Esma Ben Said
16 Novembre 2017•Mise à jour: 16 Novembre 2017
AA/Malabo/Fabien Essiane
Depuis le 11 novembre, veille de la tenue des élections générales en Guinée Équatoriale, dont les résultats seront proclamés dans quelques jours, l'accès à internet reste très perturbé, selon des propos recueillis par Anadolu.
Un blocage que n’a pas encore commenté ni expliqué le gouvernement. Seuls quelques membres de la Commission nationale électorale, sous couvert d’anonymat, ont justifié cette coupure, évoquant une mesure destinée à contrer « la propagation de rumeurs, de fausse nouvelles en lien avec les résultats des élections générales sur les réseaux sociaux ».
En attendant un retour à la normale, certains équato-guinéens, surtout les plus jeunes, d’ordinaire très connectés, s’organisent pour contourner la censure, tandis que d’autres, prennent leur mal en patience.
« Peu avant la tenue de ces élections, des rumeurs affirmaient qu’internet allait être coupé, comme cela avait déjà été le cas lors de l’élection présidentielle en 2016 et récemment lors du verdict du procès du Vice-président de la République. Un ami m’a alors conseillé une série d’applications à installer sur mon téléphone portable pour déjouer la censure, au cas où, en utilisant des VPN (Réseau Privé Virtuel, qui permet de se connecter en protégeant son anonymat) », confie à Anadolu, Avelino Nguema, 28 ans, employés d’une multinationale.
« Samedi, ce que je craignais est arrivée, j’ai alors lancé les applications installées. Mais comme internet était entièrement bloqué, cela ne voulait pas fonctionner. J’ai passé comme tous mes compatriotes, un week-end difficile. J’ai finalement trouvé une autre application mobile et au bout de quelques minutes, j’ai pu avoir accès à quelques réseaux sociaux. L’astuce s’est ensuite rapidement répandue à Malabo », ajoute-t-il.
Mais même avec ces applications, beaucoup se plaignent de ne plus parvenir à se connecter, y compris par VPN, à partir de 09h00 du matin.
« La coupure d’internet est embarrassante, il faut bien l’avouer. Internet est mon outil de travail, c’est donc un énorme handicap. Je m’ennuie chaque jour, je ne sais plus quoi faire. J’ai comme l’impression que je suis inexistant. J’ai adhéré au Parti démocratique de Guinée Équatoriale (PDGE au pouvoir), mais je ne comprends pas cette mesure », lance Salomon, étudiant de 23 ans, rencontré à Malabo.
« Couper internet est une erreur, la censure n’a jamais été la solution, et elle aboutit toujours à l’effet inverse. Quand les gens parviennent à se connecter aux réseaux sociaux à l’aide de moyens détournés, ils parlent. Cette mesure encourage la rumeur et l’amplifie », juge-t-il encore.
Sébastian Nsue, 30 ans, employé dans une mairie à Malabo, affiche lui aussi son exaspération :
« Je n’ai pas accès à internet sur mon téléphone depuis samedi matin. J’ai pu me connecter dimanche quelques minutes, mais la connexion était très lente. Cette coupure nous pénalise. Dans les banques, rien ne fonctionne. On vous dit qu'il n’y a pas de réseau. Dans les ministères, tout est à l’arrêt. Même les virements bancaires sont compliqués », dit-t-il.
« Le seul aspect positif, c’est peut-être d’avoir empêché certains actes de violences et de désinformation. Parce que ici, les élections sont prises très au sérieux par le gouvernement qui n’accepte pas la moindre dérive ou faille », relève-t-il.
La Guinée équatoriale, petit Etat pétrolier d’Afrique centrale, a voté, dimanche 12 novembre pour renouveler son parlement, son sénat et ses conseils municipaux.
Ces élections constituent la neuvième échéance électorale depuis l’indépendance du pays en 1968.
Avec 1.220.000 habitants en 2016, selon les données de la Banque mondiale, la Guinée équatoriale est considérée comme un pays peu peuplé. C’est l’un des plus petits Etats africains.
Mais ce scrutin s’annonce sans enjeux, puisque le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE) qui avait déjà remporté 99 sièges aux dernières élections législatives en 2013, enregistrera vraisemblablement une victoire écrasante, avec des miettes pour l’opposition, fragilisée par la politique hégémonique du parti au pouvoir.
Il s'agit du parti du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 1979, qui a remporté les élections législatives successives tenues tous les quatre ans depuis 1983.