AA - Addis-Abeba (Ethiopie)
"Il y a plus d’armes que de nourriture au Soudan du Sud", a déclaré Amer Deng, activiste sud-soudanaise et porte-parole d’une coalition de femmes, à l’occasion des négociations pour la paix qui se sont tenues la semaine dernière en Éthiopie (Est africain, frontière somalienne).
Faisant part de leurs observations à Anadolu (AA), Deng ainsi que d’autres représentants ont partagé les douleurs éprouvées suite à la guerre mais également leur espoir en l’instauration de la paix.
Soulignant l’hostilité excessive des parties impliquées dans les conflits au sein du pays, Deng a ajouté que les conflits régionaux constituent un obstacle à l’instauration de la paix.
Cette dernière a fait savoir que les femmes et les enfants sont les premières victimes de cette guerre.
- Des décès faute de prise en charge sanitaire
Deng a attiré l’attention sur les difficultés rencontrées dans l’approvisionnement en nourriture.
"La crise économique au Soudan du Sud et la situation conflictuelle sont très profondes, la douleur est trop grande", a-t-elle déploré.
Elle a fait savoir que de nombreux individus meurent faute de services de santé et de traitements adaptés.
L’absence d’eau potable constitue toujours un problème à certains endroits de la capitale sud-soudanaise, Djouba (Sud).
Les rues de la capitale accueillent de nombreux enfants orphelins qui vivent dans des maisons délabrées.
Notant que la crise économique et la corruption ont causé l'effondrement de l'État, Deng a déclaré qu'il est "embarrassant" pour eux, Sud-Soudanais, de voir des sans-abri dans les rues de la capitale ou encore de constater le grand nombre de migrations vers les pays voisins.
- La population féminine supérieure à celle des hommes
"Nous avons perdu nos frères, nos maris, nos enfants", a déploré Deng rappelant qu’un grand nombre d’individus ont perdu leurs proches à la guerre.
"Le nombre de femmes dans le pays est supérieur à celui des hommes. Elles représentent 65% de la population".
Lors des récentes négociations, la présence des femmes au sein des postes de gestion a augmenté de 25 à 35% s’est réjoui Deng.
"En vertu de l’accord, deux ou trois des vice-présidents du prochain gouvernement seront des femmes".
- "Les armes sont nombreuses malgré qu’elles ne soient pas produites ici"
Soulignant que les intérêts des pays étrangers et des pays de la région ont influencé l’apparition et la poursuite de la guerre civile, Deng a ajouté que le Soudan du Sud ne produit ni arme ni munition.
"Où est-ce que les combattants obtiennent-ils des armes et des munitions pour s’entretuer ? Il y a la pénurie dans notre pays, pas d’eau potable ni de logements décents mais il y a un tas d'armes. C’est qu’il y a forcément un fournisseur".
S’adressant à l'autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD) chargée de mener les négociations de paix, Deng a souligné la nécessité d’organiser une rencontre entre le président de l’IGAD, Salva Kiir Mayardit et Riek Machar, ancien vice-président du pays, congédié pour "tentative de coup d’état".
- "Nous les supplions de mettre fin à la douleur"
Un membre de la coalition de femmes, Joseph Kapa, a déclaré qu'il vit en tant que réfugié dans la capitale soudanaise, Khartoum (Nord-Est), depuis 2016.
Arrivé en Éthiopie, à l’occasion des négociations pour la paix, Kapa a raconté que les gens ont prié afin que les représentants sud-soudanais ne rentrent pas sans avoir définitivement instauré la paix.
Ce dernier a souligné que les pourparlers de la semaine dernière n’ont donné aucun résultat et que la proposition de l’IGAD loin de permettre une réconciliation a, au contraire, causé davantage de divisions.
- Appel à mettre fin aux souffrances
Une autre membre, Norah Edward, a souligné le grand nombre d’occasions manquées au regard de la mise en place de la paix.
Elle a également ajouté l’incompréhension des locaux face à la haine et la volonté de dissociation de leurs dirigeants.
"Je demande aux dirigeants sud-soudanais de mettre fin aux souffrances de leur propre peuple. Nous les supplions de faire taire les armes et de mettre un terme à la douleur".
- Proposition de l'IGAD au gouvernement
La structure du gouvernement provisoire ainsi que les questions de sécurité étaient à l’ordre du jour des négociations organisées la semaine dernière afin de relancer le traité de paix signé par l’IGAD en 2015.
Des propositions telles que l’augmentation du nombre de sièges des députés, des ministres et des vice-présidents, l’octroi de 55% du pouvoir au gouvernement Mayardit, 25% au groupe de Machar et 20% à d'autres groupes ont été évoquées lors de la réunion.
Les partis politiques, réunis pour la troisième fois depuis décembre dernier, n'ont pas réussi à parvenir à un consensus hormis certaines questions et la prolongation de la trêve.
Accusé de « tentative de coup d’État » par le président Salva Kiir Mayardit, le vice-président, Riek Machar, avait été congédié (16 décembre 2017).
De la sorte, le Soudan du Sud, qui s’était déclaré indépendant du Soudan en 2011, a été entraîné dans la guerre civile.
À la suite des négociations de paix, organisées sous la supervision de l'IGAD et malgré que les parties se soient entendues le 17 août 2015, de nouveaux affrontements ont éclaté le 8 juillet 2016 dans la capitale, Djouba.