkish Stream"
Question : Plus de 10 mois sont passés depuis l’annonce du lancement du projet Turkish Stream. Depuis lors, aucun progrès dans son exécution n’a été observé. De plus, la partie russe a réduit de moitié la capacité du gazoduc. Quelles sont les raisons derrière cette réduction du projet ? Est-ce que cela aurait à voir avec un quelconque désaccord politique sérieux entre la Russie et la Turquie, ou est-ce seulement pour des raisons économiques ?
Réponse : Je ne partage pas votre opinion lorsque vous déclarez que le projet Turkish Stream ralentit. Un projet d’une telle envergure ne peut pas être développé et décidé du jour au lendemain. Il y a de nombreuses questions juridiques, techniques, économiques, technologiques et organisationnelles […] que nous devons décider ensemble avec nos collègues turcs.
Mieux nous résoudrons ces questions, plus vite et avec moins de risques et de ressources, nous serons capables de mettre en œuvre nos plans et assurer une livraison ininterrompue du gaz russe directement vers les consommateurs turcs. Le point principal est que ce projet est pleinement dans l’intérêt des deux pays, la Russie et la Turquie. Nous sommes unis à ce sujet, avec mon collègue [le président turc] Recep Tayyip Erdogan.
Nous avons communiqué à la partie turque, en juillet dernier, nos idées concernant l’accord bilatéral intergouvernemental, qui devrait constituer une base légale à l’exécution du projet. Nous nous attendons à ce que le nouveau gouvernement turc puisse organiser le travail concernant les aspects clés de l’accord susmentionné en un court laps de temps.
Le rythme du processus de négociations a été assurément affecté par la situation politique à la veille des élections en Turquie. Nous avons compris cela et n’avons pas forcé le cours des évènements.
C’est un fait connu que l’Union européenne (UE) et la Bulgarie ont torpillé la mise en œuvre du [projet de gazoduc] South Stream et ne nous ont pas laissé mettre en œuvre le projet. Bien que cela servait clairement les intérêts de la Bulgarie et de toute l’Europe du Sud.
Le Turkish Stream permettra de livrer le gaz naturel russe à la frontière entre la Turquie et la Grèce, et quasiment à la frontière de l’Union européenne (UE). Les consommateurs européens pourront l’acheter là-bas.
Mais les pays qui ont refusé de prendre part à la construction du nouveau gazoduc ne pourront que compter les bénéfices perdus.
Je souhaiter noter que nous continuerons à être un fournisseur d’énergie stratégique et fiable pour la Turquie et l’Europe, et que nous avons tout ce qui est nécessaire pour cela.
- La position « respectable » de la Turquie concernant les sanctions contre la Russie
Question : Les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) ont imposé des sanctions contre la Russie. Mais malgré les critiques des pays occidentaux, la Turquie continue de maintenir ses liens économiques et politiques avec Moscou. Dans ce contexte, quel avenir concevez-vous pour les relations russo-turques ? Jusqu’à quel degré les différences au sujet de la question syriennes affectent-elles les relations bilatérales ?
Poutine : Alors que les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) ont introduit unilatéralement des sanctions, la Turquie a pris une position indépendante. Une telle politique indépendante adoptée par Ankara pour garantir ses intérêts nationaux liés à la politique étrangère, mérite un grand respect.
Une telle approche pragmatique ouvre de nouveaux horizons pour le développement des relations russo-turques; et en premier lieu, leur dimension commerciale. La Turquie est notre partenaire majeur concernant les collaborations économiques étrangères. L’année dernière, notre commerce bilatéral a dépassé les 31 milliards de dollars US.
Nous développons, également, une coopération industrielle par la mise en œuvre de projets majeurs dans les domaines de la construction, l’industrie légère, la métallurgie et l’agriculture.
Nous nous concentrons principalement sur des industries de haute technologie et à fort degré de connaissances telle que l’énergie, y compris la puissance nucléaire et les télécommunications.
Le tourisme est un autre domaine important de notre collaboration. L’année dernière, plus de 3,3 millions de citoyens russes ont visité des stations touristiques en Turquie. En général, le potentiel de notre interaction commerciale et économique est loin d’être complètement atteint.
Il est vrai que nos deux pays ont des avis différents sur la manière de résoudre la crise en Syrie. Mais ce qui est important est que la Russie et la Turquie partagent les même priorités, nous soutenons tous l'impératif de résoudre la situation dans la région et la lutte effective contre le terrorisme. Avec cela en tête, les divergences existantes ne devraient pas entraver nos relations bilatérales. Au contraire, en cherchant des bases communes, nous nous servons de notre vaste expérience pour une coopération constructive entre nos deux pays.
- Le sommet du G20
Question : Durant la crise financière mondiale de 2008/2009, le G20 est devenu un format [de réunion de très haut niveau] apprécié, une plateforme pour résoudre les problèmes mondiaux. Pensez-vous que cela joue encore le même rôle ? Quels problèmes pourraient réellement être résolus grâce à ce format, plutôt que par des communiqués ou des déclarations ?
Poutine : Le rôle du G20 dans la gouvernance économique et financière mondiale est de plus en plus important. Grâce aux décisions faites par le G20, nous avons réussi à créer des conditions permettant, non seulement de surmonter les conséquences de la crise de 2008/2009, mais également de renforcer la viabilité et la transparence des marchés financiers mondiaux.
Cependant, de nos jours, l’économie mondiale est encore instable et n’arrive pas à s’engager sur la voie d’un développement durable et équilibré. Dans ce contexte, le travail qu’effectue le G20 est particulièrement nécessaire.
Avant tout, il est nécessaire de continuer à améliorer le système monétaire et financier international, de redistribuer impartialement et équitablement les quotes-parts et les voix parmi les membres du FMI [Fonds monétaire international] en faveur des économies en développement qui ont acquis un plus grand poids, et d’améliorer l’efficacité et la légitimité des activités du Fonds [monétaire international].
En outre, nous voyons plus fréquemment comment les restrictions motivées par des raisons politiques sont imposées sur l’entrée d’emprunteurs souverains et d’entreprises dans les marchés financiers. Nous considérons le G20 comme la principale plateforme de dialogue concernant toutes ces questions.
La réforme des règles fiscales internationales lancées au sommet du G20 de Saint-Pétersbourg [en Russie, les 5 et 6 septembre 2013] est une autre question importante.
Le Plan d'action pour lutter contre l'érosion de la base d'imposition et le transfert de bénéfices (BEPS) devrait être finalement adopté à Antalya. La prochaine étape sera de mettre en pratique les nouvelles règles dans les pays du G20 et au-delà.
Je souhaiterais mettre en exergue la réussite importante du G20, réalisée cette année, concernant le développement, par nos pays, de stratégies d’investissement qui incluent des engagements spécifiques à encourager la demande intérieure à travers l’investissement.
Les initiatives lancées par la Russie durant sa présidence du G20 se sont ainsi traduites par des faits.
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