AA/ Dakar/ Yazid Bamse
Quand ils parlent de la Turquie, une phrase revient sans cesse : « C’est un beau pays ». Ils évoquent la beauté dans son acception la plus lagre, d'ailleurs. Pour ces Sénégalais qui gardent un lien fort avec le pays de la Sublime Porte, parler de la Turquie reste un exercice facile et enthousiasmant.
L’histoire de Mactar Diop avec la Turquie remonte à 20 ans. Jeune bachelier, il sollicite une bourse nationale pour aller étudier à l’étranger. « J’avais une préinscription à Lille en France, mais j’ai opté pour la Turquie. Pourtant, c’était rare de voir les gens aller étudier ailleurs qu’en France ou au Canada à l’époque », se rappelle le natif de la ville religieuse de Tivaoune, capitale mondiale du mouvement soufi la Tidjania, sise à l’ouest du pays.
Hormis sa première nuit qu’il a passée en « désespoir total », Mactar, a vécu quatre années exceptionnelles à Istanbul. « J’y ai suivi des études en sciences économiques. Je n’ai jamais galéré pendant ces années. Je travaillais comme traducteur pour les commerçants africains qui venaient en Turquie. Il faut également reconnaître que j’avais bénéficié d’une bourse de la part de M. Erdogan, à l’époque maire d’Istanbul, et aujourd’hui président de la République. »
Rentré à Dakar, après un crochet de 5 ans en Italie, Mactar est aujourd’hui assistant coordonateur du chef du bureau régional de la Tika (Agence de Turquie pour la coopération et la coordination). « Je m’épanouis dans ce travail. Ça me permet de rencontrer beaucoup de monde de divers horizons, d’étudier les demandes et les projets dans plusieurs secteurs. Cela m’enrichit. C’est grâce à la Turquie que je suis devenu ce que je suis», témoigne le disciple tidjane.
Comme Mactar, Mourchid Iyane Thiam garde de bons souvenirs de son expérience en Turquie. Président du Conseil supérieur islamique du Sénégal et également président de la Commission Nationale de concertation sur le croissant lunaire, il n’a découvert la Turquie qu’au mois d’avril dernier. « Le conseil avait été invité par M. Ahmed Gurmaz, vice premier ministre et président de l’institution islamique de Turquie. Nous y sommes allés avec une délégation de 11 personnes regroupant chacun des membres de toutes les familles religieuses du Sénégal. Et ce qu’on vu nous a impressionnés », révèle le religieux.
Mourchid Iyane Thiam, resté sous le charme des institutions religieuses, éducatives et sociales turques, rêve de voir les mêmes un jour au Sénégal.
De son séjour turc, le religieux est revenu avec la promesse de certains amis « de contribuer à la création d’une université islamique dont l’enseignement se fera en turc, en anglais, en français, et en arabe ». En attendant, la Turquie s’est engagée à construire un nouveau siège pour le Conseil Supérieur islamique sénégalais, selon lui.
Aujourd’hui, avec toute son expérience et sa connaissance, Mourchid Iyane Thiam considère la Turquie comme la locomotive actuelle du monde musulman. Lequel monde musulman a besoin, insiste-t-il, d’un « Etat fort et ouvert comme la Turquie ».
Les hommes ne détiennent le monopole du succès en parlant d’aventures en Turquie. Les femmes y sont parties prenantes aussi. Léonie Mendy en est une. Cette dame de quarante printemps est commerçante en habillement depuis presque dix ans. Elle a fait des pays comme la Gambie, le Maroc, la Tunisie, ou la France avant de trouver son bonheur en Turquie.
«En décembre prochain ce sera mon sixième voyage à Istanbul en moins de 2 ans, fait savoir Léonie. La Turquie est l’endroit rêvé pour une commerçante comme moi. Les habits ne sont pas chers et surtout, ils sont de très bonne qualité. »
Mais au-delà des bonnes affaires, Léonie souligne la qualité de l’accueil dans ce pays trait d’union entre l’Europe et l’Asie. Les Sénégalais y sont particulièrement les bienvenus, note- t-elle . «J’avais souvent l’impression que j’étais privilégiée, parce que je suis sénégalaise. Dès que je rentre dans une boutique, on me donne à manger, à boire, et on me vend le moins cher possible. Mais, ce qui m’a le plus marqué dans ce pays à majorité musulmane, c’était leur honnêteté et leur tolérance. J’y suis allée deux fois pendant le mois de Ramadan, ils se sont bien occupés de moi, qui suis catholique».