Esma Ben Said
22 Octobre 2017•Mise à jour: 22 Octobre 2017
AA/Bangui/Sylvestre Krock
Dans le quartier musulman KM 5 à Bangui, capitale de la Centrafrique, la tension était palpable ce dimanche.
Entre rumeurs d'attaques imminentes et crainte de replonger dans le chaos, les activités tournent au ralenti dans l'enclave musulmane qui craint un scénario semblable à celui qui a touché le village de Kembé (sud-est) la semaine dernière, où 26 fidèles ont été massacrés par des anti-balaka (milice chrétienne) alors qu'ils effectuaient leur prière à la mosquée, selon des témoignages recueillis par Anadolu.
Tandis que la communauté musulmane craint une nouvelle attaque des anti-Balaka qui s'étaient déjà illustrés dans des crimes sanglants lors de la crise interconfessionnelle qui avait touché la Centrafrique en 2014, la communauté non-mulmane craint elle aussi, des représailles.
Un climat de défiance règne donc de part et d'autres, malgré les appels au calme.
" Pour le moment tout est calme même s'il est vrai que certains ennemis de la paix continuent de faire peur aux populations en donnant de fausses
informations et en faisant croire que des affrontements éclateront entre les différentes communautés. Cela paralyse les activités de la ville et crée un malaise social ", reconnait Ousman Abakar, Porte-parole des musulmans de Km5, joint par Anadolu.
Face à cette montée de tension à Bangui, à deux jours de la visite de Antonio Guterres, Secrétaire général de l’Onu en Centrafrique, le Ministre de la Sécurité publique, Henri Wanzé Linguissara tente de rassurer la population.
" Selon les informations en notre possession, la population des quartiers Fatima, Cattin, Boubalé et autres à Bangui, serait en train de fuir en raison des rumeurs distillées à la suite des évènements survenus la semaine dernière à Kembé et Pombolo (sud) (où des dizaines de civils auraient été tués par des anti-Balaka, selon des sources concordantes)", a déclaré le ministre à Anadolu.
"Certains parlent du fait que la communauté musulmane du Km5 se mobiliserait pour attaquer des Chrétiens, d'autres disent que les anti-Balaka et les mercrenaires ougandais s'apprêtent à attaquer le kM5. Actuellement le gouvernement se mobilise pour faire face à ces allégations mensongères", assure le ministre.
" En tant que Ministre de la Sécurité publique, j’en appelle à l’attention de tous les compatriotes, le gouvernement à la mission d’assurer la sécurité et la protection de la population au lieu de s’attaquer à elle. Je confirme que tout cela n’est que mensonge, œuvre des ennemis de la paix », a-t-il lancé.
Henri Wanzé a en outre assuré que "les noms de ces fauteurs de troubles" seront bientôt dévoilés. "Ces compatriotes véreux et ennemis de la paix sont connus. Leurs allégations mensongères ne serviront à rien. J’en appelle une fois de plus à la vigilance de la population. Je reviens de Km5 sur les traces de ces ennemis de la paix qui sont bien connus et qui seront dévoilés dans les prochaines heures", a-t-il promis.
A Pombolo, ville située à 115 km de Bangassou dans le Mbomou (Sud-est), les affrontements qui ont opposé Anti-balaka et éléments Séléka de l’Union pour la paix en Centrafrique (UPC), mercredi, ont laissé place à un calme précaire.
Selon un premier bilan présenté par la force onusienne en Centrafrique (Minusca) une vingtaine de personnes ont été tuées lors de ces violences.
D'après Vladimir Monteiro, Porte-parole de la Minusca joint par Anadolu, « la force onusienne est arrivée jeudi dernier dans la ville et les premiers chiffres font état d’une vingtaine de morts et blessés dont certains dans un état grave. Les Casques bleus qui ont été dépêchés dans la localité aident à soigner ceux qui ont de graves blessures et contribuent également à l’évacuation d’autres », a-t-il précisé.
Commentant ces violences, le porte-parole de l’Unité pour la Centrafrique, Souleymane Daouda, avait précisé à Anadolu "qu’au moins 150 musulmans ont été massacrés et 100 autres ont été blessés" dans une attaque perpétrée par les anti-Balaka à laquelle ont répliqué des éléments Sélékas.
La Minusca n'a toutefois pas précisé l'appartenance des victimes.