AA/Bangui/Pacôme Pabandji
La grève observée depuis la fin juillet et durant trois semaines par les transporteurs routiers camerounais sur la ligne Garoua-Boulai (Est du Cameroun)-Bangui, n’a fait qu’aggraver une situation humanitaire et économique déjà fragile prévalant dans la capitale centrafricaine.
En effet, depuis le début de la grève, décidée en contestation à l'insécurité affectant l'axe Garoua Boulai-Bangui avec un nombre grandissant de victimes parmi les camionneurs ( 11 morts selon des sources onusiennes) Bangui, capitale de l'un des pays les plus pauvres de la planète (avec un PIB qui ne dépassait pas les 446 dollars par habitant en 2012) a connu une hausse vertigineuse des prix des denrées de base et des pénuries de nombre d'autres produits.
Plus de 400 camionneurs camerounais, qui transportent essentiellement des produits alimentaires vers la RCA, avaient participé au mouvement de grève exigeant des conditions optimales pour leur sécurité et entrainant le blocage de 3 000 conteneurs dans le port de Douala ainsi qu'une pénurie et une hausse des prix des produits de base.
Une situation qui a, fortement, affecté, les populations locales en RCA qui se retrouvent du coup, incpabales "de joindre les deux bouts", tel que relevé par Patience, une mère de famille, rencontrée par Anadolu dans le marché du PK 5 à Bangui.
Une commerçante de la place déclare de son côté: “Actuellement, les prix de la farine du blé, du lait en poudre ont notablement augmenté" précisant que le sac de farine de blé est passé de 16.000 à 18.000 FCFA soit de 32 à 36 dollras, tandis que le lait en poudre connaît une hausse de 200 à 250 FCFA ( environ 0,5 dollars). Des hausses qui peuvent paraitre insignifiantes mais qui pèsent lourd sur les modestes bourses des Burundais dont le salaire moyen est de 45,5 dollars.
La levée de la grève, depuis samedi, avec le départ d'un premier convoi commercial de 80 véhicules, bien qu'applaudie par les responsables ainsi que par la Mission onusienne en RCA (Minusca) ne devrait, toutefois, pas apporter de solution miracle à un problème qui commence à devenir chronique estime un économiste centrafricain s’exprimant sous couvert de l’anonymat
En effet, rappelle-t-il, les transporteurs, observent, régulièrement des grèves pour dénoncer l'insécurité sur l'axe Garoua-Bangui sans que des mesures idoines ne soient prises pour y mettre fin.
En juin 2014 déjà, les transporteurs routiers de l’axe Douala-Bangui ont tenu une grève pour protester contre le meurtre d’un des leurs et en février 2014 ces mêmes transporteurs étaient restés bloqués à Garoua-Boulaï pendant deux mois réclamant une protection militaire à cause du climat d’insécurité qui règne en RCA.
C’est à l’issue de ce blocus et de plusieurs réunions de sécurité, qu’il avait été décidé que les transporteurs seraient désormais escortés par les soldats de la MISCA (ancienne mission onusienne en RCA) aussi bien à l’aller qu’au retour vers le Cameroun.
En dépit de cette décision, les convois de gros transporteurs de marchadises ont continué à être visés par les groupes armés.
Le 18 juillet dernier, un véhicule d`un convoi escorté par les Casques bleus de la Minusca a été attaquéprés de Baboua (à 500 km à l`ouest de Bangu), Le conducteur camerounais a été mortellement blessé. C'est à la suite de cette attaque que les camionneurs camerounais ont décidé d'entamer une grève ouverte pour dénoncer ces exactions et exiger des dirigeants des deux pays de prendre des mesures appropriées.
La levée de la grève a été possible grâce " aux dispositions prises pour renforcer les mesures de sécurité demandées par le syndicat des camionneurs" relève la Minusca dans un communiqué dont Anadolu a eu copie.
Le nouveau Chef de la MINUSCA, Parfait Onanga-Anyanga, s'est réjouit dans le même communiqué "que les efforts multiformes déployés aient permis de relancer les activités commerciales sur cet axe vital pour le désenclavement de la République centrafricaine et du rôle joué par les casques bleus qui en assurent la sécurité".
Le renversement en mars 2013 du président François Bozizé par une rébellion à dominante musulmane, la Séléka, avait plongé la RCA dans une profonde crise et entrainé des tueries de masse entre communautés musulmanes et chrétiennes.
Malgré l'intervention de forces internationales (force française Sangaris et Minusca) pour faire cesser les tueries inter-communautaires de 2013 et 2014, des pans complets du territoire sont, toujours, sous l'emprise de groupes armés dans le nord, l’est et l`ouest de la RCA.