Mohamed Hedi Abidellaoui
04 Janvier 2017•Mise à jour: 05 Janvier 2017
AA/ Yaoundé/ Anne Mireille Nzouankeu
Assise sur un tabouret, Binta Hamadou ouvre de temps en temps une marmite posée sur un feu de bois, observe le contenu puis referme la marmite. Mère d’une famille de quatre enfants, elle prépare l’unique repas de la journée, à prendre en début d’après-midi, vers 16 heures.
Pour ce plat, sa famille pourra manger de la viande, un fait devenu rare. «Une tribu locale a égorgé un bœuf hier et nous a distribué de la viande. C’est grâce à ce bienfaiteur que nous pourrons manger de la viande aujourd’hui », explique Binta Hamadou, rencontrée par la correspondante d’Anadolu, dans l’Est du Cameroun.
«Depuis le mois de novembre, la ration alimentaire que je perçois a été réduite. Je n’ai droit qu’à six kilogrammes de riz par semaine par exemple au lieu des 12 kilogrammes d’auparavant. Toutes les quantités des aliments que je recevais ont été réduites de moitié», ajoute Binta.
En plus de cette réduction des quantités, la dame explique que certains aliments, tels que la viande et le poisson ont été supprimés du package reçu par les réfugiés centrafricains.
Cette réfugiée de 31 ans n’est pas la seule à vivre dans des conditions pareilles. Tous les 150 000 réfugiés centrafricains vivant dans l’Est du Cameroun, région frontalière de la République centrafricaine, ont également vu leur ration alimentaire réduite de moitié.
«Nos caisses sont vides. Nous ne pouvons plus subvenir à l’alimentation complète des réfugiés, c’est pourquoi nous avons été obligés de réduire de moitié leur ration alimentaire», a expliqué Abdoulaye Balde, représentant résident du Programme alimentaire mondial au Cameroun (PAM), au cours d’une conférence de presse donnée à Yaoundé.
«Tous les réfugiés, y compris les enfants, les femmes enceintes et les personnes âgées sont concernés par cette réduction. Nous avons besoin d’aide financière. Il nous faut environ un milliard et demi de Franc Cfa (près de 2,5 millions USD) pour pouvoir à nouveau couvrir l’alimentation complète des réfugiés», a ajouté Balde.
A l’approche du nouvel an, les habitants de la région de l’Est du Cameroun, frontalière avec la République centrafricaine, ont manifesté divers actes de solidarité.
«Nous avons donné un peu d’huile à certaines réfugiées que nous avons l’habitude de rencontrer au puits. Nous n’avons pas beaucoup de biens, nous ne sommes pas riches. C’est un simple geste de solidarité à l’endroit de ces gens qui n’ont pas volontairement choisi de quitter leur pays», explique Espérance Mondou, une Camerounaise rencontrée dans la région. D’autres personnes ont donné également du sel, du sucre et des céréales.
En plus des biens alimentaires, d’autres bienfaiteurs ont offert des vêtements et même des chaussures. «Je n’ai pas d’argent pour m’acheter des vêtements. Mais j’ai le plaisir de voir mes enfants convenablement habillés grâce à divers dons. Ça me met du baume au cœur et me permet d’oublier de temps en temps les souffrances de la vie de réfugiée», explique Bienvenue Ketté, une réfugiée centrafricaine qui a reçu des vêtements pour ses cinq enfants.
Fuyant les violences générées par un conflit inter-communautaire opposant, depuis 2013, Séléka (groupes politico-militaires musulmans) et anti-Balaka (milices chrétiennes), 451 000 réfugiés centrafricains ont fui vers les pays limitrophes, principalement au Cameroun, au Tchad et en République démocratique du Congo (RDC). Au total, 20% de la population centrafricaine est déplacée ou réfugiée, selon Médecins sans frontières (ONG).
Plus de 200 000 Centrafricains se sont réfugiés au Cameroun, en s'installant dans quatre régions, principalement dans l’Est et le Nord, selon l’ONU.