Esma Ben Said
04 Septembre 2017•Mise à jour: 05 Septembre 2017
AA/Yaoundé/Anne Mireille Nzouankeu
Judith Mbih, 24 ans, est étudiante à l’université de Buéa dans le Sud-Ouest du Cameroun. Mais elle été contrainte de couper ses études et de travailler dans un champ de poivre à Penja, une ville voisine. Il y a déjà six mois qu'elle exerce ici, ce qui lui permet de parler de poivre comme une experte. Judith Mbih, n'est pas la première étudiante à arrêter ses études, ni la dernière, ni un cas isolé.
Elle est plutôt l'illustration d'un malaise général de la mminorité anglophone au Cameroun. Et cette minorité se sent marginalisée et victime de plusieurs injustices.
"Les anglophones sont marginalisés, ils occupent toujours les postes d’assistants dans la fonction publique, aucun poste ministériel clé comme celui de l’éducation, des finances, de la défense, le secrétariat général de la présidence de la République n’a jamais été confié à un anglophone, les régions anglophones sont sous-développées alors qu’elles produisent beaucoup de richesses", déplorent les grévistes, dont le mouvement a commencé depuis un an, précisément en novembre 2016. Pour toutes ces raisons, les protestataires anglophones ont demandé la révision de la forme actuelle de l’Etat pour passer d'un régime républicain à un système de fédérations.
Les troubles ont éclaté dans la partie anglophone du pays, où les revendications étaient portées d’abord par un syndicat d’avocats, mais qui ont fini par avoir une dimension politique.
Ces revendications ont pris la forme de "villes mortes", au cours desquelles, il était interdit à la population d’exercer une quelconque activité commerciale. Les magasins et écoles qui n’ont pas respecté ces mots d’ordre ont été brûlés, souvent par des individus "non encore identifiés".
« Les populations ont été terrorisées et les familles ont fini par sombrer dans une psychose générale, ce qui a contribué à une désertion quasi-totale des milieux scolaires par les jeunes enfants », a expliqué Issa Tchiroma, le ministre camerounais de la Communication et porte-parole du gouvernement, au cours d’un point de presse tenu fin août.
Quelle aleternative?
Dans ce contexte tendu, il est devenu impossible de suivre des cours . Judith Mbih, comme beaucoup de ses camarades de classe, a dû trouver une occupation pendant la période de troubles. « Une amie est venue me dire qu’elle a trouvé un job dans une plantation. J’ai décidé de la suivre parce que j’avais besoin de m’occuper en attendant la reprise des classes », explique Mbih.
Dans cet ordre d'idées, Etienne Soh, un contremaitre de plantation à Penja a expliqué à Anadolu que cette année, il y a eu plein de demandes d’emploi dans les plantations. Des demandes venant d’étudiants. « J’ai été recrutée pour la cueillette du poivre. On me payait 100 francs Cfa par kilogramme de poivre récolté. Je récoltais environ 20 kilogrammes par jour. Je suis parvenu à mettre de l'argent de côté, mais je préfère reprendre mes études. Je ne veux pas passer ma vie dans un champ de poivre », se plaint Ruth Agbor, étudiante ayant arrêté ses études à cause de la crise.
« Pendant l’arrêt des cours, j’ai été recrutée par un parent pour donner des cours de soutien et de mise à niveau à son enfant, un élève du primaire », explique pour sa part Ahmed Tataw, étudiant en économie à l’université de Bamenda, une autre ville située dans la région anglophone du Cameroun.
Cette année, le taux de réussite au General Certificate of Education, l’équivalent du Baccalauréat dans le système francophone, est de 29, 21%. Une chute de 36% par rapport à l’année dernière. Un taux de réussite qui contribue à la dégradation de la note du Cameroun dans le classement des meilleures universités du monde.
Le Cameroun est administrativement découpé en dix régions, dont huit sont d’expression francophone et uniquement deux d’expression anglophone, à savoir, le Nord-Ouest et le Sud-Ouest du pays.