AA/Abidjan (Côte d'Ivoire)/ Issiaka N'guessan
A travers le renforcement de sa coopération avec la Côte d'Ivoire, l'Inde cherche non seulement à se frayer un chemin vers les pays de l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA), mais aussi à détrôner progressivement la Chine sur le continent, estime Seraphin Prao Yao, enseignant chercheur des universités Alassane Ouattara et Félix Houphouët Boigny en Côte d'Ivoire.
Première économie de l'espace UEOMA, la Côte d'Ivoire représente en effet pour l'Inde, "la meilleure porte d'entrée vers les autres pays de la région", affirme l'économiste dans une déclaration à Anadolu.
Selon lui, l'Inde est "l'une des économies émergentes les plus puissantes et les plus prometteuses et elle a, de ce fait, toutes les chances de réussir son pari".
Toutefois la tâche ne sera guère aisée, notent des observateurs rappelant le grand écart entre les échanges commerciaux sino-africains et Inde-Afrique.
Selon un document publié à l'occasion du sommet Inde-Afrique tenu en octobre dernier, les échanges commerciaux entre les deux parties sont de 70 milliards de dollars, soit juste le tiers des 210 milliards que représentent les échanges sino-africains.
Des chiffres qui ne sapent guère l'ambition de cette économie émergente. "D'ailleurs la visite du président indien, Shri Pranab Mukherjee, en Côte d'Ivoire, [mardi et mercredi), va dans ce sens et est bien édifiante quant aux aspirations africaines de l'Inde", ajoute Seraphin.
Un avis partagé par Soma Manoj, président fondateur de l'Association des ressortissants indiens en Côte d'Ivoire qui pense que les relations ivoiro-indiennes, datant de plus de 50 ans (établies en 1962) devraient "connaître un nouvel élan grâce à la visite du président indien en Côte d'Ivoire".
Se félicitant de cette visite, la première effectuée par un président indien à Abidjan, Manoj fait remarquer qu'outre ses portées économiques, elle permettra aux ressortissants des deux pays de mieux se connaître.
"La Côte d'Ivoire, pays méconnu par beaucoup de mes compatriotes, sera à l'occasion de cette visite sous le feu des projecteurs", a-t-il dit, ajoutant que celle-ci " servira également à motiver les investisseurs indiens à venir s'implanter en Côte d'Ivoire".
Une vingtaine d'hommes d'affaires indiens accompagneront le président indien dans sa visite africaine, ils prendront part au forum économique ivoiro-indien, prévu le 15 juin à Abidjan, a ajouté Manoj, interrogé par Anadolu.
Revenant sur le partenariat économique entre les deux pays, Prao Yao a, de prime abord, noté qu'"en tant que pays émergent l'Inde a des besoins énergétiques importants" et "qu'une coopération optimale à ce niveau avec la Côte d'Ivoire, à travers, notamment, la conclusion d'accords relatifs à l'exploration pétrolière, pourrait lui permettre de satisfaire au moins une partie de ses besoins".
Outre la coopération dans le domaine énergétique, la Côte d'Ivoire se positionne comme le premier fournisseur mondial de noix de cajou, avec une production qui a atteint en 2015 les 702 mille tonnes, ajoute l'expert notant qu'il s'agit là d'un autre secteur clef de la coopération entre les deux pays.
"Olam et Surice (deux entreprises indiennes établies en Côte d'Ivoire-ndlr) achètent plus de 80% de la production de noix de cajou brutes produites en Côte d'Ivoire" précise un document du ministère des Affaires étrangères ivoirien dont Anadolu a eu copie.
Lui même opérateur économique dans le commerce de noix de cajou brut, Soma Manoj a précisé pour sa part que "la production indienne de noix de cajou se situe en moyenne entre 450 mille et 500 mille tonnes alors que l'industrie a besoin de 1, 5 million de tonne."
Pour ce qui est des avantages comparatifs de l'Inde, l'expert cite en particulier les avancées enregistrées dans le domaine des nouvelles technologies, réalisations qui font de ce pays un partenaire de choix.
"En juin 2008, la Exim bank India a accordé un prêt de 20 millions de dollars US pour le projet du Parc Mahamat Ghandi de la Biotechnologie et des NTIC", rapporte le document du MAE ivoirien sur les relations ivoiro-indiennes.
Les relations économiques entre les deux pays ont connu durant les dernières années un réel essor. Les échanges commerciaux sont ainsi passés de 179 millions de dollars américains en 2004 à 571 millions de dollars en 2013, indique le MAE ivoirien.
Les deux pays avaient signé en avril 2008, dans le cadre de "l'Approche Technique et Économique pour le Mouvement Afrique-Inde" (Team 9-crée en 2004), des accords de financement de projets au profit de la partie ivoirienne.
En 2010, l'Inde a ainsi dégagé 60 millions de dollars US pour appuyer le Programme National de Production de Riz (PNPR) et 30 millions de dollars pour le financement du projet d'interconnexion électrique entre la Côte d'Ivoire et le Mali, précise la même source.
La même année, "le gouvernement ivoirien a bénéficié d'un financement indien pour la construction d'une unité de transformation de noix de cajou, d'une unité de transformation d'huile de palme, de manioc en produits semi-finis et finis et d'une unité de production de chips de manioc et d'igname", mentionne la même note du ministère ivoirien des Affaires étrangères.
Dix-huit entreprises indiennes sont, à ce jour, implantées en Côte d'Ivoire avec à leur tête le géant Olam (cacao, riz, noix de cajou), Kohinoor Manu (noix de cajou), Dharni Sampda Pvt Ltd et Taurian manganèse et Ferro Alloy (manganèse), Tata Steel (fer), King Ivoire et Comcast.
Par ailleurs, l'Inde appuie plusieurs projets en cours dont celui du village ivoirien des technologies de l'information et de la biotechnologie (Vitib) de Grand Bassam, de production de riz, du réseau panafricain des Services en Ligne, de la pêcherie de Grand Bassam.
Les principaux produits exportés par la Côte d'Ivoire vers l'Inde sont "les fruits tropicaux, le bois en grumes, les produits pétroliers, les papiers en carton, le cacao transformé, le coton égrené et la noix de cajou.
De son côté la Côte d'Ivoire importe de l'Inde des produits pharmaceutiques, des viandes et abats comestibles, des véhicules automobiles, des céréales, des matières plastiques.