Esma Ben Said
19 Juillet 2016•Mise à jour: 21 Juillet 2016
AA/ Ouagadougou/ Lougri Dimtalba
Le tourisme burkinabé tourne au ralenti depuis les attaques terroristes de la mi-janvier qui ont fait une trentaine de morts en plein centre-ville de la capitale, Ouagadougou.
Aujourd’hui, certains secteurs tels que la vente des objets d’art confectionnés à base de bronze et qui faisait la joie des touristes, agonisent, déplorent les commerçants rencontrés par Anadolu.
Dans le grand magasin du Centre national d’artisanat d’art (CNAA), le quartier général des plasticiens, qui se trouve au cœur de Ouagadougou, des milliers d’objets d’art fabriqués à base de bronze et qui faisait autrefois la fierté de leurs vendeurs, s’habillent désormais de poussière.
«Les crises dans le septentrion Malien, les attentats de Ouagadougou, et l’instabilité politique dans la sous-région, ont largement touché le marché du bronze. Les acheteurs habituels, essentiellement des expatriés, ne viennent quasiment plus et ce sont les artistes qui en souffrent», raconte Souleymane Palenfo, directeur des arts plastiques au ministère de la Culture du Burkina Faso, rencontré par Anadolu.
A cela s’ajoute entre autres, la cherté de la matière première qui est liée au fait que les pays asiatiques ont un besoin pressant en métal. «Cela se traduit par le fait qu’on ramasse tout le métal pour l’acheminer vers ces pays» soutient Palenfo.
Au Burkina Faso, le Bronze s’inscrit dans la discipline Sculpture. La plupart des artisans évoluant dans ce domaine travaillent de manière traditionnelle, et n’ont souvent reçu aucune formation, renseigne le directeur qui déplore la quasi absence de commande pour ces artisans depuis les attentats de janvier.
Au village artisanal de Ouagadougou (VAO) situé à l’est de la ville, la plupart des artisans rencontrés parlent d’un véritable « parcours du combattant » depuis les tragiques évènements.
«Le bronze est une identité culturelle du Burkina Faso, c’est pourquoi, nos articles trouvaient facilement des acheteurs. Avant, je vendais d’ailleurs sans mal pour 50 mille FCFA par jour (83 USD) mais désormais, je peux passer tout un mois sans rien vendre», déplore Salif Zoromé, un jeune bronzier de 27ans.
Pour Yacouba Ouédrago, qui vit de ce métier depuis plus de deux décennies, le marché du bronze qui connaissait certaines difficultés ces dernières années, est au summum de son agonie depuis l’attentat revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).
«Le Burkina Faso ne parait plus comme une destination sûre pour les touristes, même si les autorités ne veulent pas le reconnaitre. Mais nous qui vivons de ce travail, nous en sommes conscients » dit-il, précisant que les problèmes dans ce secteur ont commencé dès 2011.
De mars à juin 2011, la quasi-totalité des casernes, y compris la garde prétorienne de l’ex-président Blaise Compaoré, s`étaient mutinées, parallèlement à une vague de manifestations populaires, plongeant le pays dans une crise sans précédente.
Plusieurs hôtels avaient alors été saccagés et pillés, et depuis, l’activité touristique a connu une large baisse.
Face à cette situation, le gouvernement a pris l’engagement d’accompagner les artisans en décidant de décorer les ministères et institutions ainsi que ses représentations diplomatiques avec des objets d’arts Burkinabè.
En 2015, l’Etat a acquis, en ce sens des œuvres auprès des artisans locaux d’une valeur de plus de 100 millions de F CFA afin de motiver la consommation locale.
Les artisans, de leur côté, continuent à travailler durement, parfois dans des conditions au limite du supportable.
« C’est un travail dans lequel vous êtes en contact permanent avec le feu lors de la cuisson des moules, de la fonte du cuivre à une température qui dépasse parfois les 1000 degrés », raconte Vincent Ilboudo 30 ans qui gère son propre atelier après 5 ans d’apprentissage.
« On mange dans le feu. On n’a pas le choix», a-t-il ironisé, sourire aux lèvres, pendant que son coéquipier Drissa Konkobo s’apprête à allumer le feu dans un haut fourneau pour la fonte.
Ce travail exige beaucoup de concentration et d’inspiration, explique Konkobo. « Il faut essayer de proposer chaque jour du nouveau aux clients et ne jamais abandonner, peu importe les problèmes auxquels on est confronté », poursuit-il.
Au Burkina Faso, le secteur de l’artisanat emploie environ 500.000 ouvriers. Selon une étude récente faite par le ministère de la Culture près d’un million de personnes tirent la totalité ou une partie de leurs revenus du secteur du bronze.