Nadia Chahed
02 Avril 2020•Mise à jour: 03 Avril 2020
AA/Tunis
La crise du Covid-19 pourrait être en Afrique la crise de trop, qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale), a estimé le ministère français des Affaires étrangères.
Un avis étayé dans une note du Centre d'analyse, de prévision et de stratégie (CAPS) du Quai d'Orsay, titrée "L'effet pangolin : la tempête qui vient en Afrique ?", et relayée par le quotidien français "La Tribune".
Le Quai d'Orsay y évoque un possible effondrement des Etats en place et cherche d'ores et déjà des interlocuteurs fiables et légitimes.
Il estime, en effet, que la crise du Covid-19 pourrait être en Afrique "la crise de trop, qui déstabilise durablement, voire qui mette à bas des régimes fragiles (Sahel) ou en bout de course (Afrique centrale)"
La crise du Covid-19 sera probablement le révélateur des limites de capacité des Etats, incapables de protéger leur population, souligne la même source, ajoutant qu'en Afrique, cette crise va également amplifier les facteurs de crise des sociétés et des Etats.
La crise du Covid-19 va révéler de nouveaux rapports de force politique pour le contrôle de l'Etat, pendant et après la crise. "Anticiper le discrédit des autorités politiques signifie accompagner en urgence l'émergence d'autres formes d'autorités africaines crédibles pour s'adresser aux peuples afin d'affronter les responsabilités de la crise politique qui va naître du choc provoqué par le Covid-19 en Afrique", souligne le CAPS.
Pour l'heure, l'Afrique était mercredi encore peu touchée par le virus avec 200 décès sur un total de 5.778 cas, précise la Tribune.
La plupart des Etat africains vont faire "massivement la preuve de leur incapacité à protéger leurs populations. Cette crise pourrait être le dernier étage du procès populaire contre l'Etat, qui n'avait déjà pas su répondre aux crises économiques, politiques et sécuritaires", souligne le Quai d'Orsay.
En Afrique de l'Ouest, les mesures de confinement saperont l'équilibre fragile de l'informel, économie de survie quotidienne essentielle au maintien du contrat social, estime le CAPS.
En Afrique centrale, "le choc pourrait précipiter la crise finale de la rente pétrolière au Cameroun, au Gabon et au Congo-Brazzaville (effondrement d'un prix du baril déjà en crise avec la demandé, aggravé par un ralentissement de la production, et risque d'accélération de la réflexion d'opérateurs pétroliers - Total au premier chef - de quitter ces pays), là aussi au cœur des équilibres sociaux", précise le Quai d'Orsay. Dans les deux cas, cela pourrait constituer le facteur économique déclencheur des processus de transition politique.
Pour la France, dans ce chaos, il s'agit de trouver des interlocuteurs à la fois fiables et légitimes pour compenser la possible faillite des Etats, note le média français.
"L'immanquable détournement de biens publics (à commencer par des masques) et de l'aide sanitaire internationale à venir (déjà dénoncée sous le terme « Covid-business ») peut facilement cristalliser l'ultime perte de crédit des dirigeants", justifie ainsi le CAPS. A ce stade, quatre catégories d'acteurs ont la capacité de mobiliser des foules. Ils doivent "donc d'ores et déjà constituer des interlocuteurs pour nos efforts de gestion de la crise en Afrique", estime le Quai d'Orsay.
Il s'agit des autorités religieuses, des diasporas, des artistes populaires et des entrepreneurs économiques, précise la même source.
Enfin, face à l'incapacité de l'Etat à protéger ses populations et face aux possibles ambitions opportunistes de certains, il convient, selon le CAPS, de "soutenir des paroles publiques d'experts africains scientifiques et spécialistes de la santé".