AA - Ankara - Tuncay Çakmak
Le Président du Parti Républicain du Peuple (CHP), Kemal Kilicdaroglu, a fermement critiqué le président de la République lors d’une intervention télévisée, dimanche, et l'a tenu responsable de l’arrêt du processus de résolution.
Invité à une émission sur la chaîne privée Haberturk TV, le leader du CHP s’est montré très critique à l'égard d'Erdogan qu’il dit être responsable de la recrudescence des actes terroristes et de l’interruption du processus.
Kemal Kilicdaroglu a tenu à rappeler qu’à l’arrivée du Parti de la Justice et du Développement (AK Parti) au gouvernement il y a treize ans, les actes terroristes n’étaient quasiment plus d’actualité et le chef du PKK, Abdullah Ocalan, avait été arrêté.
«Que s’est-il passé en 13 ans [de pouvoir de l'AK Parti et d'Erdogan], alors que les mères ne devaient plus pleurer, elles le font à nouveau aujourd’hui, a déclaré Kilicdaroglu. Comment deux tonnes d’explosifs ont pu être transportés jusqu’au poste de police de Dogubeyazit (Agri, Est)? Où sont les services de sécurité et du renseignement?»
Le président du CHP a déclaré ne pas comprendre comment la situation en est arrivée là, critiquant le gouvernement qui affirmait que tout allait bien, alors qu’aujourd’hui la situation est extrêmement sérieuse.
«Ils veulent faire de la politique avec le sang de nos soldats et de nos policiers pour des objectifs simplement électoraux», a-t-il expliqué interpellant Erdogan par la question «pour quel motif développez-vous une telle politique? Ceci coûtera très cher à notre population.»
Kilicdaroglu a dénoncé la stratégie de l’AK Parti qu’il accuse de vouloir se présenter à des élections anticipées en affirmant que cette situation chaotique est due au fait qu’il n’a pas obtenu la majorité pour gouverner seul.
D’autre part, Kemal Kilicdaroglu a également critiqué les positions du chef du Parti d’Action Nationaliste (MHP), Devlet Bahceli, qu’il trouve incohérentes.
«Je suis très déçu de la position de Monsieur Bahceli, a-t-il dit. Comment peut-on tenir les propos les plus durs contre les terroristes et ensuite voter contre la création d’une commission d’enquête parlementaire après l’attentat de Suruc qui a fait 32 victime?»
Kilicdaroglu a tenu à souligner qu’il était le seul chef de parti à répondre favorablement à l’appel du Premier ministre, Ahmet Davutoglu, pour une déclaration commune contre le terrorisme.
Selon le président du CHP, il est essentiel et urgent que les quatre formations politiques représentées au parlement soient en mesure de coopérer contre le terrorisme, appelant chacune d’elle à prendre clairement position contre les terroristes, quels qu’ils soient.
Kemal Kilicdaroglu s’est ensuite exprimé sur les négociations avec l’AK Parti en vue de former une coalition gouvernementale.
«Au CHP, nous avons des positions claires, a-t-il indiqué. Ce sont des valeurs universelles que chaque parti doit pouvoir défendre. Le CHP ne reculera jamais devant des élections anticipées, mais nous sommes convaincus, dans ce cas, que l’arithmétique du parlement ne changera pas beaucoup. Si nous n’arrivons pas à régler les problèmes avec une coalition forte, un parti seul au pouvoir aura encore plus de difficultés à le faire.»
Le leader du parti de l’opposition a une nouvelle fois critiqué le président de la République à ce niveau, affirmant qu'il bloque les négociations l'AK Parti et son parti.
«Je suis convaincu que le Premier ministre souhaite sincèrement former une coalition, a-t-il affirmé. Mais le président de la République ne le veut pas. Il ne doit pas intervenir, c’est le champ de compétences du Premier ministre.»